“Coupable mais non responsable : une restitution sabotée entre cynisme diplomatique et trahison élitaire”- Hugues Célestin…

Hugues Celestin, Sociologue et ancien depute de Quartier-Morin...

QUARTIER-MORIN (Nord), vendredi 20 juin 2035 (RHINEWS)- Dans un long texte d’analyse, le sociologue et  l’ancien député de Quartier-Morin, Hugues Célestin, dénonce avec vigueur ce qu’il qualifie de « duplicité postcoloniale » et de « neutralisation intellectuelle d’un crime économique ». À travers une analyse politique sans concession, il revient sur les récents événements autour de la dette imposée à Haïti par la France en 1825, mêlant actualité parlementaire, critiques contre les élites haïtiennes et mise en cause frontale du rôle de l’université française.

« Coupable mais non responsable ! » : c’est par ce titre évocateur que Célestin résume le paradoxe d’une France qui, selon lui, reconnaît partiellement l’iniquité historique du “braquage colonial” de 1825, sans pour autant assumer la responsabilité financière et politique qui en découle.

Dans la nuit du 4 au 5 juin 2025, un tournant a semblé s’opérer à l’Assemblée nationale française. Le groupe Gauche Démocrate et Républicaine (GDR), majoritairement composé de communistes et d’élus ultramarins, a déposé une résolution exigeant reconnaissance et réparation de l’indemnité imposée à Haïti après son indépendance. Le texte a été adopté à 53 voix contre 9. « Un geste d’une rare portée politique », note Célestin, qui salue « un acte de vérité » porté par la solidarité internationaliste, mais aussitôt récupéré et dilué par l’appareil d’État français.

Face à ce qu’il appelle un « coup de tonnerre dans le ciel opaque des relations franco-haïtiennes », l’ancien parlementaire critique l’attitude de ceux qui, à Paris comme à Port-au-Prince, s’efforcent d’étouffer la portée de ce vote. « Ce sursaut se fracasse contre la veulerie d’une intelligentsia domestiquée et contre l’hypocrisie d’un appareil diplomatique », écrit-il, avant de pointer le silence du Conseil présidentiel de transition (CPT) haïtien qu’il accuse de « trahison morale ».

Moins de dix jours après cette résolution, un colloque international intitulé « Haïti 1825 : de l’indépendance à la dette » s’est tenu au Collège de France. Une rencontre que l’auteur du texte juge « savamment orchestrée pour éteindre le feu de la restitution ». S’il reconnaît que l’événement a mis en lumière l’ampleur du préjudice historique, il dénonce une « stratégie de désactivation symbolique », où l’archive remplace l’engagement politique.

« Ici, la vérité n’est pas niée ; mais elle est suspendue, stérilisée », regrette-t-il, dénonçant une mise en scène académique visant à « transformer le crime colonial en patrimoine à disséquer à la loupe ». Il fustige l’attitude de certains intellectuels haïtiens « proches des ambassades et des ONG », qu’il accuse d’avoir troqué la revendication pour la reconnaissance molle, dans un cadre « convenable, policé, digestible ».

Pour Hugues Célestin, la manœuvre est claire : « L’université devient le nouveau navire négrier de la mémoire. Elle embarque les faits et jette les corps. » La transformation de la dette de 1825 en simple objet d’étude serait, selon lui, une tentative « redoutablement efficace » de dépolitisation, destinée à contenir l’explosion légitime de la demande de justice.

« On honore les faits, on empile les sources, mais on évacue leur puissance subversive », écrit-il, accusant les élites haïtiennes de « collaborer à l’anesthésie politique d’un peuple humilié ».

Hugues Célestin revient sur les faits : en 1825, sous la menace d’une flotte de guerre française, Haïti est contrainte de verser 150 millions de francs-or à la France pour compenser les anciens esclavagistes. Une extorsion, selon lui, qui a « inauguré la destruction économique d’Haïti », engendrant une spirale d’endettement et de dépendance.

L’ancien député rappelle qu’en 2004, le président Aristide avait exigé la restitution, tandis que l’économiste Francis Saint-Hubert estimait la dette à 21 milliards de dollars. En 2025, Thomas Piketty la réévalue à 30 milliards d’euros, soit plus de 300 % du PIB haïtien. Une somme que la France n’a toujours pas reconnue comme exigible, préférant, selon lui, la stratégie du geste sans conséquence.

Célestin fustige ce qu’il appelle la « diplomatie de la mémoire », dans laquelle les gestes symboliques et les colloques remplacent la justice effective. « Ce que la France a imposé en 1825 n’est pas un malentendu historique, c’est un crime économique. » Et de conclure avec force : « On ne répare pas un crime avec des discours creux. »

Selon lui, seule une restitution concrète pourra rendre justice à Haïti, victime d’un pillage méthodique et d’un appauvrissement orchestré. Il prévient : « Une vérité étouffée n’est pas une vérité morte. La restitution n’est pas une thèse à défendre, mais une obligation à honorer. »