Des syndicats haïtiens interpellent un groupe de sénateurs américains sur les incohérences de la politique des États-Unis en Haïti…

Charles Herold Civil, Josue Merilien, Esther Eloy et Jean Gardy Brutus, dirigeants de la Centrale Unitaire des Travailleurs des Secteurs Public et Privé d’Haïti (CUTRASEPH)...
  • PORT-AU-PRINCE, dimanche 10 août 2025 (RHINEWS) – Dans une lettre ouverte adressée aux sénateurs américains Edward J. Markey, Chris Van Hollen, Raphael Warnock, Elizabeth Warren, Bernard Sanders, Alex Padilla, Peter Welch, Cory Booker et Adam Schiff, dix-huit organisations et syndicats haïtiens dénoncent « l’incohérence » de la politique étrangère des États-Unis en Haïti, estimant qu’elle constitue « un facteur aggravant des violations des droits fondamentaux du peuple haïtien, incluant son droit à l’auto-détermination ».
  • Les signataires saluent la prise de position des parlementaires du 24 juillet 2025 dénonçant, auprès du secrétaire d’État Marco Rubio et de la secrétaire à la Sécurité intérieure Kristi Noem, les contradictions de l’administration Trump. Ils relèvent notamment l’incompatibilité entre la présence annoncée d’une « force de sécurité privée » américaine et la Mission multinationale de soutien à la sécurité (MSS) autorisée par les Nations Unies. Citant la correspondance des sénateurs, ils rappellent : « Des sources publiques confirment que des armes ont déjà été expédiées et que des forces paramilitaires seront déployées cet été. De telles opérations risquent de compromettre la légitimité et l’efficacité de la Mission multinationale de soutien à la sécurité/MSS sanctionnée par l’ONU et soutenue par les États-Unis. »
  • Ils notent aussi les interrogations soulevées par les élus américains : « Une évaluation interinstitutionnelle a-t-elle été menée afin de déterminer si les activités de ces sociétés militaires privées américaines pourraient nuire à la Mission MSS ? Le Département d’État a-t-il évalué si ces activités sont compatibles avec la mission de l’ONU, font double emploi avec celle-ci ou sont en conflit avec elle ? »
  • La lettre insiste également sur une autre contradiction : l’alerte sécuritaire maximale émise par Washington à l’égard d’Haïti et, parallèlement, la politique de déportation des migrants haïtiens et la volonté de mettre fin au statut de protection temporaire (TPS). Les auteurs s’appuient sur la question posée par les sénateurs : « Comment l’administration concilie-t-elle la justification sécuritaire de l’inclusion d’Haïti dans l’interdiction de voyager avec son évaluation simultanée selon laquelle le statut TPS d’Haïti devrait être supprimé parce que les Haïtiens peuvent rentrer chez eux en toute sécurité ? » Ils rappellent que le Département d’État est allé jusqu’à recommander aux ressortissants américains de « rédiger leur testament avant tout départ vers Haïti ».
  • Les signataires estiment que « le déploiement incontrôlé d’une société militaire privée américaine ayant des antécédents inquiétants en matière de violations des droits humains représente une menace urgente » et que la population haïtienne vit « un état de vulnérabilité planifiée ». Ils s’inquiètent : « Les armes sont déjà là ; ceux qui savent les manier sont là, face à un peuple désarmé, délogé, déstabilisé… Doit-on s’attendre à une vague sanglante sans nom visant un génocide suivi d’un pillage des ressources minières d’Haïti ? »
  • Ils rappellent que le Sénat haïtien a adopté en 2011 et 2013 des résolutions sur l’inconstitutionnalité de la présence de forces armées étrangères, alors incarnée par la MINUSTAH. « Qu’il s’agisse aujourd’hui de mercenaires américains ou de mission MSS, ce sont les deux faces d’une même médaille anticonstitutionnelle écorchant la souveraineté du pays », écrivent-ils, exhortant les sénateurs américains à veiller au respect des droits du peuple haïtien, « dont le droit à la vie et le droit à l’auto-détermination ».