Par Sonet Saint-Louis,
MONTRÉAL, mercredi 29 avril 2026 – Depuis plusieurs jours, les appels à la réouverture de l’aéroport international Toussaint-Louverture se multiplient, notamment sur les réseaux sociaux, à la suite de la circulation d’une rumeur selon laquelle il servirait désormais de base militaire aux États-Unis. Directement concerné par cette situation depuis des mois, je joins ma voix à celle de millions de compatriotes éprouvés par cet isolement forcé du reste du monde._
Dans mon dernier texte, paru en fin de semaine depuis Montréal, j’ai recommandé que la pièce de Jean Jean Roosevelt soit jouée dans les familles, les écoles, les universités, ainsi qu’à l’occasion des grands événements nationaux.
Cette requête est née d’une émotion intense, provoquée par l’écoute de son titre « Papa Dessalines », dans une salle de sport où plusieurs voix haïtiennes et québécoises se mêlaient. Elles créaient une ambiance qui n’était pas seulement celle d’un événement artistique ou littéraire : la sonorité et les paroles de cette chanson étaient tout simplement humaines, parce qu’elles s’adressaient à une humanité en quête de justice et de liberté.
Je souhaite que ma requête retienne l’attention de celles et ceux qui détiennent le pouvoir de décider dans notre République.
Depuis quelques semaines, nous sommes unanimes à constater, sur les réseaux sociaux et à l’initiative d’une jeunesse consciente, qu’un fort vent de patriotisme souffle sur la société haïtienne, pourtant en proie à une insécurité généralisée qui fait douter de notre capacité à redresser la barque nationale.
C’est toujours dans la désespérance, lorsque l’on perd foi dans les valeurs et confiance en l’avenir, qu’une lumière apparaît. « Libérez l’aéroport » est un ancrage face à cette désespérance, un appel à l’engagement citoyen et patriotique fondé sur notre passé historique. Car on ne triomphe pas d’un peuple comme le nôtre, qui croit en son histoire, ni d’une jeunesse éduquée, consciente et civiquement responsable.
« Libérez l’aéroport » fait recette dans toutes les classes sociales du pays. Cette chanson unit. Ce n’est pas la première fois qu’Haïti trouve un tel élan, agissant comme un mécanisme de défense de la souveraineté nationale face à la menace extérieure.
Ce n’est pas seulement un message de rapatriement de la souveraineté de l’État d’Haïti, face à la brutalité de la géopolitique : c’est aussi un appel au réveil patriotique. Plus encore, cette chanson déclenche chez chaque Haïtien un sentiment profond d’attachement à Haïti et la volonté de la défendre. Elle touche le sentiment nationaliste de chaque Haïtien, tant sur le plan individuel que collectif.
Ce morceau n’est pas seulement perçu comme une combinaison de sons agréables à l’oreille : il constitue un outil puissant pour renforcer notre unité nationale et faire face à la catastrophe dans laquelle nous végétons.
*Haïti n’est pas à vendre*
Dans ce contexte où tout semble à terre, cette chanson patriotique vient raviver une conscience collective meurtrie par tant de défaillances sur des questions fondamentales : la souveraineté nationale et l’indépendance. Car l’indépendance signifie d’abord l’autogestion. Haïti n’est pas à vendre. « Libérez l’aéroport » : ce cri révèle que nous ne disposons même plus d’une certaine marge de manœuvre, ni d’une gestion de nos affaires, fût-elle limitée.
Ce cri en faveur la souveraineté révèle un déplacement de la souveraineté nationale. Il rappelle que, même si Haïti demeure officiellement un pays souverain et indépendant, elle reste liée à certaines puissances dans ses grandes décisions politiques et économiques. Ces relations complexes, marquées d’une part par la brutalité et, d’autre part, par la soumission, exigent un changement de paradigme afin de déconstruire méthodiquement cette réalité.
Malheureusement, les élites nationales approuvent cette prédominance. Cela démontre que la question sécuritaire est étroitement liée au mode de gouvernance mis en place. Ainsi, la demande de libération de l’aéroport international Toussaint-Louverture n’est pas seulement portée par un rythme agréable : elle constitue une démarche politique, patriotique et intellectuelle, qui se construit avec rigueur et méthode.
