Élections en Haïti : le candidat au Sénat Armstrong Charlot dénonce le flou du calendrier électoral et s’inquiète de l’impartialité du gouvernement…

Dr. Renan Armstrong Charlot, Chirurgien...

PORT-AU-PRINCE, dimanche 25 octobre 2026 (RHINEWS) – Le docteur Armstrong Charlot, candidat au Sénat pour le département de l’Ouest sous la bannière de la structure politique « Rekonsikye », a exprimé de vives inquiétudes concernant l’avancement du processus électoral en Haïti, dénonçant l’absence de visibilité sur les différentes étapes du scrutin, la détérioration des conditions de sécurité et les risques d’ingérence politique dans l’organisation des élections.

Dans une déclaration à RHINEWS, le candidat a notamment mis en cause le manque de transparence entourant les préparatifs électoraux, estimant que les incertitudes persistantes soulèvent des interrogations sur la volonté réelle des autorités gouvernementales d’organiser des élections crédibles et impartiales.

« Jusqu’à présent, nous ne disposons pas d’un calendrier électoral clair permettant de connaître les différentes étapes du processus. La seule date dont nous avons connaissance est celle du 31 octobre, annoncée pour la clôture des inscriptions des candidats », a déclaré le docteur Charlot.

Selon lui, cette situation empêche les acteurs politiques de planifier convenablement leur participation aux élections et entretient un climat d’incertitude qui pourrait compromettre la confiance dans le processus.

Le candidat a également insisté sur la persistance de l’insécurité, qu’il considère comme l’un des principaux obstacles à l’organisation des scrutins. Il a rappelé que le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé avait, selon ses déclarations, pris des engagements depuis août 2025 en matière de rétablissement de la sécurité, sans que les résultats attendus se soient concrétisés.

« Le problème de l’insécurité s’est aggravé dans plusieurs régions du pays. Jusqu’à présent, nous ne constatons pas les améliorations qui permettraient d’envisager sereinement l’organisation des élections », a-t-il déploré.

Armstrong Charlot s’est particulièrement inquiété des difficultés liées à l’inscription des électeurs, évoquant un nombre d’inscrits estimé à environ un million, chiffre dont il dit lui-même s’interroger sur la fiabilité.

Il a notamment cité les communes de Carrefour et de Croix-des-Bouquets, dans le département de l’Ouest, où l’insécurité et les difficultés d’accès aux bureaux d’inscription constitueraient, selon lui, des obstacles majeurs à la participation électorale.

« À Carrefour, il n’y a pas de bureaux d’inscription accessibles dans plusieurs zones. À Croix-des-Bouquets, nous constatons également de graves difficultés. Comment peut-on envisager des élections dans de telles conditions ? », s’est-il interrogé.

Le candidat a également déploré que la plateforme numérique d’inscription des électeurs évoquée par le Conseil électoral provisoire (CEP) ne soit toujours pas effectivement opérationnelle, selon les informations dont il dispose. Il estime qu’un tel dispositif pourrait faciliter l’accès aux formalités électorales, notamment pour les citoyens vivant dans des zones affectées par la violence armée.

Au-delà des difficultés techniques et sécuritaires, le docteur Charlot a exprimé des préoccupations concernant les rapports entre le chef du gouvernement et certaines structures politiques engagées dans la compétition électorale.

Il s’est interrogé sur les liens qu’il attribue au Premier ministre avec une plateforme politique disposant de ses propres candidats, estimant qu’une telle situation pourrait soulever des questions sur l’impartialité de l’administration publique pendant la période électorale.

« Lorsqu’un chef de gouvernement entretient des liens avec une plateforme politique qui présente elle-même des candidats, il est légitime de s’interroger sur les risques de favoritisme », a-t-il soutenu.

Armstrong Charlot a également évoqué des changements intervenus à la tête de certaines institutions publiques, ainsi que des décisions administratives qu’il juge préoccupantes à une période particulièrement sensible pour la préparation des élections. Il a notamment fait référence à des interventions présumées du Premier ministre dans le remplacement de responsables administratifs.

