PORT-AU-PRINCE, samedi 7 février 2026 (RHINEWS)- Alix Didier Fils-Aimé est officiellement entré en fonction comme Premier ministre d’Haïti à l’issue d’une cérémonie tenue à la Primature, en présence du corps diplomatique accrédité dans le pays et de plusieurs membres du Conseil présidentiel de transition (CPT), y compris certains signataires de la résolution ayant visé, à deux reprises, son limogeage.
Soutenu par des ambassades, notamment celle des États-Unis, Alix Didier Fils-Aimé avait échappé à deux tentatives infructueuses du CPT de le démettre de ses fonctions. Il se retrouve aujourd’hui aux commandes d’un pays en ruine, confronté à une insécurité généralisée, à une violence criminelle persistante et à une crise humanitaire majeure, dans un contexte institutionnel inédit où il incarne, de fait, le seul chef du pouvoir exécutif constitutionnellement bicéphale.
Dans son allocution officielle, Fils-Aimé qui est en poste depuis le mois de novembre 2024, a reconnu la gravité de la situation nationale. « Le pays est à bout de souffle et traverse des moments extrêmement difficiles », a-t-il déclaré, soulignant qu’« aucune personne ne peut, seule, résoudre les problèmes d’Haïti ».
Se présentant comme un Premier ministre de rassemblement, Alix Didier Fils-Aimé a affirmé ne pas nourrir « l’ambition de gouverner seul » et a appelé à la mobilisation de « toutes les forces vives de la nation ». « C’est ensemble que nous devons penser Haïti et travailler pour un lendemain meilleur », a-t-il ajouté.
La cérémonie de prise de fonction, qualifiée de symbolique dans un climat de fortes tensions politiques, a mis en évidence les contradictions internes au sein d’une transition qui a échoué et entre dans sa deuxième phase avec un chef de gouvernement dont le principal soutien vient des ambassades.
Plusieurs membres du CPT venus faire allégeance à Fils-Aimé, présents à l’événement, avaient pourtant soutenu formellement une résolution visant à écarter le Premier ministre, illustrant la fragilité de la gouvernance transitoire en Haïti.
S’adressant aux employés de la Primature et à l’administration publique, Alix Didier Fils-Aimé a promis un style de gestion fondé sur l’ouverture et l’humilité. « Je suis ici pour servir mon pays », a-t-il déclaré, ajoutant que l’action gouvernementale ne sera menée « ni pour une institution, ni pour une personne, mais pour les oubliés de ce pays ».
Alors que la transition politique demeure contestée et que la situation sécuritaire continue de se détériorer, la prise de fonction d’Alix Didier Fils-Aimé intervient dans un contexte où les attentes nationales et internationales restent élevées, malgré des marges de manœuvre limitées.
Le pays n’a pas organisé d’élections depuis près de dix ans, laissant perdurer un vide démocratique prolongé. Dans ce contexte, la durée du mandat d’Alix Didier Fils-Aimé n’est pas clairement établie, pas plus que les contours précis de sa feuille de route, en l’absence d’un président de la République et d’un cadre institutionnel stabilisé pour encadrer l’action de l’exécutif monocéphale voulu par les ambassades. Faudra-t-on attendre un message posté sur les réseaux sociaux pour tout déterminer?

