Par Pierre Josué Agénor CADET,
PORT-AU-PRINCE, dimanche 2 août 2026 (RHINEWS)- « La première des libertés est la sécurité. » (Montesquieu).
La publication du calendrier électoral, après plus de dix années sans élections, aurait dû redonner espoir à une population privée depuis trop longtemps de son droit de choisir librement ses dirigeants. Pourtant, loin de rassurer les citoyens, cette annonce intervient dans un contexte marqué par une recrudescence spectaculaire des kidnappings et une extension inquiétante de l’insécurité jusque dans certaines villes de province.
Cette concomitance soulève une question que beaucoup d’Haïtiens se posent : s’agit-il d’une simple coïncidence ou d’une stratégie visant à instaurer un climat de peur incompatible avec un véritable processus démocratique ?
Depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse, Haïti s’enfonce dans une crise multidimensionnelle. Ceux qui dénonçaient hier le pouvoir, rejoints par de nouveaux Juste Chanlatte et par des opportunistes et hypocrites politiques, dirigent aujourd’hui l’État sous le couvert d’une transition qui devait être brève.
Plus de cinq ans après, le bilan est lourd : les institutions se sont davantage affaiblies, les groupes armés ont étendu leur emprise et la population demeure abandonnée à son sort.
Les faits sont têtus. Durant le mandat du président Jovenel Moïse, plusieurs acteurs politiques s’opposaient farouchement à toute réforme constitutionnelle ainsi qu’à l’organisation des élections. Aujourd’hui, ces mêmes acteurs ou leurs alliés exercent le pouvoir sans avoir réussi à créer les conditions minimales permettant le retour à l’ordre constitutionnel.
Les gouvernements de facto successifs ont échoué dans leur mission essentielle : rétablir la sécurité afin de permettre la tenue d’un référendum constitutionnel et d’élections libres, honnêtes et crédibles.
L’enlèvement récent d’un Révérend Père dans les hauteurs du Cap-Haïtien rappelle que le kidnapping n’est plus un phénomène circonscrit à la capitale. Il s’étend désormais aux villes de province, alimentant un sentiment d’insécurité généralisé.
Dans ces conditions, comment convaincre les citoyens de participer sereinement à une campagne électorale ou de se rendre librement aux urnes ?
Peut-on affirmer avec certitude que la publication du calendrier électoral est à l’origine de cette recrudescence des enlèvements ? Rien ne permet de l’établir de manière formelle. En revanche, il est permis de constater que chaque avancée annoncée vers un retour à l’ordre constitutionnel s’accompagne d’une aggravation de l’insécurité.
Cette répétition nourrit inévitablement les interrogations et les soupçons d’une population qui ne voit ni stratégie efficace ni résultats concrets dans la lutte contre les gangs.
Le gouvernement de facto ne saurait se réfugier derrière les discours ou les promesses. Il lui appartient de démontrer, par des actions concrètes, qu’il entend restaurer l’autorité de l’État et protéger les citoyens.
À défaut, il laissera s’installer l’idée que l’insécurité n’est plus seulement une conséquence de son impuissance, mais qu’elle est devenue un facteur de conservation du pouvoir.
L’histoire enseigne qu’aucune démocratie ne peut s’épanouir sous la menace des armes. Sans sécurité, le calendrier électoral risque de n’être qu’un document administratif de plus, incapable de conduire le pays vers une véritable normalité institutionnelle.
Au fond, la véritable question n’est pas de savoir si le calendrier électoral explique la recrudescence des kidnappings. La vraie question est de comprendre pourquoi, après plus de cinq années de pouvoir, les autorités de facto ne parviennent toujours pas — ou ne semblent toujours pas vouloir — mettre fin à un climat d’insécurité qui compromet la paix publique, fragilise les institutions et menace jusqu’à l’avenir de la démocratie haïtienne.
Car lorsqu’un État ne protège plus son peuple, ce n’est plus seulement la sécurité qui est en péril : c’est la République elle-même.

