PORT-AU-PRINCE, mercredi 26 novembre 2025 (RHINEWS)– Le conseiller-président et membre du Conseil présidentiel de transition (CPT), Fritz Alphonse Jean, a réaffirmé mercredi sa volonté de remplacer le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, tout en dénonçant des pressions « directes » venues, selon lui, de diplomates américains et canadiens. Il affirme que, malgré les menaces qui auraient été adressées aux membres du CPT, sa position « ne changera pas ».
Selon M. Jean, la controverse a pris une tournure supplémentaire avec une série de communications diplomatiques. Il rapporte que le chargé d’affaires des États-Unis lui aurait déclaré dans une conversation récente : « Monsieur le Conseiller-président, Washington considère qu’un changement de Premier ministre à ce stade pourrait déstabiliser le pays. Nous vous exhortons vivement à reconsidérer toute initiative visant à renvoyer M. Fils-Aimé ». Toujours selon Fritz Alphonse Jean, l’envoyé américain aurait ajouté : « Il y aura des conséquences si cette voie est poursuivie, pour vous-même et pour vos collègues ».
De la même manière, l’ambassadeur du Canada à Port-au-Prince aurait tenu un langage similaire. Le conseiller-président cite l’un des échanges : « Monsieur Jean, Ottawa souhaite vous mettre en garde. Insister sur le renvoi du Premier ministre pourrait entraîner des mesures ciblées contre les membres du CPT et leurs familles ». Il affirme que l’ambassadeur canadien aurait poursuivi : « Nous espérons que vous comprendrez la nécessité de préserver la stabilité institutionnelle ».
Selon Fritz Alphonse Jean, ces conversations constituent une ingérence. « Je prends bonne note que les États-Unis et le Canada ont opté d’appuyer, pour des raisons qui restent à clarifier. Mais aucune pression diplomatique ne justifiera que je renonce à défendre les intérêts du pays », a-t-il déclaré.
En réponse aux accusations américaines lui imputant des liens avec des gangs armés, il affirme qu’il s’agit d’une manœuvre politique. « Je réfute catégoriquement l’accusation de mon implication avec les gangs ou d’autres éléments criminels », a-t-il déclaré. « Je les invite à produire une preuve, aussi minime soit-elle, en soutien à leurs déclarations ». Il qualifie ces allégations de « totalement infondées ».
Dans un mémorandum adressé au CPT le 25 novembre, Fritz Alphonse Jean expose de manière détaillée les raisons qui, selon lui, justifient le remplacement du Premier ministre. Il affirme que « le Gouvernement dirigé par M. Fils-Aimé a échoué dans l’accomplissement de sa mission dans trois domaines cruciaux : la sécurité, la gouvernance et l’organisation des élections ». Selon lui, ces manquements compromettent l’ensemble de la mission confiée par le CPT.
Concernant la sécurité, il affirme que « le budget de guerre, exigé par le CPT et adopté, a été saboté dans son exécution ». Il cite comme exemple le fait que le Premier ministre « n’a donné aucune suite aux demandes visant à accélérer le décaissement des fonds auprès de la CNMP et du CSCA ». Il juge « inadmissible » qu’au 31 août 2025 « le taux d’absorption du budget d’investissement n’ait atteint que 33% ». Dans un pays, dit-il, « frappé par une violence rampante et près d’un million de déplacés internes, ce retard met des vies en danger ».
Il accuse également le Gouvernement d’avoir ignoré un arrêté visant à mettre sous contrôle certains groupes armés non affiliés, mesure qu’il estime essentielle. « Le Gouvernement a complètement ignoré ces consignes », déclare-t-il, ajoutant : « Aujourd’hui, ces groupes représentent toujours un risque majeur pour la sécurité du pays ».
Sur le volet de la coopération sécuritaire internationale, il indique que « l’absence de coordination, de directives claires, de suivi et de stratégies orientées vers des résultats tangibles a empêché l’accompagnement des partenaires étrangers d’aboutir». Il affirme que « l’intervention directe du CPT a été nécessaire pour obtenir des résultats ».
En matière de gouvernance, il estime que les priorités du Gouvernement sont mal définies. « Rien dans l’action gouvernementale réalisée ou prévue ne permet de croire que l’urgence des besoins de la population est comprise », affirme-t-il. Il met en avant la décision du Gouvernement d’augmenter de manière drastique le service de la dette interne. « Faire passer les intérêts de la dette interne de 431 millions à plus de 5,6 milliards de gourdes, soit une augmentation de 1 208 %, est un choix incompréhensible dans le contexte actuel », souligne-t-il.
Il critique également la baisse des investissements destinés à la Police nationale, aux Forces armées et au ministère des Affaires sociales. « Le Gouvernement a amputé de plus d’un milliard de gourdes le budget d’investissement du ministère chargé des déplacés internes. Ce choix défie toute logique », affirme-t-il.
Il se montre également inquiet pour le calendrier électoral. « La communauté reste perplexe quant à l’organisation des élections, alors que le CPT a clairement indiqué son engagement à les tenir en 2026 », dit-il, estimant qu’un manque de résultats dans la sécurité et le social « risque d’hypothéquer la tenue du scrutin ».
Fritz Alphonse Jean affirme que l’ensemble de ces éléments a conduit le CPT à considérer le remplacement du Premier ministre, mais que les pressions diplomatiques se sont alors intensifiées. « Plusieurs collègues ont reçu des communications contenant des menaces de sanctions contre eux et leurs familles », dit-il. Il cite une phrase qui lui aurait été adressée : « Si vous persistez, il y aura des conséquences ». Selon lui, « ce type de démarches a déjà contribué, dans notre histoire récente, à l’effondrement de l’État et à l’affaissement de l’économie ».
Il questionne l’origine de ce soutien diplomatique au Premier ministre. « À quoi doit-il tout ce soutien ? », interroge-t-il, avant d’ajouter : « On veut nous faire croire qu’il serait le seul architecte ou garant de la stabilité, alors que les faits démontrent le contraire ».
Le conseiller-président affirme que la souveraineté demeure non négociable. « Haïti demeure un pays souverain, et le CPT en est pour l’heure le dépositaire », affirme-t-il. Concluant que, malgré les risques évoqués dans les communications diplomatiques, il ne renoncera pas à sa position, il déclare : « Si insister sur la compétence, la bonne gouvernance et la reddition de comptes constitue un crime pour lequel il faut payer, je serai toujours au rendez-vous ».

