Fin du TPS : la COPAH demande à Donald Trump de suspendre les expulsions de 353 000 Haïtiens et de réexaminer la fin de leur protection…

Donald Trump, President des EtatsUnis...

PORT-AU-PRINCE, mercredi 5 août 2026 (RHINEWS)– La Conférence des Pasteurs Haïtiens (COPAH) a adressé une lettre pastorale ouverte au président américain Donald J. Trump pour lui demander de revenir sur la décision mettant fin au Statut de Protection Temporaire (TPS) accordé à environ 353 000 ressortissants haïtiens aux États-Unis.

Dans cette correspondance, la COPAH dit vouloir attirer l’attention du chef de l’État américain sur les conséquences humaines, économiques et sécuritaires de cette décision, tout en reconnaissant le droit souverain des États-Unis de définir leur politique migratoire.

« Notre démarche ne procède ni d’une volonté de confrontation politique ni d’une remise en cause de la souveraineté des États-Unis. Elle s’inscrit dans notre mission spirituelle qui consiste à défendre la dignité humaine, protéger les plus vulnérables et rappeler, lorsque les circonstances l’exigent, les exigences de la justice, de la compassion et de la miséricorde », écrit l’organisation religieuse.

La COPAH affirme ne pas contester la compétence des autorités américaines en matière migratoire, ni les décisions judiciaires ayant permis l’application de la mesure. « Nous savons que votre administration a exercé les prérogatives que lui reconnaît la Constitution américaine et que la Cour suprême des États-Unis a ouvert la voie à l’application de la décision mettant fin au Statut de Protection Temporaire (TPS) accordé à environ 353 000 ressortissants haïtiens », souligne la lettre.

Toutefois, les responsables religieux estiment qu’une décision conforme au droit ne constitue pas nécessairement la seule option possible. « Dans toute démocratie, le droit fixe le cadre de l’action publique, mais la politique conserve toujours une marge d’appréciation permettant de tenir compte des réalités humaines, économiques et sécuritaires », soutiennent-ils.

Selon la COPAH, la fin du TPS place des centaines de milliers de familles haïtiennes dans une situation d’incertitude, notamment en raison de la perte du droit au travail légal et des risques d’expulsion. « Ces hommes et ces femmes perdent leur droit de travailler légalement. Dans plusieurs États, ils perdent également le droit de conduire un véhicule. Ils vivent désormais sous la menace permanente d’une arrestation ou d’une expulsion », affirme la lettre.

L’organisation rappelle que plusieurs bénéficiaires du TPS résident aux États-Unis depuis de nombreuses années, où ils ont acheté des maisons, créé des entreprises, payé des impôts et élevé leurs enfants. Elle estime qu’une expulsion massive aurait des conséquences importantes sur les familles concernées, notamment en raison de la présence de nombreux enfants citoyens américains.

« Une déportation massive ne signifierait donc pas uniquement le départ de travailleurs ; elle entraînerait également la séparation de familles, des traumatismes psychologiques durables et des conséquences sociales considérables », écrit la COPAH.

Les pasteurs haïtiens mettent également en avant la contribution économique de la communauté haïtienne aux États-Unis. La lettre rappelle que plus d’un million de personnes d’origine haïtienne vivent dans le pays, principalement en Floride, à New York, au Massachusetts, au New Jersey et en Géorgie.

La COPAH insiste particulièrement sur le rôle des travailleurs haïtiens dans des secteurs considérés comme essentiels, notamment la santé, les soins aux personnes âgées, les transports, la construction, l’hôtellerie, la restauration, les services et l’entrepreneuriat.

« Le secteur de la santé illustre de manière remarquable cette contribution. Des dizaines de milliers de médecins, d’infirmières, d’aides-soignants, de techniciens médicaux, de pharmaciens, d’ambulanciers et d’employés des maisons de retraite sont d’origine haïtienne », affirme la lettre.

