PORT-AU-PRINCE, lundi 30 juin 2025 (Dépêche) – À deux jours d’une réunion exceptionnelle du Conseil de sécurité de l’ONU sur Haïti, plusieurs anciens présidents dominicains, de vives critiques s’élèvent du côté haïtien quant à la légitimité morale de ces dirigeants à parler au nom de la paix ou des droits humains dans la région.
Une note citoyenne publiée à Port-au-Prince dénonce ce que ses signataires qualifient de « cartel de présidents dominicains », évoquant « l’insolence de quatre chefs d’État successifs » à l’égard du peuple haïtien. « De quel droit ces hommes, responsables de violations patentes des droits fondamentaux, prétendent-ils intervenir comme médiateurs dans une crise qu’ils ont contribué à aggraver ? » s’interroge le texte.
Le cas de l’ancien président Danilo Medina est évoqué en lien avec la très controversée sentence 168-13 rendue par la Cour constitutionnelle dominicaine en 2013, qui a déchu de leur nationalité des dizaines de milliers de Dominicains d’origine haïtienne. La Commission interaméricaine des droits de l’homme avait alors condamné cette décision, affirmant dans un rapport : « Toute personne a le droit d’avoir la protection et les garanties judiciaires […] pour préserver les droits à la nationalité, à l’identité, à l’égalité et à la non-discrimination. »
L’empreinte de Hipólito Mejía, président de 2000 à 2004, est également rappelée, notamment pour le massacre de Guayubín en juin 2000, où six migrants haïtiens ont été abattus par des soldats dominicains. La Commission nationale dominicaine des droits humains avait qualifié l’incident « d’action brutale aux caractéristiques de génocide ». Le président du Sénat dominicain de l’époque, Ramon Albuquerque, avait quant à lui défendu l’opération, déclarant : « Je ne saurais rabaisser le moral des soldats de mon pays qui sont les gardiens de notre intégrité territoriale. »
Quant à Leonel Fernández, dont les propos tenus au Parlement français en 2009 sont cités, il y affirmait que « la stabilité politique en Haïti dépend de la prolongation du mandat de la MINUSTAH pour dix années supplémentaires », suscitant l’indignation de nombreux Haïtiens qui y ont vu une forme d’ingérence arrogante dans les affaires internes du pays.
Dans ce contexte historique lourd, la décision du gouvernement dominicain actuel de confier à la firme américaine DGA Group Government Relations un mandat d’un an pour améliorer son image à l’étranger et renforcer ses liens avec l’administration Trump apparaît à beaucoup comme une manœuvre cynique. Le contrat, d’une valeur de 102,9 millions de pesos dominicains, a été attribué sans appel d’offres et confié au ministère de la Présidence. La mission inclut notamment des conseils en matière de sécurité, d’immigration, de lutte contre les trafics et de droits humains.
Cette opération de communication intervient alors que des critiques internationales se multiplient contre les expulsions massives de ressortissants haïtiens, y compris des femmes enceintes ou allaitantes. Elle coïncide aussi avec les efforts diplomatiques de la République dominicaine pour obtenir la levée d’un tarif douanier américain de 10 % sur ses exportations.
Alors que Santo Domingo tente de se repositionner sur la scène internationale, en particulier face à Washington, la réaction haïtienne reste tranchante : « Le peuple haïtien mérite mieux que des démarches de faux amis hypocrites et cyniques », conclut la note citoyenne, cosignée par plusieurs figures de la société civile.
Cette nouvelle offensive diplomatique dominicaine, habillée de conseils étrangers et soutenue par d’anciens chefs d’État à la réputation entachée, risque d’aggraver les tensions plutôt que de favoriser une quelconque stabilisation.

