PORT-AU-PRINCE, mercredi 17 juin 2026 (RHINEWS) – Plusieurs organisations syndicales et associatives haïtiennes ont adressé une lettre ouverte au secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies (ONU), António Guterres, à l’occasion de sa visite en Haïti, le 16 juin 2026. Les signataires profitent de ce déplacement pour exprimer leurs critiques à l’égard du rôle joué par l’organisation internationale dans la crise haïtienne et appeler à la fin de ce qu’ils qualifient de « tutelle multiforme » sur le pays.
Dans leur correspondance, les organisations indiquent avoir pris connaissance des objectifs annoncés de la visite du chef de l’ONU, à savoir constater la crise humanitaire, rencontrer les populations affectées et évaluer l’aide internationale. Elles soulignent également que M. Guterres devait rencontrer les autorités dominicaines à Saint-Domingue avant son arrivée en Haïti.
Les signataires reviennent sur les deux mandats du secrétaire général, entamés en janvier 2017, en affirmant que l’ONU est demeurée présente alors que les institutions haïtiennes se sont progressivement affaiblies. Ils évoquent notamment la disparition du Parlement haïtien et s’interrogent sur l’efficacité des missions internationales dans le pays.
« Avant même la fin de votre premier mandat et tout au long du deuxième qui s’achève en 2026, vous avez constaté avec indifférence l’inexistence du Parlement. Quel rôle de stabilisation l’ONU joue-t-elle donc ? », écrivent-ils.
La lettre cite plusieurs personnalités étrangères ayant exprimé, au cours des dernières années, des critiques à l’égard des interventions internationales en Haïti. Parmi elles figurent l’ancien envoyé spécial américain pour Haïti, Daniel Foote, qui avait démissionné de ses fonctions en 2021.
« Ce cycle d’interventions politiques internationales en Haïti aura constamment produit des résultats catastrophiques », est-il rappelé dans la lettre, qui cite également ses propos selon lesquels les Haïtiens devraient pouvoir « tracer leur propre voie » et choisir leurs dirigeants « de manière juste et acceptable ».
Les auteurs font également référence à des déclarations du militant dominicain Narciso Isa Conde, du chercheur belge Frédéric Thomas, ainsi que des intellectuels Boubacar Boris Diop et Mireille Fanon-Mendès France, qui ont dénoncé ce qu’ils considèrent comme une atteinte à la souveraineté haïtienne.
Les organisations signataires rappellent également les critiques formulées contre la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH), déployée de 2004 à 2017. Elles citent une lettre adressée à António Guterres en avril 2017 par cinq lauréats du prix Nobel de la paix, dont Rigoberta Menchú et Jody Williams, qui s’inquiétaient de l’absence de réparations pour les victimes de l’épidémie de choléra introduite en Haïti par des casques bleus de la MINUSTAH.
Selon les signataires, « le nombre de personnes mortes, suite à l’introduction de cette maladie par les troupes de la MINUSTAH est très probablement trois fois plus élevé que le chiffre officiel de 9.483 ».
La lettre aborde également la situation institutionnelle actuelle en Haïti. Les auteurs questionnent la légitimité constitutionnelle des autorités de transition et invitent António Guterres à se prononcer sur les mécanismes ayant conduit à la nomination du Premier ministre haïtien.
« Pourriez-vous identifier l’autorité de nomination de l’actuel Premier ministre haïtien que vous comptez rencontrer, dans un contexte où plane un fort parfum d’inconstitutionnalité ? », interrogent-ils.
En conclusion, les organisations exhortent le secrétaire général de l’ONU à favoriser une approche fondée sur le respect de la souveraineté nationale et de l’autodétermination du peuple haïtien.
« La tutelle multiforme sur Haïti doit cesser. Car Haïti demeure le premier État indépendant sans esclavage de toute l’Amérique », affirment les signataires.
La lettre est notamment signée par des représentants de la Centrale unitaire des travailleurs/euses des secteurs public et privé d’Haïti (CUTRASEPH), de l’Association des motocyclistes pour le bien-être de la communauté (AMOBIC), de l’Association nationale des greffiers haïtiens (ANAGH), de l’Association nationale syndicale des transporteurs visionnaires d’Haïti (ANSTVH), du Collectif des enseignants pour la nouveauté de l’éducation en Haïti (CENEH), ainsi que par plusieurs syndicats de fonctionnaires et organisations de la société civile.
La visite d’António Guterres intervient alors qu’Haïti continue de faire face à une crise sécuritaire, humanitaire et institutionnelle majeure, marquée par l’expansion des groupes armés, les déplacements massifs de populations et les difficultés persistantes de gouvernance.

