WASHINGTON, dimanche 30 août 2026 (RHINEWS)– Le « Tsar frontalier » de la Maison-Blanche, Tom Homan, a défendu dimanche les expulsions de ressortissants haïtiens vers Haïti, alors que le Département d’État américain déconseille à ses propres citoyens de se rendre dans le pays en raison notamment des risques de criminalité, d’enlèvement, de terrorisme, de troubles et du manque de soins de santé.
Interrogé par la journaliste Dana Bash dans l’émission « State of the Union » de CNN, Tom Homan a affirmé que l’administration du président Donald Trump ne faisait qu’appliquer les décisions relatives au statut de protection temporaire (TPS) et les ordres d’éloignement délivrés par les tribunaux. « Le Temporary Protected Status est censé être temporaire », a-t-il déclaré. « Depuis que je suis dans ce domaine, depuis plus de 40 ans, il semble qu’il ne soit jamais temporaire. »
Le responsable de la politique migratoire de la Maison-Blanche répondait notamment aux questions sur les vols d’expulsion récemment effectués vers Haïti. Selon CNN, le Département de la sécurité intérieure (DHS) a organisé deux vols de déportation vers Haïti au cours des deux dernières semaines, alors même que l’administration américaine décrit parallèlement la situation sécuritaire du pays comme extrêmement grave.
« C’est une décision du tribunal. Ils ont reçu l’ordre d’être expulsés et l’ICE procède à leur expulsion », a poursuivi M. Homan, faisant référence à l’Immigration and Customs Enforcement (ICE), l’agence chargée notamment de l’exécution des mesures d’éloignement.
La journaliste de CNN a relevé une contradiction apparente entre cette politique et les propres avertissements du gouvernement américain concernant Haïti. Le Département d’État maintient en effet Haïti au niveau 4 de son classement, le niveau le plus élevé, avec la recommandation explicite de « ne pas voyager » dans le pays. L’avis, mis à jour en juillet 2026, évoque les risques de criminalité, d’enlèvement, de terrorisme, de troubles et l’accès limité aux soins de santé.
Face à cette question, Tom Homan a reconnu ne pas connaître personnellement les conditions en Haïti. « Je ne connais pas les conditions en Haïti. Je ne suis jamais allé en Haïti », a-t-il déclaré, avant d’ajouter que les autorités américaines appliquaient simplement les décisions judiciaires et la législation sur l’immigration.
« En fin de compte, ils ont reçu l’ordre d’être expulsés », a-t-il insisté. « Les juges ont décidé qu’ils devaient rentrer chez eux. Et ils doivent rentrer chez eux. »
Tom Homan a également défendu la politique de l’administration Trump comme l’application d’un mandat donné par les électeurs américains. « Nous faisons respecter la loi d’une manière que le peuple américain a demandée par son vote », a-t-il affirmé. Selon lui, le gouvernement entend ainsi envoyer « un message au monde entier » selon lequel l’entrée irrégulière aux États-Unis ne garantit pas le droit d’y rester durablement.
La controverse intervient après la décision rendue le 25 juin par la Cour suprême des États-Unis dans l’affaire Mullin v. Doe. Par six voix contre trois, la haute juridiction a permis à l’administration Trump de mettre fin aux protections accordées dans le cadre du TPS aux ressortissants haïtiens et syriens, estimant notamment que la loi limitait fortement la possibilité pour les tribunaux de revoir les décisions du secrétaire à la Sécurité intérieure concernant la désignation ou la fin du TPS.
Le TPS avait été accordé aux Haïtiens après le séisme dévastateur de janvier 2010 et avait été régulièrement prolongé en raison de la persistance de conditions jugées incompatibles avec un retour sûr. La décision de l’administration américaine de mettre fin à cette protection avait été contestée devant les tribunaux, mais la Cour suprême a finalement levé les obstacles judiciaires qui en empêchaient la mise en œuvre.
La décision concerne potentiellement plusieurs centaines de milliers de ressortissants haïtiens. Reuters estimait à plus de 350.000 le nombre de Haïtiens et à environ 6.100 celui des Syriens concernés par la décision de la Cour suprême.
