Haïti face à une crise démocratique et sociale persistante, selon le rapport 2026 de LAPOP…

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PORT-AU-PRINCE, samedi 12 septembre 2026 (RHINEWS)– Haïti apparaît comme l’un des principaux points de fragilité démocratique et sociale dans les Amériques, selon le rapport 2026 Pulse of Democracy du LAPOP Lab, qui met en évidence une situation nettement plus dégradée que la tendance générale observée dans la région.

Fondé sur les données de l’AmericasBarometer, le rapport constate qu’après plus d’une décennie de recul, le soutien à la démocratie a légèrement progressé dans la plupart des pays des Amériques entre 2023 et 2026. Environ deux tiers des Latino-Américains interrogés déclarent soutenir la démocratie, soit une hausse de six points par rapport à 2023.

Cette amélioration régionale contraste toutefois fortement avec la situation haïtienne. Le rapport souligne que les progrès économiques et sociaux demeurent très inégalement répartis et que « Haïti reste plongée dans une crise humanitaire ».

L’indicateur le plus préoccupant concerne l’insécurité alimentaire. Selon l’enquête, 78 % des Haïtiens déclarent avoir manqué de nourriture, un niveau présenté comme environ deux fois supérieur à celui enregistré en Honduras et au Nicaragua, qui arrivent ensuite avec 37 %. Le rapport associe cette situation notamment aux déplacements provoqués par les groupes armés, aux perturbations de la production agricole et aux difficultés d’accès humanitaire.

À l’échelle régionale, la proportion de personnes déclarant avoir manqué de nourriture au cours des trois mois précédant l’enquête est passée à environ 27 % en 2026, après avoir atteint près d’un tiers en 2021. Mais Haïti fait figure d’exception, l’insécurité alimentaire y étant restée largement inchangée entre 2023 et 2026.

Le rapport relève également une forte détérioration de la situation économique des ménages haïtiens. La proportion de personnes déclarant une baisse de leurs revenus familiaux est passée de 85 % en 2023 à 92 % en 2026, faisant d’Haïti le principal cas de détérioration parmi les pays étudiés sur cet indicateur.

Sur le terrain politique, la défiance apparaît tout aussi marquée. L’approbation de l’exécutif haïtien atteint seulement 11 % en 2026, soit le niveau le plus faible relevé dans les comparaisons présentées par le rapport. À l’autre extrême, l’approbation présidentielle atteint 83 % au Salvador.

Pour les auteurs du rapport, la faiblesse du soutien aux gouvernements ne peut cependant pas être dissociée des conditions concrètes de vie. À l’échelle latino-américaine, les personnes n’ayant pas été victimes d’un crime, sollicitées pour un pot-de-vin ou confrontées récemment à l’insécurité alimentaire manifestent généralement un soutien plus élevé à la démocratie. L’étude estime notamment à neuf points l’écart de soutien entre les personnes ayant connu ou non une situation récente d’insécurité alimentaire.

Le cas haïtien présente ainsi un paradoxe important. Alors que le soutien à la démocratie a légèrement progressé dans le pays, cette évolution demeure marginale par rapport aux progrès enregistrés ailleurs dans la région. Le rapport classe Haïti parmi les pays où l’augmentation du soutien démocratique entre 2023 et 2026 est demeurée limitée.

L’étude souligne par ailleurs que les Haïtiens accordent une importance particulière aux dimensions institutionnelles de la démocratie. Dans le pays, la liberté est le facteur le plus fréquemment cité lorsqu’il est demandé aux citoyens ce que représente la démocratie, avec 38 % des réponses, devant les autres dimensions étudiées.

Haïti se distingue également par l’importance accordée aux élections équitables. Le rapport relève que les Haïtiens figurent parmi les populations qui privilégient le plus nettement des élections libres et équitables lorsqu’elles sont mises en balance avec certains résultats matériels ou avec la réduction de la criminalité.

Cette donnée intervient alors que le pays reste confronté à une crise profonde de représentation politique et de gouvernance. À l’échelle des Amériques, les auteurs observent que l’amélioration de certaines conditions matérielles ne suffit pas à restaurer la confiance dans les institutions. « Les défaillances persistantes de la gouvernance » continuent, selon eux, de freiner le renforcement du soutien démocratique.

La question migratoire constitue un autre indicateur particulièrement révélateur de la situation haïtienne. Malgré une baisse générale des intentions d’émigrer dans les Amériques, 59 % des adultes haïtiens déclarent vouloir vivre ou travailler à l’étranger au cours des trois prochaines années, soit le taux le plus élevé enregistré dans la région.

Le rapport observe toutefois que la baisse des intentions d’émigrer en Haïti ne signifie pas une disparition de la pression migratoire. La détérioration persistante des conditions économiques et sécuritaires continue de constituer un facteur important de départ, alors même que les intentions migratoires ont reculé dans l’ensemble de la région.

Dans son analyse générale, le rapport conclut que les progrès enregistrés dans les Amériques depuis 2023 restent fragiles. La situation régionale s’est améliorée sur plusieurs indicateurs, notamment l’économie, la sécurité alimentaire, le sentiment d’insécurité et la satisfaction à l’égard de certains services publics, mais ces progrès partent d’un niveau très faible. La qualité de la gouvernance demeure, selon les auteurs, le maillon faible.

Pour Haïti, les données du Pulse of Democracy 2026 dessinent ainsi un tableau particulièrement préoccupant : une insécurité alimentaire massive, une dégradation des revenus des ménages, une faible approbation de l’exécutif, une violence persistante et une forte volonté d’émigrer. Elles montrent simultanément que, malgré cette crise, les citoyens haïtiens continuent d’accorder une place importante à la liberté et aux élections équitables.

Le rapport rappelle finalement que le renforcement de la démocratie ne dépend pas uniquement de la tenue d’élections. La confiance démocratique repose également sur la capacité des institutions à protéger les droits et libertés fondamentaux et à répondre concrètement aux besoins de la population.