Élections en Haïti : le CEP ne garantit plus la tenue du scrutin du 13 décembre 2026…

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MIAMI, mardi 13 octobre 2026 (RHINEWS)- La tenue des élections générales haïtiennes, initialement prévues le 13 décembre 2026, apparaît de plus en plus incertaine. Le secrétaire général du Conseil électoral provisoire (CEP), Sanon Démérode, a indiqué que les modifications apportées au décret électoral ont des conséquences sur le calendrier initial et que de nouvelles consultations devront permettre de déterminer une date à laquelle les élections pourront effectivement être organisées.

Intervenant à l’émission “Écho de l’Actualité”, animée par le journaliste Patrick Eliancy, le responsable électoral a reconnu que la date du 13 décembre ne pouvait plus être considérée comme acquise, sans toutefois annoncer officiellement un report du scrutin.

« Nous avions retenu la date du 13 décembre pour organiser les élections, mais il existait un problème d’applicabilité du décret électoral. Depuis les modifications apportées au décret le 6 octobre, cela a des conséquences sur la date du 13 décembre », a-t-il expliqué.

Sanon Démérode a précisé que le CEP entend engager des discussions avec les partis politiques, le gouvernement, les Forces armées d’Haïti, la Police nationale et les autres forces impliquées dans la sécurisation du processus électoral afin de déterminer un nouveau calendrier.

« Techniquement, nous allons engager des consultations avec les partis politiques, le gouvernement, l’armée, la police et les autres forces concernées pour déterminer exactement quelle nouvelle date pourrait permettre d’organiser les élections », a-t-il déclaré.

Ces déclarations constituent un nouvel élément dans l’évolution du processus électoral haïtien, déjà confronté à des difficultés sécuritaires, institutionnelles et logistiques. Elles interviennent alors que le CEP a annoncé, le 6 octobre, le réaménagement de plusieurs échéances électorales, notamment le prolongement de la période d’inscription des candidats jusqu’au 31 octobre et le report du début de la campagne électorale. L’institution avait également annoncé la préparation d’un calendrier actualisé.

Le calendrier publié en juillet prévoyait l’organisation, le 13 décembre 2026, du premier tour des élections présidentielle et législatives, ainsi que d’une consultation populaire sur les changements proposés à la Constitution. Le second tour des élections présidentielle et législatives, accompagné des élections des collectivités territoriales, était fixé au 21 février 2027.

À ce stade, les déclarations du secrétaire général du CEP ne constituent pas une décision formelle de report. Elles confirment néanmoins que le maintien du scrutin à la date initialement annoncée dépend désormais de nouvelles évaluations techniques et sécuritaires.

Interrogé sur les difficultés que représente l’organisation d’élections dans un pays confronté à la violence des groupes armés, notamment dans la région métropolitaine de Port-au-Prince et dans l’Artibonite, Sanon Démérode a reconnu la gravité de la situation.

« Tout le monde sait qu’Haïti connaît un grave problème d’insécurité. Mais nous, en tant que techniciens électoraux, nous devons mettre en place la machine électorale. Nous ne pouvons pas attendre que la sécurité soit rétablie sur l’ensemble du territoire pour commencer ce travail », a-t-il expliqué.

Selon lui, le CEP poursuit ses préparatifs afin de pouvoir organiser les élections lorsque les conditions nécessaires seront réunies.

Le secrétaire général a toutefois insisté sur le caractère indispensable de la sécurité pour la tenue du scrutin.

« La sécurité est une condition sine qua non de l’organisation des élections », a-t-il affirmé.

Il a également fait état de l’existence d’une cellule de sécurité électorale regroupant des représentants du CEP, des Forces armées d’Haïti, de la Police nationale et de la Force de répression des gangs (FRG).

Cette structure, a-t-il indiqué, travaille à l’élaboration de stratégies et de plans destinés à permettre le déroulement des opérations électorales dans les différentes régions du pays.

Concernant l’inscription des électeurs, Sanon Démérode a annoncé qu’environ 800 000 personnes avaient déjà été enregistrées.

« Nous avançons. Nous sommes à environ 800 000 électeurs inscrits. Ces données sont disponibles sur le site du CEP », a-t-il déclaré.

Le responsable a reconnu que l’enregistrement électoral constitue un défi, notamment en raison des difficultés rencontrées pour atteindre certaines catégories de la population.

Il a indiqué que le CEP poursuivait ses activités de sensibilisation tout en invitant les partis et groupements politiques à contribuer à la mobilisation des citoyens.

Selon lui, les organisations politiques doivent également présenter des offres susceptibles d’intéresser les électeurs et de les encourager à participer au processus.

