Crise politique en France : la démission éclair de Sébastien Lecornu plonge le pays dans l’incertitude…

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PARIS, lundi 6 octobre 2025 (RHINEWS)Moins d’un mois après sa nomination, le Premier ministre français Sébastien Lecornu a remis ce lundi sa démission au président Emmanuel Macron, qui l’a immédiatement acceptée. Cette démission, survenue au lendemain de l’annonce d’un gouvernement contesté, ouvre une nouvelle phase d’instabilité politique pour un exécutif déjà fragilisé depuis les législatives de 2022.

« Les conditions n’étaient plus remplies pour exercer ma mission de Premier ministre », a déclaré M. Lecornu sur le perron de Matignon, reconnaissant que son projet de rupture avec les pratiques antérieures avait échoué. « Le renoncement au 49.3 pour redonner la main au Parlement n’a pas permis ce choc de confiance que j’appelais de mes vœux », a-t-il ajouté, évoquant également « le réveil de quelques appétits partisans » après la présentation de son gouvernement.

Nommé le 9 septembre dernier, Sébastien Lecornu — considéré comme un proche d’Emmanuel Macron et un négociateur habile — n’aura tenu que 28 jours à Matignon, un record de brièveté sous la Ve République. La crise a éclaté dimanche soir, lorsque la composition de son gouvernement, jugée trop semblable à celle de son prédécesseur Gabriel Attal, a provoqué la colère des alliés et des opposants.

Bruno Retailleau, président des Républicains (LR), a dénoncé sur X « un gouvernement qui ne reflète pas la rupture promise », avant d’accuser M. Lecornu d’avoir « caché la nomination de Bruno Le Maire » au ministère des Armées, « ce qui pose un problème de confiance ». Interrogé sur TF1, M. Retailleau a réfuté toute responsabilité dans la chute du Premier ministre, affirmant qu’il était « hors de question pour LR de cautionner un Premier ministre de gauche ».

Dès l’annonce de la démission, les formations politiques ont convoqué des réunions de crise. Les Républicains, les Insoumis, les Socialistes et les Écologistes se sont réunis pour définir leurs positions face à ce qu’ils qualifient de « vacance de pouvoir ».

Marine Tondelier, dirigeante des Écologistes, a déclaré sur les réseaux sociaux que « notre camp politique doit être à la hauteur de l’histoire et des difficultés que rencontre notre pays », annonçant des rencontres avec « l’ensemble des partenaires de la gauche ».

De son côté, La France insoumise a réclamé « l’examen immédiat » d’une motion de destitution contre Emmanuel Macron, tandis que le Rassemblement national de Jordan Bardella a appelé à la « dissolution de l’Assemblée nationale ».

Face à la tempête, le président Macron, dont la popularité est en berne, se retrouve devant un choix crucial : nommer un quatrième Premier ministre en huit ans ou convoquer de nouvelles élections législatives. L’Élysée s’est contenté d’un communiqué laconique, annonçant que « le président de la République a pris acte de la démission du Premier ministre ».

Une crise dans la continuité des blocages institutionnels

Cette nouvelle démission s’inscrit dans une série de crises politiques qui minent la présidence Macron depuis la perte de la majorité absolue en 2022. Les tentatives de coalition ont échoué les unes après les autres, tandis que le pays s’est enfoncé dans une impasse parlementaire marquée par le recours répété au controversé article 49.3 de la Constitution.

Depuis la réforme des retraites de 2023 jusqu’à la crise du budget 2024, chaque gouvernement successif a été fragilisé par des oppositions irréconciliables, symbolisant une démocratie française à bout de souffle.

Aujourd’hui, la démission de Sébastien Lecornu, perçue comme un échec personnel pour Emmanuel Macron, met à nu l’isolement du chef de l’État. La droite, la gauche et l’extrême droite réclament toutes une refondation des institutions ou des élections anticipées, tandis que l’opinion publique, selon les premiers sondages, se montre « fatiguée des jeux politiciens » et inquiète pour la stabilité du pays.

« Ce n’est pas seulement une crise de gouvernement, c’est une crise de régime », analyse un politologue interrogé par Le Monde. « Le macronisme, qui se voulait une synthèse entre la droite et la gauche, s’effondre sur son propre paradoxe. »

Pour l’heure, Emmanuel Macron garde le silence. Mais à l’Élysée comme à Matignon, l’heure est au branle-bas de combat dans une classe politique déboussolée.