Le calendrier de la fin du TPS a cependant fait l’objet de mesures transitoires concernant notamment les autorisations de travail. Des orientations publiées après la décision de la Cour suprême ont notamment prévu une prolongation temporaire de certaines autorisations d’emploi jusqu’au 10 juillet 2026.
La question du retour en Haïti demeure particulièrement sensible compte tenu de la situation sécuritaire. Le Département d’État affirme que le pays reste sous état d’urgence national, en vigueur depuis mars 2024, et que les capacités des autorités américaines à fournir une assistance d’urgence à leurs ressortissants y sont extrêmement limitées en raison des restrictions liées à la sécurité.
Cette situation soulève un contraste entre le traitement réservé aux ressortissants haïtiens expulsés et les recommandations formulées par Washington à l’intention des citoyens américains. Alors que les autorités américaines demandent aux voyageurs américains de ne pas se rendre en Haïti en raison des risques sécuritaires, elles organisent parallèlement le retour forcé de personnes qui, pour certaines, ont vécu et travaillé légalement aux États-Unis pendant de nombreuses années sous le régime du TPS.
Interrogé directement par Dana Bash sur le caractère humain de cette politique, Tom Homan n’a pas remis en cause le principe des expulsions. Il a répondu que les personnes ayant perdu leur statut de protection et faisant l’objet d’un ordre d’éloignement « ne peuvent pas rester » aux États-Unis.
« Ils n’ont plus de statut ici. Ils ne peuvent pas rester ici », a-t-il déclaré.
Le responsable américain a par ailleurs rejeté l’idée selon laquelle les opérations d’expulsion pourraient constituer une mise en danger délibérée des ressortissants haïtiens. Il a insisté sur le fait que l’ICE exécutait les décisions prises dans le cadre du droit migratoire américain.
La question des expulsions vers Haïti intervient également dans un contexte de durcissement général de la politique migratoire de l’administration Trump. Au cours de la même interview, Homan a défendu l’accélération des procédures d’éloignement, expliquant que les autorités cherchaient à réduire la durée moyenne de détention des personnes faisant l’objet d’un ordre d’expulsion afin de diminuer les coûts et de libérer des places dans les centres de détention.
« Nous travaillons depuis plusieurs mois à faire sortir les gens plus rapidement », a-t-il expliqué à propos des procédures d’éloignement. « Cela permet d’économiser l’argent des contribuables et de libérer des places de détention. »
L’interview de dimanche intervient alors que les opérations de l’ICE suscitent également des critiques aux États-Unis. Dana Bash a interrogé Homan sur des accusations de mauvais traitements lors de certaines expulsions et sur des opérations visant des parents à proximité d’arrêts de bus scolaires dans le Connecticut. Homan a rejeté l’idée que l’ICE chercherait à « terroriser » des enfants et a affirmé que l’agence appliquait les lois votées par le Congrès.
Il a toutefois déclaré que les accusations de mauvais traitements devaient faire l’objet d’enquêtes lorsqu’elles étaient officiellement signalées. Selon lui, la politique de l’ICE prévoit « le minimum de force nécessaire » pour procéder à une arrestation ou obtenir la coopération d’une personne interpellée.
Sur Haïti, le débat devrait rester particulièrement sensible alors que les autorités américaines continuent de décrire la situation du pays comme dangereuse pour les voyageurs. Le Département d’État maintient son avertissement de niveau 4 et cite notamment les enlèvements, la violence criminelle, le terrorisme, les troubles et la faiblesse des infrastructures sanitaires.
Pour Tom Homan, cette contradiction apparente ne remet toutefois pas en cause le principe des expulsions. « Ils ont reçu l’ordre d’être expulsés », a-t-il répété, affirmant que l’ICE ne faisait qu’exécuter les décisions rendues dans le cadre de la législation américaine.
La décision de la Cour suprême du 25 juin a ainsi ouvert la voie à la mise en œuvre complète de la fin du TPS pour les Haïtiens, malgré les avertissements persistants du gouvernement américain sur les conditions de sécurité en Haïti.

