WASHINGTON, 25 mars 2026 (RHINEWS)- L’administration du président Donald Trump a engagé des procédures d’expulsion contre 34 anciens membres de l’armée au cours de l’année écoulée, selon des données fédérales obtenues par le New York Times, illustrant un durcissement de la politique migratoire visant désormais des vétérans et leurs proches.
Ces 34 anciens militaires figurent parmi 125 vétérans arrêtés pour des infractions à la législation sur l’immigration sur la même période, tandis que 248 membres de leurs familles ont également été placés en procédure d’expulsion. Les chiffres, transmis dans une lettre du Département de la sécurité intérieure (DHS) datée du 18 février et couvrant la période du 20 janvier 2025 au 26 janvier 2026, ont été communiqués à plusieurs élus démocrates, dont la sénatrice Elizabeth Warren.
Ces mesures marquent une rupture avec les orientations appliquées ces dernières années, notamment sous la présidence de Joe Biden, durant laquelle l’expulsion des militaires et de leurs familles n’était pas considérée comme prioritaire. L’administration actuelle a annulé ces directives, estimant que « personne ne devrait être protégé de l’application de la loi », qui prévoit l’expulsion de certains immigrés condamnés pour des crimes.
Le DHS n’a pas précisé combien de ces anciens militaires ou membres de leurs familles ont effectivement été expulsés, mais a défendu sa politique en affirmant que nul n’était exempté des sanctions prévues par la législation migratoire.
Selon les données recueillies par des parlementaires, l’agence de contrôle des frontières et de l’immigration (ICE) a arrêté 125 anciens militaires au cours de la première année du second mandat de Donald Trump, dont près des deux tiers ne faisaient pas l’objet d’un mandat d’arrêt actif. Au total, 282 vétérans et membres de leurs familles auraient été visés par des tentatives d’expulsion, tandis que plus de 100 proches ont été orientés vers des procédures d’éloignement après le rejet de leur demande de régularisation via le programme Military Parole in Place.
La représentante Chrissy Houlahan, à l’origine d’une enquête parlementaire avec plusieurs élus, a dénoncé une situation « inacceptable », déclarant que « ceux qui portent l’uniforme de notre nation méritent la protection de la loi, quel que soit leur lieu de naissance ». Elle a appelé les autorités à « revenir sur cette politique et à respecter la promesse faite à ceux qui ont servi ».
Plusieurs élus démocrates ont vivement critiqué cette orientation. « La manière dont Donald Trump remercie nos vétérans pour leur service consiste à les cibler et à les expulser, eux et leurs familles », a affirmé Elizabeth Warren. La sénatrice Tammy Duckworth a jugé « inconcevable » de voir des militaires immigrés visés par ces mesures, estimant qu’« il n’y a pas de trahison plus grande envers nos héros que d’être expulsés par le pays qu’ils ont défendu ». De son côté, le sénateur Dick Durbin a dénoncé « une trahison » et appelé à l’arrêt immédiat de ces pratiques.
Un cas emblématique est celui de Sae Joon Park, ancien militaire décoré de la Purple Heart, qui a quitté Hawaï pour la Corée du Sud en juin sous la menace d’une expulsion, bien qu’il n’y ait pas vécu depuis l’âge de sept ans. Engagé après le lycée et déployé au Panama en 1989, il est revenu avec un handicap et un trouble de stress post-traumatique non diagnostiqué. Condamné par la suite pour possession de drogue, il avait initialement obtenu le droit de rester aux États-Unis sous conditions avant qu’un agent de l’immigration ne lui indique, en mai dernier, qu’il devait quitter le pays volontairement.
Aux États-Unis, seuls les citoyens et les détenteurs de carte verte peuvent s’engager dans l’armée, un service qui permet en principe d’accélérer l’accès à la citoyenneté. Toutefois, les administrations Trump ont allongé les délais d’éligibilité, entraînant une baisse significative du nombre de militaires sollicitant la naturalisation durant le premier mandat présidentiel.
Selon les données fédérales, au 31 juillet 2025, 26 708 immigrés servaient en service actif et 20 350 autres dans la réserve et la Garde nationale. Un rapport du Congressional Research Service estimait à environ 115 000 le nombre de vétérans immigrés en 2022.
Parallèlement, certains proches de militaires hésitent désormais à solliciter des protections temporaires, craignant d’être identifiés puis ciblés par les autorités migratoires. L’administration a également étendu ses actions à d’autres catégories auparavant moins visées, notamment des immigrés en situation irrégulière présents depuis des décennies sans casier judiciaire. Entre janvier et novembre 2025, 86 personnes bénéficiant de protections liées à leur arrivée sur le territoire durant l’enfance ont ainsi été expulsées, selon d’autres données fédérales.

