Élections et référendum : Sonet Saint-Louis met en garde contre les risques d’un double scrutin organisé simultanément…

Symbole du CEP...

PORT-AU-PRINCE, mercredi 5 août 2026 (RHINEWS) – Le professeur de droit constitutionnel Sonet Saint-Louis estime que le projet d’organiser simultanément les élections générales et le référendum constitutionnel en Haïti soulève d’importantes interrogations juridiques et institutionnelles. Dans un texte publié le 3 août, l’universitaire appelle les autorités à reconsidérer cette démarche, qu’il juge susceptible d’accentuer la confusion politique et de fragiliser la légitimité des futures institutions.

Selon lui, l’organisation concomitante des deux scrutins pose une question fondamentale : « Sous quel régime constitutionnel ces élections seront-elles organisées ? » Il s’interroge également sur le cadre juridique qui régira les futurs élus : « Quelle Constitution encadrera finalement le pouvoir et le mandat des nouveaux élus ? »

Saint-Louis affirme que, selon des informations qui circulent, une solution envisagée consisterait à demander aux candidats de signer un document par lequel ils accepteraient que leur mandat soit régi par une nouvelle Constitution qui n’aurait pas encore été définitivement approuvée par la population.

Pour lui, une telle perspective soulève des préoccupations quant au respect des principes de sécurité juridique. « Peut-on sérieusement accepter une telle logique ? Peut-on permettre que les règles du jeu soient modifiées pendant que la partie se joue ? », écrit-il, estimant que cette approche pourrait accroître les soupçons de manipulation, de favoritisme et de manque de transparence.

Le constitutionnaliste rappelle que le référendum constitutionnel et les élections générales répondent à des objectifs distincts et obéissent à des exigences démocratiques différentes. Selon lui, les organiser simultanément « risque d’accroître la confusion institutionnelle et de fragiliser davantage la légitimité du processus politique ».

Dans son analyse, il souligne que la Constitution constitue le fondement de l’organisation de l’État, définit les pouvoirs des institutions et établit les règles dans lesquelles les citoyens élisent leurs représentants. « Dès lors, une question demeure incontournable : dans quel cadre constitutionnel les citoyens haïtiens seront-ils appelés à désigner leurs représentants aux différentes fonctions électives ? », demande-t-il.

Sonet Saint-Louis estime également que si ce projet était mené « dans l’opacité et la confusion », il pourrait favoriser « l’émergence d’une nouvelle classe de prédateurs politiques et d’autocrates capables d’exploiter le chaos, la faiblesse des institutions et le rapport de force au profit d’intérêts contraires à ceux de la nation ».

Au-delà de ses critiques, Sonet Saint-Louis lance un appel à la mobilisation citoyenne, tant en Haïti qu’au sein de la diaspora. « Le peuple ne peut plus accepter d’être le simple spectateur de décisions qui engagent son avenir. Il doit redevenir l’acteur principal de son destin », écrit-il.

Il invite enfin les citoyens à « dépasser les divisions, les découragements et les calculs individuels » afin de défendre « la légitimité démocratique, le respect des institutions et la souveraineté populaire ». « L’heure n’est plus au silence, à l’indifférence ni à la résignation. L’heure est à la conscience, à l’organisation et à l’engagement citoyen », conclut-il.