WASHINGTON, lundi 28 juillet 2025 (RHINEWS)– Dans une lettre adressée le 24 juillet aux secrétaires d’État Marco Rubio et de la Sécurité intérieure Kristi Noem, un groupe de neuf sénateurs démocrates a exprimé de vives inquiétudes concernant l’implication d’un contractant militaire privé américain en Haïti, les risques de violations du droit américain sur les exportations d’armes, et les contradictions fondamentales de la politique étrangère et migratoire des États-Unis envers le pays caribéen.
« Ces informations soulèvent des questions urgentes sur le respect des lois américaines relatives aux exportations d’armes, sur le risque de complicité des États-Unis dans de graves violations des droits humains, et sur les contradictions fondamentales de notre politique étrangère et migratoire actuelle envers Haïti », écrivent les sénateurs.
La correspondance fait référence à une enquête du New York Times selon laquelle le gouvernement de transition haïtien aurait conclu un contrat avec une société militaire privée dirigée par Erik Prince, fondateur controversé de Blackwater Worldwide, pour fournir des drones armés, des armes et environ 150 mercenaires américains afin de mener des opérations armées contre les gangs à Port-au-Prince. Les sénateurs précisent que des sources publiques confirment déjà des livraisons d’armes et le déploiement imminent des forces paramilitaires au cours de l’été.
Pour les élus, cette initiative risque de saper la légitimité et l’efficacité de la mission multinationale de soutien à la sécurité (MSS), mandatée par les Nations unies et soutenue par les États-Unis, censée stabiliser Haïti dans un cadre transparent et multilatéral. Ils exigent des explications sur la coordination entre le Département d’État et le Pentagone concernant la régulation des transferts d’armes à l’étranger.
« De telles opérations soulèvent des questions sur la transparence, la légalité et la cohérence des politiques américaines d’exportation d’armes », poursuivent-ils, rappelant que la loi ITAR (International Traffic in Arms Regulations) interdit à tout citoyen américain d’exporter du matériel militaire ou de fournir des services militaires à des entités étrangères sans autorisation préalable.
Ils soulignent également que les drones armés, les livraisons d’armes et le déploiement de mercenaires constituent sans ambiguïté des activités soumises à des licences d’exportation. Or, si ces licences ont été accordées, elles paraissent incompatibles avec les critères de droits humains énoncés dans le mémorandum NSPM-10 de l’administration Trump. Si elles n’ont pas été accordées, alors ces activités pourraient constituer des violations de la loi.
La lettre met également en garde contre une possible infraction indirecte à la Loi Leahy, qui interdit tout soutien américain à des forces de sécurité étrangères impliquées dans de graves violations des droits humains. Les sénateurs rappellent que la Police nationale haïtienne (PNH), bénéficiaire d’une assistance américaine, fait l’objet d’allégations crédibles d’exécutions extrajudiciaires, et qu’une coopération avec une société militaire privée américaine pourrait engager la responsabilité juridique des États-Unis.
Le contexte dans lequel cette situation se déroule est décrit comme alarmant. Selon les dernières données de l’ONU, plus de 1,3 million de personnes ont été déplacées en Haïti, dont plus de la moitié sont des enfants. Près de 50 % de la population est en insécurité alimentaire sévère, et 42 % des établissements de santé à Port-au-Prince sont hors service. « La capitale pourrait tomber entièrement aux mains des gangs criminels sans intervention urgente », ont averti les Nations unies en avril dernier.
Malgré cela, le Département de la Sécurité intérieure (DHS) a annoncé en février la fin du statut de protection temporaire (TPS) pour les ressortissants haïtiens aux États-Unis, à compter d’août 2025. Le président Trump a par ailleurs ajouté Haïti à une nouvelle interdiction de voyage visant les pays jugés menaçant la sécurité nationale. Une posture que les sénateurs dénoncent comme contradictoire.
« L’administration affirme que Haïti est suffisamment sûr pour y renvoyer de force des Haïtiens, mais en même temps trop dangereux pour leur permettre de chercher refuge aux États-Unis. Les deux affirmations ne peuvent coexister », écrivent-ils.
Afin d’éclaircir les intentions et la cohérence de l’administration, les sénateurs exigent des réponses écrites avant le 15 août à une série de questions précises : des licences d’exportation ont-elles été demandées ou accordées à des entreprises militaires privées opérant en Haïti ? Ces activités ont-elles été évaluées au regard du NSPM-10 ? Ont-elles fait l’objet d’une révision inter-agences pour éviter de nuire à la mission MSS ? Les unités de la police haïtienne recevant un soutien américain ont-elles été vérifiées selon les critères de la Loi Leahy ? Et comment l’administration justifie-t-elle la fin du TPS en parallèle d’une interdiction de voyage pour raisons sécuritaires ?
Parmi les signataires de la lettre figurent les sénateurs Edward J. Markey, Chris Van Hollen, Raphael Warnock, Elizabeth Warren, Bernard Sanders, Alex Padilla, Peter Welch, Cory Booker et une neuvième signature non identifiée clairement sur la copie communiquée.
Les élus avertissent que la situation actuelle – marquée par des décisions unilatérales, l’absence de transparence, le recours à des acteurs privés controversés et l’ignorance des principes de droits humains – mine non seulement la crédibilité des États-Unis à l’international, mais également ses obligations légales et morales vis-à-vis d’un peuple vulnérable en pleine détresse.

