La visite d’António Guterres en Haïti : entre solidarité internationale et responsabilité nationale

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Dr. Roland Joseph, PhD

MASSACHUSETTS, jeudi 18 juin 2026 (RHINEWS) – Le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, s’est rendu en Haïti le 16 juin 2026. Cette visite arrive à un moment où le pays traverse l’une des périodes les plus difficiles de son histoire récente. Le chef de l’ONU a rencontré les autorités haïtiennes et s’est rendu dans un centre d’hébergement pour les personnes déplacées par la violence des gangs. Il a qualifié ce déplacement de « visite de solidarité », soulignant ainsi l’attention portée par la communauté internationale à la grave crise sécuritaire et humanitaire qui frappe le pays depuis plus de cinq ans.

Bien sûr, Haïti a besoin de la solidarité internationale et de la visite de personnalités comme le Secrétaire général de l’ONU. Cependant, aucune aide extérieure ne produira de résultats durables tant que les Haïtiens ne parviendront pas à s’entendre sur l’avenir du pays. L’histoire récente d’Haïti, marquée par l’échec de nombreuses interventions internationales à rétablir la sécurité et la stabilité, confirme ce constat.

Au-delà de la question sécuritaire, Haïti fait face à une crise profondément structurelle. Les acteurs politiques et les organisations de la société civile doivent définir un minimum de consensus sur les institutions, la gouvernance et le projet de société qu’ils souhaitent pour Haïti. Sans cette vision commune, même la meilleure coopération internationale aura du mal à contribuer durablement au développement du pays. Tout en recherchant ce consensus national, les Haïtiens doivent être conscients qu’ils ne sont pas les seuls responsables de la crise actuelle.

Depuis son indépendance en 1804, conquise au prix d’une lutte héroïque contre l’esclavage et la domination coloniale, Haïti continue, à bien des égards, de payer le prix de son audace historique. La France a imposé à Haïti une lourde indemnité en échange de la reconnaissance de sa souveraineté. Les États-Unis, pour leur part, n’ont reconnu la jeune République qu’en 1862, soit près de soixante ans après sa proclamation comme État indépendant. Au fil de son histoire, le pays a également été confronté à des interventions étrangères, à des pressions diplomatiques et à des dynamiques géopolitiques qui ont souvent contribué à fragiliser ses institutions et sa stabilité politique. Avant sa mort, Frankétienne rappelait souvent que « Haïti est l’un des pays les plus détestés par l’Occident non pas à cause de sa pauvreté, mais à cause de son histoire de résistance et de liberté ». En devenant la première république noire indépendante du monde moderne, Haïti a profondément bouleversé l’ordre international de son époque en démontrant que des peuples réduits en esclavage pouvaient conquérir leur liberté et fonder leur propre État.

Nous ne devons jamais oublier ce moment historique. Mais nous ne devons pas non plus nous en contenter au point d’en faire un prétexte à l’inaction. Aujourd’hui plus que jamais, Haïti a besoin de femmes et d’hommes intègres, compétents et visionnaires, capables de défendre les intérêts nationaux tout en dialoguant avec le reste du monde dans un esprit de respect mutuel. La visite d’António Guterres doit être l’occasion de rappeler que l’avenir d’Haïti appartient d’abord aux Haïtiens. Il revient à tous les citoyens de se rassembler afin de construire un État capable de répondre aux aspirations de la population.

Dr. Roland Joseph, Ph.D., est chercheur associé au Center for Global Nonkilling (CGNK), activiste pour la paix et le désarmement nucléaire, promoteur infatigable du principe « nonkilling peace » ainsi que directeur exécutif du Caribbean Center for Nonkilling, Peace, and Conflict Studies (CCNPCS). Il a également participé aux travaux du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies à Genève en présentant des déclarations sur les défis sécuritaires, humanitaires et sociaux en Haïti.