MIAMI, jeudi 30 avril 2026 (RHINEW)– La présidente du Parti de la Fusion des sociaux-démocrates haïtiens (FSDH), Edmonde Supplice Beauzile, a estimé que la tenue d’élections crédibles en Haïti reste étroitement liée à l’amélioration des conditions sécuritaires, tout en appelant à une restructuration en profondeur du système politique et à des mesures urgentes pour répondre à la crise multidimensionnelle que traverse le pays.
Dans une interview à RHINEWS et Island TV, elle a insisté sur le fait que « des élections ne peuvent pas être organisées de manière crédible si l’environnement sécuritaire n’est pas garanti », rappelant que les électeurs, les candidats et les institutions doivent pouvoir évoluer sans intimidation ni pression armée. Elle a néanmoins averti contre toute logique de blocage prolongé du processus démocratique, affirmant que « prendre le pouvoir passe par les élections », même si « l’absence de sécurité constitue aujourd’hui un obstacle majeur » à leur tenue.
Sur le plan du calendrier électoral, la dirigeante politique a exprimé de fortes réserves quant à la possibilité de respecter l’échéance de 2026. « Si les conditions ne sont pas réunies, il sera difficile d’organiser des élections en 2026 », a-t-elle indiqué, tout en appelant à éviter toute improvisation ou report automatique vers 2027, plaidant plutôt pour « une meilleure organisation et une coordination rigoureuse du processus ».
Au cœur de ses propositions figure une réforme majeure du paysage politique haïtien. Edmonde Supplice Beauzile a jugé qu’il est « irréaliste d’avoir un processus électoral avec des centaines de partis politiques sans encadrement clair ». Elle a ainsi plaidé pour une réduction drastique du nombre de partis, groupes et regroupements politiques, proposant de les regrouper en cinq grandes plateformes politiques, au lieu des 282 formations actuellement retenues par le Conseil électoral provisoire (CEP) sur environ 320 enregistrées. Selon elle, cette rationalisation permettrait de renforcer la lisibilité de l’offre politique, de faciliter l’organisation des scrutins et de réduire la fragmentation extrême du système partisan.
Elle a également dénoncé un déficit de mobilisation au sein de la classe politique. « Nous n’avons pas senti une véritable mobilisation des candidats potentiels », a-t-elle observé, estimant que cette situation traduit les incertitudes persistantes autour du processus électoral et la faiblesse des dynamiques de préparation.
Dans le même temps, la responsable de la FSDH a appelé à une implication plus ferme de l’État face à la détérioration continue de la situation sécuritaire. « Le gouvernement ne peut pas croiser les bras pendant que le pays perd du territoire », a-t-elle déclaré, soulignant que l’État doit agir pour éviter une aggravation de la perte de contrôle sur certaines zones du territoire national.
Elle a insisté sur la nécessité d’une stratégie globale et cohérente pour répondre à l’insécurité, estimant que celle-ci doit être définie en concertation avec les forces politiques. Elle a également évoqué des discussions en cours avec divers acteurs internationaux et politiques afin de soutenir la relance du processus électoral.
Sur le plan économique et logistique, Edmonde Supplice Beauzile a mis en avant plusieurs propositions concrètes pour garantir l’approvisionnement du pays dans un contexte de crise. Elle a notamment suggéré de renforcer l’utilisation des voies maritimes et aériennes afin d’assurer le transport du carburant, des denrées alimentaires et des biens essentiels. « Il faut organiser le transport par bateau pour acheminer le carburant et les marchandises », a-t-elle déclaré, estimant que ces alternatives doivent être développées de manière structurée pour contourner certaines contraintes sécuritaires.
Edmonde Supplice Beauzile a accusé certains acteurs proches du pouvoir en place d’utiliser l’insécurité généralisée pour paralyser le transport terrestre, notamment vers le Grand Sud, et favoriser l’émergence d’un monopole dans les secteurs du transport maritime et aérien.
Selon elle, la détérioration de la sécurité sur les axes routiers stratégiques ne serait pas uniquement une conséquence du chaos ambiant, mais participerait d’une logique économique visant à rediriger les flux de passagers et de marchandises. « Les gangs sont utilisés pour barrer la route et empêcher la libre circulation vers le Grand Sud », a-t-elle déclaré, estimant que cette situation profite à des intérêts bien identifiés.
« On crée les conditions pour obliger la population à se tourner vers le transport maritime et aérien, contrôlé par un groupe restreint d’acteurs. C’est un monopole qui se met en place », a-t-elle poursuivi.
Ces accusations interviennent dans un contexte où de nombreuses routes nationales restent sous la menace de groupes armés, rendant les déplacements terrestres particulièrement risqués et parfois impossibles. Cette situation a conduit à une augmentation du recours aux liaisons maritimes et aériennes, souvent très coûteuses pour une population appauvrie et au chômage.
La dirigeante politique a insisté sur la nécessité d’un effort collectif et coordonné impliquant l’État, les partis politiques, la société civile et la diaspora. Elle a estimé que le pays a besoin de réformes structurelles profondes pour sortir de la crise actuelle et rétablir les conditions minimales de stabilité, indispensables à la reprise du processus démocratique.