Un autre volet important de l’entretien a porté sur les démarches entreprises pour permettre aux Haïtiens vivant à l’étranger de participer aux prochaines élections.

En mission d’exploration aux États-Unis, Sanon Démérode a expliqué que le CEP cherche à examiner, avec les autorités américaines, les représentants de l’État haïtien et les organisations de la diaspora, les conditions pratiques de l’organisation du vote hors du territoire national.

« Nous sommes ici dans le cadre d’une mission d’exploration pour voir comment organiser le vote de la diaspora haïtienne et lui permettre de participer aux élections », a-t-il indiqué.

Il a notamment invoqué l’article 384 du décret électoral du 6 octobre 2026, qui reconnaît aux Haïtiens vivant à l’étranger et ayant la qualité d’électeur le droit de participer à la ratification populaire des changements proposés à la Constitution et de voter pour élire le président de la République, dans les communautés haïtiennes de la diaspora identifiées par le CEP.

Cette disposition ne prévoit donc pas, dans ce cadre, la participation de la diaspora aux élections législatives et locales. L’article 385 renvoie à un arrêté pris en Conseil des ministres, sur proposition du CEP, la détermination des lieux et des modalités d’organisation du vote à l’étranger.

Interrogé sur les modalités envisagées, notamment la possibilité d’un vote électronique, le secrétaire général a établi une distinction entre l’inscription des électeurs et l’expression du suffrage.

« Je pense qu’il existe une possibilité d’effectuer l’inscription des électeurs en ligne, mais le vote lui-même se fera physiquement. Les électeurs devront se rendre dans les bureaux de vote pour choisir leurs représentants », a-t-il expliqué.

Ces modalités restent toutefois à préciser dans le cadre des dispositions réglementaires et des arrangements nécessaires avec les pays d’accueil.

L’entretien a également abordé les modifications du décret électoral et les interrogations concernant la participation de personnalités faisant l’objet de sanctions internationales.

Questionné sur les critiques selon lesquelles les nouvelles dispositions pourraient ouvrir la voie à certaines candidatures controversées, Sanon Démérode a rejeté l’idée d’une absence de restrictions.

« Je ne pense pas qu’il s’agisse d’une porte ouverte. Le décret prévoit des balises pour les candidats », a-t-il déclaré.

Il a notamment évoqué la présentation d’un certificat négatif de la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ), ainsi que les mécanismes de contestation des candidatures.

Selon lui, les contestations fondées peuvent être examinées dans le cadre des procédures prévues par la législation électorale.

Les modifications récemment apportées au décret ont notamment supprimé l’obligation de produire un certificat de la Banque de la République d’Haïti attestant l’absence de gel d’avoirs lié à des sanctions étrangères.

Les personnes visées par des sanctions du Conseil de sécurité des Nations unies demeurent toutefois soumises aux restrictions prévues par le cadre électoral.

Interrogé sur l’indépendance du CEP vis-à-vis du gouvernement, des partis politiques et des secteurs représentés au sein de l’institution, le secrétaire général a assuré que le Conseil conservait son autonomie dans la conduite de ses activités.

« Le Conseil électoral provisoire est une institution indépendante », a-t-il affirmé, tout en reconnaissant que l’organisation des élections nécessite une coopération avec les autres institutions de l’État.

Il a soutenu que les décisions électorales relevaient de la compétence du CEP et que cette coopération institutionnelle ne devait pas être assimilée à une subordination politique.

Le responsable a également rappelé qu’Haïti n’avait pas organisé d’élections générales depuis près de dix ans, une situation qui impose, selon lui, des responsabilités particulières aux membres de l’institution électorale.

« Nous savons exactement quelles sont nos responsabilités. Cela fait dix ans que le pays n’a pas organisé d’élections. Nous devons faire tout ce qui est nécessaire pour que les prochaines élections se déroulent correctement », a-t-il déclaré.

Sanon Démérode a assuré que la machine électorale continuait de fonctionner et que les préparatifs progressaient quotidiennement, malgré les difficultés.

Les déclarations du secrétaire général interviennent dans un contexte où les autorités haïtiennes sont confrontées à la nécessité de rétablir des conditions minimales de sécurité, de poursuivre l’enregistrement des électeurs et d’adapter les opérations électorales aux nouvelles dispositions du décret.

Alors que le 13 décembre 2026 avait été présenté comme la date du retour aux urnes, l’absence de garantie sur sa tenue et la perspective de nouvelles consultations pour fixer un calendrier actualisé prolongent l’incertitude entourant le processus de transition politique en Haïti.

La question demeure désormais de savoir à quelle date le CEP pourra organiser les élections et dans quelles conditions sécuritaires et institutionnelles elles pourront effectivement se dérouler.