BOSTON, vendredi 20 juin 2025 (RHINEWS) –Jean Morose Viliena, ancien maire de Les Irois (Haïti), a été condamné ce vendredi à neuf ans de prison fédérale et trois années de liberté surveillée par le juge en chef du district du Massachusetts, F. Dennis Saylor IV, pour avoir frauduleusement obtenu une carte de résident permanent américain. À l’issue de sa peine, il fera l’objet d’une procédure d’expulsion.
Selon le Département américain de la Justice, Viliena, 53 ans, a menti à l’administration américaine sur son implication dans des meurtres extrajudiciaires et des actes de violence politique contre des citoyens haïtiens. Il avait été reconnu coupable, le 28 mars 2025, de trois chefs d’accusation de fraude à l’immigration à l’issue d’un procès devant jury de deux semaines.
« Jean Morose Viliena s’est bâti une vie aux États-Unis en dissimulant son passé violent – un passé marqué par la persécution politique, le sang versé et la répression des voix dissidentes en Haïti », a déclaré la procureure Leah B. Foley. « Pendant plus d’une décennie, il a vécu librement et confortablement ici, tandis que ses victimes demeuraient dans la peur, l’exil et la douleur. Ce verdict rend une part de justice et envoie un message clair : les États-Unis ne seront jamais un refuge pour les auteurs de violations des droits humains. »
Viliena, qui a été maire de Les Irois de décembre 2006 à au moins février 2010, a été soutenu dans son ascension politique par un groupe armé connu sous le nom de Korega, actif dans le sud-ouest haïtien. Selon les procureurs, il dirigeait un groupe armé dans la commune et supervisait directement ses services municipaux et de sécurité.
Parmi les actes de violence reprochés, le ministère de la Justice cite notamment un incident survenu le 27 juillet 2007, lorsqu’un témoin avait parlé à l’audience d’un procès local au nom d’un voisin agressé par Viliena. En représailles, ce soir-là, Viliena aurait conduit un groupe armé au domicile du témoin, tué le jeune frère de celui-ci par balle, puis lui aurait écrasé le crâne à coups de pierre devant des témoins.
Un second événement, survenu le 8 avril 2008, a impliqué une attaque contre une radio communautaire fondée par des journalistes et militants locaux. Viliena s’y opposait et a ordonné sa fermeture par la force, armant les membres de la milice Korega avec des fusils, des machettes et des pioches. Ce jour-là, il aurait lui-même frappé un homme à coups de crosse et de poings, avant d’ordonner qu’on le tue. La victime a été touchée à la jambe, hospitalisée durant plusieurs mois et amputée au-dessus du genou.
Un second homme, lié à la station de radio, aurait reçu une balle en plein visage en tentant de fuir. Il a subi deux interventions chirurgicales pour l’extraction de plombs, est devenu aveugle d’un œil et conserve des fragments dans le cuir chevelu et les bras.
Le 3 juin 2008, Viliena s’est présenté à l’ambassade des États-Unis à Port-au-Prince pour soumettre sa demande de visa immigrant (formulaire DS-230, partie II). Le formulaire exige explicitement que le demandeur déclare s’il a « ordonné, commis ou matériellement assisté à des exécutions extrajudiciaires ou à des violences politiques ». Viliena a menti en cochant « non », avant de jurer la véracité des informations sous serment devant un agent consulaire américain. Le lendemain, 4 juin 2008, sa demande a été approuvée par le Département d’État.
Le 14 juillet 2008, il est entré légalement aux États-Unis sur la base de cette demande frauduleuse et a obtenu le statut de résident permanent. Il a ensuite utilisé à plusieurs reprises sa carte verte pour entrer et sortir du territoire, notamment lors de visites à sa famille en Haïti. Depuis son arrivée, il a gagné sa vie légalement et élevé un enfant né aux États-Unis.
Le 22 mars 2017, une plainte civile avait été déposée contre Viliena, en vertu du Torture Victim Protection Act et du Alien Tort Statute. En mars 2023, un jury l’a jugé responsable de l’exécution extrajudiciaire d’Ecclesiaste Boniface, ainsi que des tentatives d’assassinat et d’actes de torture contre Juders Yseme et Nissage Martyr. Il a été condamné à verser 11 millions de dollars en dommages punitifs aux victimes.
« Cette sentence démontre que les autorités américaines ne permettront pas aux criminels violents de trouver refuge ici », a déclaré Matthew R. Galeotti, chef de la division criminelle du Département de la Justice. « Nous les retrouverons, les poursuivrons et les tiendrons responsables dans toute la rigueur de la loi. »
« Ces actes ne sont pas seulement des violations des droits humains, mais une trahison de la confiance d’une communauté », a souligné Michael J. Krol, agent spécial en charge de Homeland Security Investigations (HSI), Nouvelle-Angleterre. « Notre engagement à protéger les États-Unis contre de tels individus est total. »
L’enquête a été menée avec l’appui du Human Rights Violators and War Crimes Center, du Département d’État, de l’Office of International Affairs, de la police de Malden et de l’historien Christopher Hayden (HRSP). L’accusation a été portée par l’assistante procureure fédérale Laura J. Kaplan (National Security Unit) et Alexandra Skinnion (Human Rights and Special Prosecutions Unit).
Viliena, aujourd’hui déchu de son statut de résident permanent légal, devrait être expulsé des États-Unis après avoir purgé sa peine. Les autorités migratoires ont confirmé l’ouverture de la procédure. Le ministère de la Justice insiste sur l’importance de ce verdict pour préserver l’intégrité du système d’immigration américain, et sur la valeur du témoignage des survivants.
« Mentir pour entrer aux États-Unis, puis mentir sous serment pour éviter les conséquences, mine notre système juridique et met en danger nos valeurs fondamentales », a insisté la procureure Foley. « Grâce au courage des victimes et des témoins, justice a été rendue. »

Les Irois : un bastion isolé entre mer et montagnes
Les Irois est une commune rurale du département de la Grand’Anse, située à l’extrême sud-ouest d’Haïti, dans l’arrondissement d’Anse-d’Hainault. Elle est bordée à l’ouest par la mer des Caraïbes et enclavée au nord et à l’est par des chaînes montagneuses difficilement accessibles.
• Population estimée : environ 25 000 habitants• Accès : routes escarpées, souvent impraticables en saison des pluies, et quasi-absence de réseaux routiers pavés ; longtemps isolée du reste du pays
• Économie : essentiellement agricole (igname, maïs, haricots), pêche artisanale, très faible présence institutionnelle de l’État
• Vie politique : longtemps dominée par des réseaux de pouvoir local, dont la structure Korega décrite dans l’acte d’accusation fédéral — un groupe politico-militaire accusé d’avoir imposé un contrôle armé sur la zone.
Contexte sécuritaire et historique :
Dans les années 2000, alors qu’Haïti subissait une instabilité politique nationale chronique, Les Irois est devenue une zone d’influence contestée entre acteurs locaux. L’absence de l’État y a favorisé l’émergence de structures parallèles de pouvoir comme Korega, décrite par plusieurs témoins comme une milice fidèle à Jean Morose Viliena, utilisée pour réprimer les opposants politiques et les voix dissidentes.

