PORT-AU-PRINCE, dimanche 31 août 2025 (RHINEWS)– Plus d’un million trois cent mille déplacés internes de la région métropolitaine de Port-au-Prince, chassés de leurs quartiers par la violence des gangs, sont aujourd’hui au cœur d’une nouvelle controverse. Alors que le chef de gang Jimmy “Barbecue” Chérizier et sa coalition Viv Ansanm appellent ces populations à retourner dans leurs maisons, de nombreuses voix dénoncent une manœuvre politique visant à préparer des élections contrôlées, sous l’œil passif du gouvernement de transition.
« Cette invitation improvisée des déplacés par Viv Ansanm et l’indifférence du pouvoir en place confirment à quel point l’État haïtien est défaillant et combien le Conseil présidentiel de transition a échoué dans sa mission », déclarent des observateurs politiques interrogés par Rehinenews. L’initiative est perçue par certains comme une stratégie de légitimation des gangs, accusés d’avoir détruit des infrastructures vitales et provoqué un exode massif.
Dans une interview exclusive accordée à Rehinenews, Me Samuel Madistin, président de la Fondasyon Je Klere et militant reconnu des droits humains, plaide pour une approche totalement différente. « Le retour des déplacés internes ne peut pas se faire dans le désordre ni sous la pression des gangs », insiste-t-il. « Il doit être organisé sur la base d’un plan de sécurité solide, d’un plan de relance économique et d’un plan d’accompagnement social. Sans cela, on ne ferait que plonger ces populations dans une nouvelle tragédie. »
Concernant la sécurité, Me Madistin est catégorique : « Il faut renforcer l’armée par un recrutement massif et une formation intensive de soldats pour les Forces armées d’Haïti (FAD’H), et il faut doter la Police nationale d’Haïti (PNH) de moyens humains et matériels conséquents. » Selon lui, la réduction de la puissance de feu des gangs et la reprise des territoires perdus par les forces de l’ordre doivent être au cœur de ce plan. Il ajoute : « Les groupes de résistance armée doivent être encadrés par les FAD’H, identifiés et intégrés sous contrôle, avec une formation de deux à quatre semaines. Des incitations doivent être offertes pour que leurs membres puissent rejoindre légalement les forces de l’ordre, les services de sécurité des institutions publiques et privées, ou encore les structures de renseignement. »
Mais la sécurité seule ne suffit pas, prévient l’homme de loi. « Le retour des déplacés doit s’accompagner d’une relance économique ambitieuse », affirme-t-il. Il propose des investissements massifs dans les quartiers meurtris : reconstruction et réparation des routes, réhabilitation des écoles et des hôpitaux, relance d’activités productives capables de redonner espoir et emploi aux familles dévastées.
Enfin, Me Madistin insiste sur l’importance d’un volet social immédiat : « Le gouvernement doit mettre en place un programme de soutien financier direct et personnalisé pour les déplacés, afin de leur permettre de retrouver une vie digne. On ne peut pas demander à des familles ruinées de se réinstaller sans les aider concrètement. »
Pour le président de la Fondasyon Je Klere, le pays n’a plus le luxe de perdre du temps dans des discours vides. « Le moment n’est pas à la démagogie », tranche-t-il. « C’est le moment des grandes décisions pour reconstruire la nation. »
Cet appel intervient alors que la communauté internationale, les Nations unies et la CARICOM continuent de discuter d’un nouveau dispositif sécuritaire pour Haïti, tandis que la population, épuisée par la violence et la misère, cherche désespérément un chemin vers la stabilité.

