40 ans après la chute de Duvalier, le MOJES dénonce l’échec de la transition démocratique et appelle à l’unité…

Le Palais effondre d'Haiti qui n'a jamais ete reconstruit depuis le 12 janvier 2010...

PORT-AU-PRINCE, samedi  7 février 2026 (RHINEWS)Le Mouvement Justice, Éthique et Solidarité (MOJES) a estimé vendredi qu’Haïti n’a pas réussi à engager une véritable transition démocratique quarante ans après la chute de Jean-Claude Duvalier, dénonçant l’effondrement de l’État, une crise éthique profonde et l’absence de leadership national crédible, tout en appelant la population à faire de la paix une priorité stratégique  .

Dans un message publié à l’occasion du 40e anniversaire du 7 février 1986, date marquant la fin de la dictature duvaliériste, le MOJES rappelle que cet événement avait suscité « joie et allégresse » au sein de la population, perçu comme une « grande victoire politique ». Toutefois, le mouvement affirme que l’espoir d’un passage vers un État de droit fondé sur la justice et le bien-être collectif ne s’est jamais concrétisé. « La crise du régime politique duvaliériste n’a pas réellement débouché sur une transition démocratique », soutient le texte  .

Selon le MOJES, l’incapacité des classes dominantes à assurer la survie du système a conduit à une crise structurelle de l’État haïtien, aggravée par des interventions militaires étrangères répétées et par l’implication persistante de représentations diplomatiques et de structures internationales dans les décisions relevant de la souveraineté nationale. Ces dynamiques témoigneraient, selon l’organisation, de « l’incapacité de la société politique haïtienne à proposer un projet cohérent »  .

Le mouvement dénonce également le recours systématique, depuis quatre décennies, à « la terreur, la répression et la corruption » pour neutraliser toute expression politique populaire. Il rappelle notamment la période du coup d’État de 1991 à 1994, marquée, selon lui, par une « répression et une terreur sans limites » menées par l’armée haïtienne et des groupes paramilitaires contre la dynamique de changement issue des élections du 16 décembre 1990  .

Le MOJES décrit par ailleurs un effondrement généralisé du pays, touchant les infrastructures, l’environnement et les valeurs éthiques, en particulier dans la gestion des fonds publics. Si la corruption n’est pas un phénomène nouveau, le mouvement estime qu’elle a été érigée en « règle » afin de briser les résistances là où la force armée ne suffisait pas, entraînant désillusion, perte de confiance et affaiblissement durable de l’engagement militant, avec des répercussions sur les générations suivantes  .

Parmi les acquis des quarante dernières années, le MOJES relève néanmoins la présence accrue des couches historiquement défavorisées dans l’arène politique, ainsi que le maintien de la liberté d’expression. Il met toutefois en garde contre la dérive de cette liberté dans un contexte de crise profonde, soulignant que « la parole peut devenir une arme contre le combat démocratique » en l’absence de repères éthiques  .

Le mouvement souligne également une prise de conscience croissante de la domination étrangère, évoquant le rôle visible joué par des acteurs diplomatiques internationaux dans la gestion récente des crises politiques comme illustration de cette influence persistante  .

À l’heure actuelle, le MOJES considère qu’aucun secteur de la vie nationale ne dispose de la capacité nécessaire pour impulser une nouvelle dynamique ou proposer une alternative « crédible et cohérente », alors même que, selon lui, les puissances impérialistes cherchent à modifier une nouvelle fois leur « logiciel de domination » en Haïti. Il dénonce notamment des stratégies visant à fragmenter l’État et à maintenir le pays dans une logique strictement humanitaire, empêchant tout développement autonome  .

Face à cette situation, le MOJES appelle à promouvoir une orientation fondée sur le service à la collectivité et à sortir de la « logique des faux deux camps », qu’il considère comme un piège détournant l’énergie nationale des véritables enjeux. « Les idées et les critères doivent toujours être plus importants que les personnes », affirme le mouvement, présentant cette approche comme la règle éthique du jeu politique  .

Dans son message, le MOJES exhorte enfin la population haïtienne à « poser la question de la paix comme une priorité tactique et intelligente dans toutes les luttes », estimant qu’il s’agit du « premier pas pour bloquer la destruction du pays ». « Haïti, c’est demain », conclut le texte, appelant à un engagement collectif pour « remettre le pays sur ses pieds »  .