États-Unis : les audiences collectives s’intensifient pour accélérer le traitement des dossiers d’immigration…

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WASHINGTON, lundi 17 août 2026 (RHINEWS)– L’administration du président Donald Trump intensifie le recours à de vastes audiences collectives dans les tribunaux de l’immigration américains afin de réduire un arriéré de plus de 3,4 millions de dossiers, une pratique qui suscite des inquiétudes chez des avocats et des défenseurs des droits des immigrés sur le respect des garanties d’une procédure régulière.

Ces audiences, communément appelées « mega master hearings », regroupent parfois entre 50 et 100 dossiers devant un même juge au cours d’une seule séance. Elles se sont multipliées depuis le mois de mai, alors que les arrestations et les expulsions menées par les autorités américaines de l’immigration ont également augmenté.

Dans plusieurs tribunaux du pays, les personnes convoquées doivent attendre en longues files jusque dans les couloirs des bâtiments fédéraux, tandis que les salles d’audience sont parfois remplies au-delà de leur capacité. Les échanges prennent souvent la forme de questions générales adressées simultanément à plusieurs dizaines de personnes, selon des observations rapportées par USA TODAY.

L’objectif affiché par les autorités fédérales est d’accélérer le traitement d’un système judiciaire de l’immigration confronté à un important retard. Le ministère américain de la Justice, qui supervise les tribunaux de l’immigration, affirme que les juges adaptent leurs calendriers afin de résoudre davantage de dossiers tout en veillant à ce que les procédures soient menées « équitablement et conformément à la loi ».

Les audiences « mega master » sont de nature préliminaire. Elles constituent généralement la première comparution d’une personne devant un juge de l’immigration et permettent notamment de vérifier les informations relatives au dossier, de répondre aux accusations et de demander une forme de protection, notamment l’asile. Leur fonctionnement est comparable, sur le plan procédural, à une audience initiale dans une affaire pénale.

Mais l’augmentation du nombre de dossiers traités simultanément fait l’objet de critiques de la part d’avocats spécialisés en immigration et d’organisations de défense des droits. Ils estiment que la réduction du temps consacré à chaque dossier peut limiter la possibilité pour les personnes concernées de comprendre leurs droits, de trouver un avocat et de préparer correctement leur défense.

« Il est physiquement impossible pour un juge de traiter 100 dossiers en une matinée ou une après-midi et d’accorder à chaque affaire l’attention nécessaire pour garantir que les règles de procédure régulière ont été respectées », a notamment déclaré Vanessa Dojaquez-Torres, conseillère en matière de pratique et de politique auprès de l’American Immigration Lawyers Association, citée dans des reportages consacrés à cette pratique.

Selon des données analysées par l’organisation Mobile Pathways, plus de 1.300 audiences de ce type ont été organisées en juin, soit près de trois fois plus qu’en juin de l’année précédente. L’organisation a également relevé une forte progression des personnes ne se présentant pas aux audiences, dans un contexte où les délais de notification et de convocation ont été réduits.

L’absence à une audience peut avoir des conséquences importantes. Lorsqu’une personne ne comparaît pas, le juge peut prononcer une mesure d’expulsion « in absentia », c’est-à-dire en l’absence de l’intéressé, si les conditions légales sont réunies.

Les données citées dans plusieurs analyses récentes montrent une progression marquée de ces décisions. En juin, les tribunaux américains ont enregistré 53.808 ordres d’expulsion prononcés en l’absence des personnes concernées, contre 34.725 en mai, selon une analyse de données des tribunaux de l’immigration publiée par des chercheurs spécialisés.

Les défenseurs des immigrés estiment que la multiplication des audiences collectives peut accroître le risque d’erreurs, notamment lorsque des personnes ne sont pas informées à temps d’un changement de date ou ne parviennent pas à accéder à la salle d’audience en raison de l’affluence.

Le phénomène concerne également des mineurs. Des observateurs juridiques ont signalé la présence croissante d’enfants, notamment de mineurs non accompagnés, devant des juges de l’immigration lors de ces audiences collectives.

L’administration Trump défend toutefois l’accélération des procédures, faisant valoir que les délais accumulés dans les tribunaux pénalisent également les personnes disposant de demandes légitimes de protection. Les autorités soutiennent qu’un traitement plus rapide des dossiers permet de déterminer plus efficacement qui peut légalement rester aux États-Unis et qui doit être expulsé.

La multiplication des audiences « mega master » intervient parallèlement à un durcissement de la politique migratoire américaine, notamment en matière d’asile. Les autorités ont adopté plusieurs mesures visant à accélérer l’examen et le rejet de certaines demandes, tandis que les opérations d’arrestation et de détention de migrants se sont intensifiées.

Les avocats et organisations de défense des immigrés considèrent, eux, que la rapidité recherchée par l’administration ne doit pas se faire au détriment des garanties procédurales. Ils redoutent notamment que des personnes sans représentation juridique, des demandeurs d’asile ou des familles ne soient expulsés sans avoir eu la possibilité de présenter pleinement leur situation devant un juge.

Le recours aux audiences collectives marque ainsi une nouvelle étape dans la stratégie de l’administration américaine visant à réduire l’important stock de dossiers en attente devant les tribunaux de l’immigration, alors que les autorités cherchent simultanément à accélérer les expulsions et à renforcer l’application des règles migratoires.