Elle rappelle également l’engagement des professionnels haïtiens durant la pandémie de Covid-19, estimant qu’ils figuraient parmi les travailleurs de première ligne ayant contribué au fonctionnement des établissements de soins dans une période exceptionnelle.

La COPAH soutient que le retrait brutal de ces travailleurs pourrait affecter plusieurs secteurs de l’économie américaine. « La disparition soudaine de dizaines de milliers de travailleurs haïtiens des secteurs de la santé, des transports, de la construction, de l’agriculture, de l’hôtellerie, des services et de l’entrepreneuriat créerait inévitablement des difficultés de recrutement et pèserait sur le fonctionnement normal de plusieurs secteurs essentiels de l’économie américaine », écrit-elle.

Au-delà de l’impact économique, la Conférence des Pasteurs Haïtiens fonde son appel sur la situation sécuritaire en Haïti. Elle estime que les conditions ayant justifié l’octroi du TPS demeurent présentes et se sont même aggravées.

« Les raisons humanitaires ayant justifié l’octroi du TPS n’ont malheureusement pas disparu. Elles se sont aggravées », affirme la lettre.

La COPAH évoque notamment les restrictions américaines sur les déplacements vers Haïti, la réduction de la présence diplomatique américaine dans le pays et la suspension des vols commerciaux américains vers Port-au-Prince décidée par la Federal Aviation Administration (FAA) en raison des risques sécuritaires.

Elle rappelle également que les États-Unis ont désigné plusieurs groupes armés opérant en Haïti, dont « Viv Ansanm » et « Gran Grif », comme organisations terroristes étrangères, une décision qui, selon elle, illustre la gravité de la crise sécuritaire.

La COPAH accuse ces groupes d’être responsables de massacres, d’enlèvements, de violences sexuelles, d’assassinats ciblés, d’incendies criminels, de pillages et de déplacements forcés de populations. Elle affirme que plus d’un million et demi de personnes ont déjà été contraintes d’abandonner leur domicile en raison des violences.

« Dans un État profondément fragilisé, où les institutions peinent encore à rétablir leur autorité sur l’ensemble du territoire, renvoyer aujourd’hui des centaines de milliers de bénéficiaires du TPS reviendrait à exposer une partie importante d’entre eux à des dangers réels et immédiats », estime la Conférence des Pasteurs Haïtiens.

L’organisation interpelle directement le président américain sur la cohérence de la politique menée. « Si les autorités américaines considèrent qu’il est actuellement trop dangereux d’autoriser leurs propres citoyens à voyager en Haïti, comment pourrait-on raisonnablement conclure que ce même territoire est suffisamment sûr pour accueillir immédiatement des centaines de milliers de personnes expulsées ? », demande-t-elle.

La COPAH affirme craindre que certains bénéficiaires du TPS expulsés vers Haïti deviennent des victimes de groupes armés. « Notre conscience chrétienne nous interdit de garder le silence devant une telle perspective. Comme pasteurs, nous croyons que toute vie humaine est sacrée et mérite d’être protégée », écrit-elle.

Dans sa demande adressée à Donald Trump, la Conférence des Pasteurs Haïtiens sollicite « la suspension des expulsions visant les bénéficiaires haïtiens du TPS », une réévaluation de leur situation en fonction de l’évolution sécuritaire et humanitaire en Haïti, ainsi que le maintien temporaire de leur protection jusqu’à ce qu’un retour puisse s’effectuer « dans la sécurité et la dignité ».

Elle demande également l’ouverture d’un dialogue entre l’administration américaine et les représentants des communautés haïtiennes établies aux États-Unis.

« Les grandes nations se distinguent non seulement par la force de leurs institutions, mais aussi par leur capacité à faire preuve de compassion lorsque des vies humaines sont en jeu », conclut la lettre.

La COPAH termine son appel en demandant à Donald Trump de réexaminer la situation des ressortissants haïtiens bénéficiaires du TPS au nom des principes de justice, de dignité humaine et de responsabilité.