Libérez l’aéroport ! Haïti est notre terre. Ce n’est pas un terrain de jeu. C’est notre droit. Nous ne céderons pas. Ces paroles constituent une affirmation forte : celle de dire non à la soumission, d’avoir le courage de refuser l’inacceptable et l’inadmissible, en invitant le peuple haïtien à se lever pour imposer un ordre respectueux de son histoire et de ses valeurs.
La fermeture de l’aéroport international Toussaint-Louverture est un acte d’humiliation. Cet espace est notre bien commun. L’État, ses institutions, y compris l’aéroport de Port-au-Prince, appartiennent au peuple. Sa confiscation violente, pour le mettre au service d’intérêts étrangers ou de multinationales, est une expérience douloureuse qui engendre la tristesse et porte atteinte à la dignité nationale.
Nous ne devons jamais oublier que notre terre est celle de nos ancêtres. Cette phrase, plus qu’un simple rappel de notre héritage historique, s’inscrit dans une perspective de responsabilité. Elle souligne la nécessité de gérer les affaires haïtiennes et la souveraineté du pays avec sérieux, en refusant toute idée selon laquelle Haïti pourrait être transformée en espace transnational, en terrain d’essai ou en sphère de soft power, alors qu’elle doit être le lieu de la réalisation du bonheur national.
C’est uniquement dans ces conditions que nous pourrons réaliser notre destin de peuple et dominer notre espace, au-delà des pressions politiques et économiques extérieures. Trois interventions militaires sur le sol sacré de Jean-Jacques Dessalines, c’est plus qu’une humiliation : cela constitue une faillite de l’idéal. Le cœur des patriotes saigne, mais ne faiblit pas. L’épreuve n’est pas à craindre. La délivrance demeure possible face à cette situation que l’on croyait perdue.
*Nous ne baisserons pas les bras*
Que cette chanson donne à Haïti la possibilité de rêver et de renaître. Que notre liberté, garantie par le père fondateur, résonne à nouveau dans notre République. Que nous gardions comme acquis de conscience que la liberté n’est pas seulement une jouissance sans contraintes, mais une donnée intérieure fondamentale, une valeur que nous partageons et que, par volonté unanime, nous voulons voir résonner dans tous les coins et recoins de notre pays.
Je souhaite que cette chanson serve, dans les villes comme dans les sections communales rurales, à chauffer l’eau dans la chaudière de la révolution que nous devons être capables de mener ensemble, afin de donner une nouvelle raison d’espérer et de croire face à notre humanité humiliée.
Libérer l’aéroport est une ligne de dignité. Notre liberté est entravée, nous qui avions secoué les chaînes de la captivité à Vertières. Libérer l’aéroport, c’est fermer la porte à la brutalité. Ce n’est pas de la fanfaronnade. C’est l’expression d’une sainte colère, une réaction nécessaire face à la souffrance, face à une infrastructure brutale de domination et à un racisme global.
Libérer l’aéroport, c’est enfin refuser l’humiliation planifiée, organisée et entretenue. Ce n’est pas une rage aveugle et incontrôlée contre l’étranger. Car la liberté, la justice et la vérité peuvent triompher sans haine. L’amour envers ceux qui nous ressemblent ne doit pas être une stratégie de manipulation, mais une véritable philosophie de vie, une question de morale universelle.
Nous luttons pour que cela change et, tant que cette situation durera, nous continuerons à chanter : « Libérez l’aéroport ! Nous ne céderons pas, nous ne baisserons pas les bras. » C’est l’expression d’une manifestation pacifique d’un peuple uni.
Bravo à l’artiste et à l’auteur de cette belle composition : c’est une réussite !
Merci pour cette émotion que tu as suscitée dans le pays et dans la diaspora haïtienne. Tout le monde en parle. Tu vas jusqu’au bout de ce que la nation voulait entendre dans cette situation marquée par une détresse inédite. Libérons-nous d’abord pour pouvoir libérer l’aéroport, en transformant notre rapport à l’incertitude du moment.
Sonet Saint-Louis avocat et philosophe
Professeur de droit constitutionnel et de méthodologie avancée de la recherche juridique à la faculté de droit et des sciences économiques de l’université d’État d’Haiti.
Professeur de philosophie
Université du Québec à Montréal
Montréal, le 25 Avril 2026
Tel 2635580083/50944073580
sonet.saintlouis@gmail.com

