Conseil de sécurité : pauvreté et sous-développement au centre d’un débat sur les racines des conflits mondiaux…

Les membres du Conseil de Securite de l'ONU en reunion...

NEW-YORK, mercredi 18 juin 2025 (RHINEWS) – Le Conseil de sécurité des Nations unies tiendra ce jeudi 19 juin un débat public d’envergure sur le thème : « Pauvreté, sous-développement et conflits : implications pour le maintien de la paix et de la sécurité internationales ». Cette rencontre, organisée sous la présidence de la Guyane, s’inscrit dans le cadre du mois de présidence du pays au Conseil, avec pour fil conducteur le slogan : « S’unir pour la paix et la prospérité ».

Plus de 80 intervenants sont attendus lors de ce débat, qui devrait donner lieu à une analyse approfondie des liens entre pauvreté, développement entravé et résurgence des conflits. Parmi les orateurs de haut niveau figurent le Secrétaire général de l’ONU António Guterres, la directrice régionale pour l’Asie-Pacifique du PNUD, Kanni Wignaraja, et le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf. Le ministre guyanien des Affaires étrangères, Hugh Hilton Todd, présidera la session.

Le débat de jeudi trouve un écho particulier dans le contexte de la commémoration du 80e anniversaire de la Charte des Nations unies. Dans une note conceptuelle diffusée en amont, la Guyane affirme que ce moment symbolique appelle le Conseil à renforcer son rôle dans la prévention des conflits en soutenant les transformations économiques, sociales et politiques, en protégeant les acquis du développement en période de crise, et en favorisant des stratégies à long terme pour éviter la résurgence des violences.

« Traiter la pauvreté et le sous-développement constitue un outil essentiel de prévention des conflits », insiste la note, soulignant l’importance de la stabilité macroéconomique, du renforcement institutionnel et du soutien au développement communautaire pour réduire les coûts liés aux conflits, qu’ils soient humanitaires ou économiques.

Cependant, les discussions autour d’un projet de déclaration présidentielle proposé par la Guyane ont échoué. Selon des sources diplomatiques, un État membre aurait catégoriquement refusé que le texte fasse référence à l’Agenda 2030 pour le développement durable et à ses Objectifs de développement durable (ODD). Cette opposition a entraîné l’abandon du projet. Le même blocage a paralysé les discussions du Comité de consolidation de la paix, qui négociait une contribution écrite au débat. Là encore, les ODD ont été au centre des divergences.

Ce débat s’inscrit dans une dynamique amorcée dès les années 1990, lorsque le Conseil de sécurité a commencé à reconnaître les liens profonds entre paix, sécurité et développement. Déjà en janvier 1992, les chefs d’État et de gouvernement réunis au Conseil avaient affirmé que « la paix durable et la stabilité exigent une coopération internationale efficace pour éradiquer la pauvreté et promouvoir une vie meilleure dans une liberté plus large ».

Cette approche a été renforcée par l’adoption de la résolution 2282 en avril 2016, qui redéfinit la consolidation de la paix comme un processus inclusif et préventif visant à s’attaquer aux causes structurelles des conflits telles que l’inégalité, la discrimination ethnique et l’exclusion politique.

Ces dernières années, plusieurs présidences du Conseil ont mis en avant l’impact du développement sur la paix. La Chine, par exemple, a organisé deux débats thématiques en août 2022 et en novembre 2023 autour de la paix durable par le développement commun. Le Mozambique avait également convoqué un débat en mars 2023 sur les politiques de développement et l’initiative « Faire taire les armes en Afrique ».

À l’ordre du jour du débat de ce jeudi, plusieurs questions clés : comment améliorer la coordination entre les organes onusiens pour prévenir les conflits ? Comment renforcer les capacités d’alerte précoce et d’analyse des conflits ? Et surtout, comment le Conseil peut-il mieux comprendre les causes profondes des conflits pour guider ses décisions ?

Plusieurs pays devraient souligner les données récentes du World Social Report 2025 du Département des affaires économiques et sociales de l’ONU (DESA), qui montre comment les conflits aggravent la pauvreté en détruisant les moyens de subsistance et les institutions, tandis que la pauvreté et le sous-développement alimentent les frustrations, sapent la cohésion sociale et augmentent les risques de violence. Les délégations de la Chine, de la Guyane, de la Slovénie et de la Sierra Leone pourraient rappeler que « briser ce cycle exige des stratégies de développement sensibles aux conflits, intégrées, renforçant la résilience, promouvant l’équité et consolidant la confiance ».

Des voix s’élèveront aussi probablement pour réclamer une meilleure collaboration entre le Conseil et d’autres entités onusiennes telles que l’Assemblée générale, le Conseil économique et social (ECOSOC), le Comité de consolidation de la paix, ainsi que les institutions financières internationales et les organisations régionales.

Une attention particulière pourrait être portée à la coordination entre les opérations de paix de l’ONU et les Équipes de pays (UNCT), notamment lors des phases de transition, afin d’assurer une gestion ordonnée des défis socio-économiques qui alimentent les tensions locales.

Mais les discussions risquent également d’exposer des divergences fondamentales entre les membres du Conseil. Tandis que certains – notamment les pays africains et d’Asie-Pacifique – insisteront sur la prise en compte des facteurs comme le changement climatique et l’inégalité de genre, d’autres, plus conservateurs, jugeront ces éléments hors du mandat du Conseil. À l’instar des ODD, les mentions au climat ont été sources de friction dans les négociations du texte abandonné.

Le clivage s’est notamment cristallisé avec la position des États-Unis. Depuis le retour au pouvoir de Donald Trump en janvier 2025, Washington rejette l’Agenda 2030. Lors d’une réunion de l’Assemblée générale le 4 mars, les États-Unis ont déclaré qu’ils « rejettent et dénoncent » les ODD, les qualifiant de « programme de gouvernance mondiale douce incompatible avec la souveraineté américaine et contraire aux droits et intérêts des Américains ».

Alors que les conflits armés se multiplient dans un monde en proie aux tensions et que les projections indiquent que deux tiers des personnes pauvres vivront d’ici 2030 dans des contextes touchés par des conflits, le débat du 19 juin s’annonce capital. Il pourrait marquer un tournant, ou du moins une tentative de réaffirmer que la paix durable passe inévitablement par une justice économique et sociale mondiale.