Evalière Beauplan appelle à une refonte de l’offre politique et à l’unité stratégique en Haïti…

Evalière Beauplan,ancien senateur de la Republique...

PORT-AU-PRINCE, samedi 15 août 2026 (RHINEWS)– L’ancien sénateur Evalière Beauplan estime que « le temps des discours est écoulé » et appelle les acteurs politiques haïtiens à privilégier le rassemblement, la clarification idéologique et l’action concrète face à la crise que traverse le pays.

Dans sa capsule intitulée « Le temps des discours est écoulé : l’heure du recadrage et de l’action », M. Beauplan invite les Haïtiens à regarder la situation nationale « sans masque et sans complaisance ». Il dénonce notamment une tendance à glorifier le passé tout en se montrant incapables, selon lui, d’apporter des réponses aux difficultés actuelles.

« Pendant que nous célébrons la mémoire de nos héros et déclamons les vertus du Bois-Caïman, notre maison brûle », écrit-il, estimant que le pays est devenu « champion de la nostalgie » et « figurant de notre propre tragédie ».

L’ancien parlementaire considère que la mémoire des luttes historiques ne devrait pas servir de refuge face aux responsabilités du présent. « Nos ancêtres n’ont pas versé leur sang pour que nous devenions les poètes mélancoliques de notre propre déchéance », affirme-t-il, appelant à rompre avec « la résignation, la division et l’individualisme ».

Pour Evalière Beauplan, la recherche de responsables à l’extérieur du pays ne peut se substituer à une remise en question nationale. « Cesser d’accuser le monde entier est le premier pas vers la dignité », soutient-il, ajoutant que « personne ne viendra nous sauver ».

L’ancien sénateur s’appuie également sur l’exemple de la cérémonie du Bois-Caïman pour plaider en faveur d’une alliance entre les différents courants politiques. Il estime que cet épisode historique doit être compris comme « un acte d’alliance stratégique et politique » au cours duquel des groupes aux différences importantes avaient su surmonter leurs divergences face à un objectif commun.

Sur le paysage politique actuel, M. Beauplan déplore la multiplication des candidatures et des projets qu’il juge similaires. Selon lui, plusieurs responsables politiques « ont fréquenté les mêmes écoles, vécu les mêmes épreuves et partagent, au fond, les mêmes constats ». Il estime que, s’ils avaient réellement pour priorité le service du pays, « leurs projets se rassembleraient naturellement ».

« Multiplier les candidatures identiques n’est pas un signe de richesse démocratique, c’est une preuve d’irresponsabilité », affirme-t-il, considérant que cette fragmentation contribue à produire « des dirigeants de carton ».

L’ancien sénateur met également en garde contre l’interprétation des mobilisations politiques comme indicateur automatique de popularité. « Les foules financées lors des tournées et les cortèges de motocyclistes en quête de sensations ne mesurent ni la force d’un programme, ni l’adhésion d’un peuple », écrit-il.

Face à cette situation, Evalière Beauplan propose une réorganisation de l’offre politique autour de grands courants et de projets communs. Il appelle d’abord les femmes et les hommes partageant une même sensibilité politique à « s’asseoir autour d’une table pour fusionner leurs idées en un projet commun d’État ».

Il préconise également l’organisation de primaires au sein des grands rassemblements politiques afin de sélectionner les candidats et les équipes les plus aptes à exercer les responsabilités publiques. Pour lui, cette démarche permettrait d’éviter que les ambitions individuelles ne contribuent à morceler davantage l’électorat.

M. Beauplan souhaite par ailleurs que l’offre politique haïtienne soit ramenée à « quatre ou cinq grandes alternatives idéologiques claires ». Il estime que la population, particulièrement la jeunesse, doit pouvoir disposer d’un véritable débat d’idées portant notamment sur la sécurité, l’économie, la justice et l’éducation.

L’ancien sénateur appelle enfin à remplacer « le bavardage stérile sur les réseaux sociaux » par des initiatives concrètes dans les communautés, la préservation des traditions, l’éducation et des actions de solidarité.

« On n’honore pas des géants en restant à genoux ou en pleurant à leurs pieds. On les honore en se tenant debout, les yeux ouverts, l’intelligence alerte et les mains au travail », affirme-t-il.

Dans son appel aux dirigeants politiques, aux intellectuels, aux cadres et aux personnes aspirant à diriger l’État, Evalière Beauplan demande la fin des « calculs personnels, des guerres d’égos et des batailles de clans ».

Il appelle à une « vraie réconciliation nationale » et invite les acteurs concernés à « rassembler leurs intelligences » afin de remettre le pays en mouvement.

« Arrêtons d’attendre un salut venu d’ailleurs. Faisons le faisceau sacral du Bois-Caïman. Relevons-nous, nettoyons nos rancœurs, rassemblons nos intelligences et remettons-nous en marche », conclut-il.

Evalière Beauplan termine sa capsule par un appel en créole : « Kanpe goumen, men goumen ak entelijans pou n ka fè mond lan sezi », invitant ainsi à combattre, mais avec intelligence, pour que le pays puisse surprendre le monde.