PORT-AU-PRINCE, jeudi 29 juin 2025, (RHINEWS)- L’organisation Ensemble Contre la Corruption (ECC), qui regroupe plusieurs structures majeures de la société civile haïtienne, dont le CARDH, la CE-JILAP, le RWDDH, CRESFED et SKL, dénonce avec force la décision rendue publique le 14 mai 2025 par la Commission Nationale des Marchés Publics (CNMP). Celle-ci a choisi de ne sanctionner que deux des onze entreprises impliquées dans l’attribution du marché controversé de restauration des agents de la Police nationale d’Haïti. Pour ECC, cette décision est non seulement sélective, mais constitue également une opération de diversion politique destinée à faire croire à une volonté de transparence, tout en consolidant un système d’impunité institutionnalisée.
Depuis octobre 2024, ECC affirme avoir été alerté par plusieurs soumissionnaires évincés, signalant des indices graves de manipulation dans le processus d’appel d’offres référencé PNHOO-24-25-TF-AOON-S-1-/01/11. À la suite de ces alertes, l’organisation avait adressé une lettre officielle au ministère de la Justice et de la Sécurité publique pour exiger une intervention urgente et une vérification indépendante du processus. Une commission ad hoc fut effectivement mise en place, avec ECC en tant qu’observateur.
Le rapport de cette commission, soumis au ministre Patrick Pélissier le 27 décembre 2024, faisait état d’un ensemble d’irrégularités majeures dans les documents fournis par les prestataires, de soupçons de collusion entre entreprises adjudicataires, de non-conformité avec le cahier des charges, et de la présence d’entreprises inexistantes aux adresses déclarées. Ce rapport recommandait l’annulation pure et simple du marché et la reprise d’un processus conforme aux normes, en vue d’éviter toute rupture dans l’approvisionnement alimentaire des forces de police.
Malgré ces conclusions accablantes, le ministère n’a pris aucune mesure dans ce sens. Bien au contraire, ECC indique que le ministre s’est engagé dans des discussions avec un collectif de protestataires mécontents, leur proposant de reprendre la gestion de trois des onze lots, sans aucune remise en question de la légalité du processus. Cette attitude, selon ECC, démontre une volonté manifeste de contourner les recommandations officielles et d’apaiser les tensions sans résoudre les irrégularités fondamentales du dossier.
La publication de la décision de la CNMP, qui ne sanctionne que Spirale Gourmande et Itinéraires Gourmands, entreprises qualifiées de « fictives », a été accueillie avec indignation. Pour ECC, cette mesure donne l’illusion d’un effort de reddition de comptes, mais elle épargne volontairement les véritables bénéficiaires du système de corruption mis en place. « Pourquoi ces deux entreprises et pas les neuf autres ? » s’interroge Rosy Auguste Ducéna, présidente de l’organisation, qui y voit une opération politique visant à « calmer l’opinion publique sans ébranler les réseaux d’influence protégés ».
ECC estime que cette affaire illustre de manière éclatante l’installation d’une culture de l’impunité au cœur même de l’administration publique. À ses yeux, cette tolérance à la corruption traduit une complicité active entre les autorités et certains acteurs économiques bénéficiant de marchés publics opaques. L’organisation souligne que cette situation nuit directement aux intérêts des policiers, des contribuables et de la Nation.
Rappelant que le ministre avait lui-même reconnu en janvier dernier le caractère compromettant du rapport, ECC affirme que la reconduction de neuf des onze contrats par le même ministère en mai 2025 est un affront à la transparence et à la bonne gouvernance. Elle appelle le ministre de la Justice, la direction de la PNH et la CNMP à cesser les tergiversations, rappelant qu’elle détient des preuves concordantes qui appellent à l’annulation immédiate du marché.
Rosy Auguste Ducéna affirme que la lutte contre la corruption ne se mène pas avec des gestes symboliques, mais avec des actes courageux et cohérents. Edouard L. Paultre, secrétaire exécutif d’ECC, souligne que le rapport de la commission ad hoc dévoile un système de collusion, une absence de concurrence loyale, des prix anormalement élevés et des violations flagrantes de la loi sur les marchés publics et celle sur la prévention de la corruption. Il appelle à une réponse institutionnelle à la hauteur du scandale, en insistant sur l’urgence d’ouvrir une enquête judiciaire visant tous les acteurs, publics comme privés, impliqués dans ce dossier.
ECC renouvelle son appel aux autorités concernées pour la transparence totale, la sanction des responsables, la relance d’un processus conforme à la loi et la réalisation d’un audit indépendant sur tous les marchés de la PNH pour l’exercice en cours.

