Des organisations de défense des droits humains réclament le retrait du nouveau décret minier en Haïti…

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PORT-AU-PRINCE, mercredi 27 mai 2026 (RHINEWS)- La Plateforme des organisations haïtiennes des droits humains (POHDH) et la Commission épiscopale nationale Justice et Paix (CE-JILAP) ont appelé les autorités de transition dirigées par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé à retirer le nouveau décret minier publié le 30 mars 2026 dans le journal officiel Le Moniteur, estimant que cette décision engage l’avenir du pays sans légitimité démocratique et au profit d’intérêts multinationaux.

Dans une note conjointe rendue publique mardi, les deux organisations dénoncent l’adoption du texte dans un contexte marqué par l’insécurité généralisée, la crise politique et le dysfonctionnement des institutions de l’État. Selon elles, les autorités de transition « n’ont aucune légitimité pour engager le pays » sur une question aussi stratégique que l’exploitation des ressources minières.

La POHDH et la CE-JILAP rappellent que les précédentes expériences minières en Haïti n’ont apporté aucun bénéfice réel à la population. Elles citent notamment l’exploitation de la bauxite à Miragoâne par la compagnie américaine Reynolds entre 1957 et 1982, ainsi que l’exploitation du cuivre à Mémé, près des Gonaïves, durant les années 1960 et 1970.

Les deux organisations affirment également que plusieurs pays africains riches en ressources minières, notamment la République démocratique du Congo, demeurent confrontés à la pauvreté, à l’instabilité et aux conflits malgré l’exploitation de leurs minerais.

« Le peuple haïtien a toujours résisté aux projets visant à livrer les ressources minières du pays à des compagnies étrangères », souligne le communiqué, évoquant les mobilisations communautaires dans plusieurs zones concernées par des projets d’exploration, notamment Morne Bossa, Wòch Plat, Patrikò et Lamyèl.

La note rappelle aussi qu’en 2013, des organisations de la société civile et des structures communautaires avaient poussé le Sénat haïtien à adopter une résolution demandant un moratoire sur tous les permis et conventions minières jusqu’à l’adoption d’une nouvelle législation.

La POHDH et la CE-JILAP critiquent particulièrement l’article 115 du nouveau décret, qui prévoirait des garanties de protection pour les investisseurs miniers pendant une période pouvant aller jusqu’à dix ans. Les organisations s’interrogent sur la capacité de l’État à offrir de telles garanties alors qu’il ne parvient pas à assurer la sécurité de la population face à la violence des groupes armés.

« Cette décision traduit une volonté de faciliter la prise de contrôle des ressources du pays par des groupes économiques multinationaux malgré les risques pour la population, l’agriculture et l’environnement », écrivent-elles.

Les signataires estiment également que l’adoption du décret intervient alors que plusieurs régions du pays sont sous l’influence de groupes armés et que des milliers de citoyens ont été déplacés par l’insécurité. Elles dénoncent une décision prise en l’absence d’un Parlement fonctionnel capable d’exercer un contrôle démocratique sur une question d’une telle importance.

Dans leur communiqué, les deux organisations demandent le retrait immédiat du décret ainsi que la suspension de toute activité d’exploration, d’exploitation et de concession minières jusqu’au rétablissement de la sécurité et des institutions démocratiques. Elles appellent aussi à l’organisation d’un vaste débat national sur les enjeux miniers et leurs impacts sociaux et environnementaux.

La POHDH et la CE-JILAP invitent enfin les populations vivant dans les zones concernées par des projets miniers à « rester mobilisées et vigilantes afin de défendre les intérêts majeurs du pays ».