PORT-AU-PRINCE, mercredi 9 septembre 2026 (RHINEWS)- Des organisations de la société civile, des représentants de la diaspora et des plateformes politiques haïtiennes ont publiquement contesté l’implication de la Communauté des Caraïbes (CARICOM) dans les négociations politiques en cours en Haïti, estimant que l’organisation régionale ne dispose plus, selon eux, de l’autorité morale et politique nécessaire pour jouer un rôle central dans la recherche d’une issue à la crise.
Dans une déclaration de positionnement publiée dans la presse haïtienne, les signataires affirment vouloir « contester et désavouer formellement l’implication de la Communauté Caribéenne (CARICOM) dans les négociations en cours ». Ils justifient leur position par ce qu’ils présentent comme des « dysfonctionnements institutionnels », des « échecs historiques » et un « parti pris notoire » de l’organisation dans ses précédentes démarches en Haïti.
Les signataires mettent notamment en avant le différend entourant le renouvellement du mandat de la secrétaire générale de la CARICOM, Carla Barnett. Ils soutiennent que cette procédure fait l’objet d’une contestation de la part de plusieurs États membres et qu’elle affecterait la capacité de l’organisation à intervenir dans le dossier haïtien.
Le différend existe effectivement au sein de la CARICOM. En juillet 2026, l’organisation régionale a annoncé avoir décidé de saisir la Cour caribéenne de justice (CCJ) au sujet de la procédure de renouvellement du mandat de Mme Barnett, à la suite notamment de l’objection de Trinité-et-Tobago. Dans l’attente de l’avis de la juridiction, le statu quo concernant son renouvellement devait être maintenu.
La déclaration critique également la participation de l’ambassadeur Colin Granderson aux démarches de la CARICOM en Haïti. Les signataires rappellent son implication passée dans les affaires haïtiennes et l’accusent d’avoir été déclaré « persona non grata » par les autorités haïtiennes lors de son passage à la tête de la MICIVIH en 1999, affirmation qui n’est pas étayée par des sources indépendantes dans le document.
Ils lui reprochent également son rôle lors des élections haïtiennes de 2010. Colin Granderson dirigeait alors la mission conjointe d’observation électorale de l’OEA et de la CARICOM. À l’époque, la mission avait reconnu l’existence d’irrégularités, tout en estimant qu’elles ne justifiaient pas l’annulation du scrutin. « La mission conjointe ne pense pas que ces irrégularités, aussi sérieuses soient-elles, invalident les élections », avait déclaré Granderson en novembre 2010.
L’OEA avait par la suite indiqué que le rapport de la mission dirigée par Granderson avait notamment contribué aux recommandations techniques adressées aux autorités électorales haïtiennes. L’organisation avait également relevé que les résultats définitifs publiés par le Conseil électoral provisoire avaient modifié le classement des candidats arrivés en deuxième et troisième positions au premier tour.
Dans leur déclaration, les organisations signataires estiment que les expériences précédentes de la CARICOM n’ont pas permis, selon elles, de renforcer durablement la stabilité politique ou la légitimité démocratique en Haïti. Elles dénoncent également une démarche qu’elles qualifient de « sélective, partisane et intéressée », reprochant à l’organisation régionale d’avoir écarté certaines composantes de la société haïtienne, notamment des représentants de la diaspora, de la société civile et de formations politiques.
« La CARICOM ne peut prétendre à l’autorité morale ou politique pour conduire des négociations sur la crise haïtienne », affirment-elles dans leur déclaration.
Les signataires réclament en conséquence un « dialogue authentiquement haïtien conduit par les Haïtiens pour Haïti » ainsi que de nouveaux mécanismes d’accompagnement international respectueux, selon eux, de la souveraineté et des aspirations démocratiques du pays. Ils demandent également « l’exclusion des figures discréditées » dont les actions passées auraient, à leurs yeux, contribué à affaiblir la confiance dans les institutions internationales.
Cette prise de position intervient alors que la CARICOM continue de participer aux efforts diplomatiques autour de la crise haïtienne. En février 2026, le Groupe de personnalités éminentes de la CARICOM avait participé à une réunion consultative sur Haïti organisée par l’Organisation des États américains à Washington, aux côtés de représentants haïtiens, américains, canadiens et onusiens. Les discussions avaient notamment porté sur la sécurité, la gouvernance, les élections et les modalités de transition après l’expiration du mandat du Conseil présidentiel de transition.
Début septembre, le Groupe de personnalités éminentes de la CARICOM a également poursuivi ses consultations en Haïti avec différents secteurs politiques et sociaux, dans le cadre de ses efforts visant à contribuer au dialogue autour de l’avenir politique du pays.
La déclaration est signée par des responsables de plusieurs organisations sociales et plateformes politiques, dont le Consensus national inclusif (CONAI), la plateforme MHECI, le Forum national de la société civile (FONSOC), ainsi que plusieurs formations politiques et organisations de la société civile.

