Haïti/Éducation : l’UNNOH dénonce “un chaos planifié” et appelle à une mobilisation nationale à l’occasion de la Journée mondiale des enseignants…

Charles Herold Civil, Josue Merilien, Esther Eloy et Jean Gardy Brutus, dirigeants de la Centrale Unitaire des Travailleurs des Secteurs Public et Privé d’Haïti (CUTRASEPH)...

PORT-AU-PRINCE, lundi 6 octobre 2025 (RHINEWS) — À l’occasion de la Journée mondiale des enseignants, célébrée hier dimanche 5 octobre, l’Union nationale des normaliens et normaliennes d’Haïti (UNNOH) a publié un message empreint d’inquiétude et de colère face à la crise multiforme que traverse le pays. Selon l’organisation syndicale, cette journée se déroule « dans un contexte encore extrêmement difficile, complexe et dangereux, marqué par le renforcement du chaos alimenté par l’intensification de l’insécurité planifiée, l’inaction des dirigeants et l’arrivée prochaine d’une nouvelle force d’occupation ».

« Pire encore, en cette journée spéciale, aucune volonté manifeste n’est observée allant dans le sens d’une réponse satisfaisante à la crise sécuritaire et aux différentes revendications des enseignants/es », déplore l’UNNOH, soulignant le contraste entre la symbolique internationale de la date et la réalité du terrain en Haïti.

Le thème retenu cette année par l’UNESCO — “Redéfinir l’enseignement comme une profession de collaboration” — met l’accent sur la coopération comme levier de transformation éducative. Mais, selon l’UNNOH, « en Haïti, les dirigeants semblent être étrangers à cette idée, en témoigne l’absence de volonté politique de négocier correctement avec les syndicats enseignants en vue d’une entente devant favoriser la reprise des activités scolaires dans une atmosphère sereine ».

Le syndicat rappelle que les enseignants sont en mobilisation depuis janvier dernier, toujours « dans l’attente de réponses à leurs revendications de la part du pouvoir en place et du ministère de l’Éducation nationale ».

L’UNNOH exprime sa profonde indignation face à la dégradation du climat sécuritaire et éducatif, qu’elle qualifie de « crise fabriquée ». « Nous réclamons une énième fois l’adoption et l’application stricte de mesures urgentes pour résoudre durablement la crise sécuritaire, la crise éducative et la crise humanitaire », déclare l’organisation.

Parmi ses revendications prioritaires, l’UNNOH cite la mise en œuvre d’« une véritable réforme éducative capable de redresser le système en ruines », la professionnalisation du métier d’enseignant, « une amélioration significative de la condition enseignante impliquant des conditions de travail décentes, des salaires raisonnables, des avantages sociaux et une formation de qualité », ainsi qu’« une part importante du budget national consacrée à l’éducation ».

L’organisation insiste sur la nécessité d’« une éducation publique de qualité assurant la formation de citoyens capables de participer activement à la vie politique, sociale, économique et culturelle du pays ».

Dans un ton particulièrement alarmiste, l’UNNOH estime qu’« Haïti est devenu un pays miné par un génocide silencieux contre le peuple haïtien » et avertit que « face à la persistance de l’inertie des dirigeants, s’imposera de plus en plus la nécessité d’une réponse citoyenne ».

En ce sens, le syndicat lance un appel pressant à « une mobilisation générale de tous les compatriotes haïtiens des dix départements géographiques et de la diaspora pour solutionner la crise sécuritaire, éducative et humanitaire ». Selon l’UNNOH, cette mobilisation doit passer par « un plan stratégique efficace, une volonté politique affichée et la coordination des actions à mener contre les gangs criminels », mais aussi par « un contrôle systématique des ports, des aéroports et des frontières terrestres pour contrecarrer le flux d’armes vers Haïti ».

Tout en réclamant une « solidarité internationale agissante sans vernis d’ingérence », l’UNNOH réaffirme son engagement à contribuer à l’émergence d’un système éducatif public fort et d’un enseignement revalorisé. « En cette Journée mondiale de l’Éducation, nous renouvelons notre engagement à la revalorisation du métier d’enseignant et à la défense du droit fondamental à l’éducation », conclut le message signé par Péguy Noël, Évelyne Timé, Patrick Hyppolite et Josué Mérilien, coordonnateur général de l’UNNOH.

« Nous encourageons le peuple haïtien et les enseignants/es à ne pas baisser les bras malgré la situation désastreuse, mais à s’armer de courage pour l’affronter et la changer », conclut l’organisation syndicale.