Pour le docteur Charlot, la publication d’un calendrier électoral détaillé, accompagné d’explications sur les éventuels ajustements envisagés, demeure indispensable pour rassurer les candidats, les partis politiques et les électeurs.

« Il est extrêmement important d’organiser un dialogue afin de clarifier le calendrier électoral. Si des modifications doivent intervenir, elles doivent être expliquées. Nous ne pouvons pas continuer à avancer à tâtons alors que les élections constituent un élément fondamental de la démocratie », a-t-il insisté.

Dans le même temps, Armstrong Charlot a présenté plusieurs orientations qu’il entend défendre s’il est élu au Sénat. Se définissant comme un « souverainiste de gauche », il a placé le rétablissement de l’autorité de l’État et la reconquête de la souveraineté nationale au centre de ses propositions politiques.

Il préconise notamment la création d’un fonds souverain destiné au financement des forces publiques, particulièrement la Police nationale d’Haïti (PNH) et les Forces armées d’Haïti (FAd’H).

« L’une des lois importantes que nous proposerons sera la création d’un fonds souverain pour financer les forces publiques, c’est-à-dire l’armée et la police », a-t-il expliqué.

Selon lui, ce mécanisme permettrait de réduire la dépendance des institutions nationales à l’égard de l’assistance extérieure et de garantir des ressources pour la formation, les équipements, l’armement et le fonctionnement des forces de sécurité.

Le candidat estime qu’une telle politique devrait permettre à l’État de renforcer progressivement son contrôle sur l’ensemble du territoire national, y compris les frontières terrestres, maritimes et aériennes, ainsi que les ports et les aéroports.

Il a également insisté sur la nécessité de renforcer le fonctionnement de la justice et des institutions républicaines, considérant que les autorités haïtiennes doivent assumer pleinement leurs responsabilités sans attendre systématiquement les interventions d’organisations internationales.

« Il faut que les institutions nationales prennent leurs responsabilités afin que nous puissions construire une démocratie solide », a-t-il déclaré.

Revenant sur ses convictions politiques, Armstrong Charlot a affirmé que la légitimité du pouvoir doit découler exclusivement de la volonté populaire exprimée à travers des élections régulières.

« Je suis un souverainiste de gauche. Il faut rendre le pouvoir aux Haïtiens et permettre à des personnes compétentes, honnêtes et intègres de contribuer à l’amélioration durable des conditions de vie de la population », a-t-il soutenu.

Concernant le processus électoral, les préoccupations exprimées par le candidat interviennent après plusieurs modifications du calendrier initialement publié par le CEP le 27 juillet 2026. Celui-ci prévoyait un premier tour des élections présidentielle et législatives le 13 décembre 2026, suivi d’un second tour et des élections des collectivités territoriales le 21 février 2027.

Le 5 octobre, l’organisme électoral a annoncé la prolongation jusqu’au 31 octobre de l’inscription en ligne des candidats et du dépôt des pièces requises, ainsi que le report de la période initialement prévue pour la campagne électorale. Le CEP a précisé qu’un calendrier actualisé serait publié après concertation avec les structures politiques concernées.

Le 20 octobre, le CEP a également annoncé avoir engagé de nouvelles consultations avec les partis politiques et des représentants de la société civile afin de recueillir leurs observations sur la révision du calendrier. Ces démarches témoignent de la poursuite des préparatifs, même si plusieurs échéances restent à préciser.

Les opérations d’inscription des électeurs, lancées en juillet 2026, ont elles-mêmes été affectées par les contraintes sécuritaires. Le CEP avait initialement reporté leur démarrage dans le département de l’Ouest, en invoquant les difficultés particulières auxquelles cette région était confrontée.

Pour Armstrong Charlot, la publication d’un calendrier électoral fiable, la transparence dans les décisions administratives et la création de conditions de sécurité acceptables constituent trois exigences essentielles pour permettre aux citoyens de participer librement aux prochaines élections.

Il estime enfin qu’un dialogue entre les autorités électorales, le gouvernement et les acteurs politiques demeure nécessaire pour dissiper les incertitudes, prévenir les risques de contestation et rétablir la confiance dans un processus qu’il considère comme indispensable à la sortie de la crise institutionnelle et politique que traverse Haïti.