Au milieu des décombres : l’ère du fantoche Fils-Aimé commence…

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Par Evens Dubois,

NEW-YORK, lundi 9 février  2026 (RHINEWS)- Quarante ans après la chute du duvaliérisme, Haïti entre dans une nouvelle transition avec la lassitude d’un pays qui a trop vu, trop perdu, trop attendu. À l’aube de cette ère incertaine, Alix Fils-Aimé apparaît comme une silhouette projetée au centre d’un décor effondré. Rien autour de lui ne tient encore debout : les murs de l’État se sont fissurés, les institutions se sont vidées, les voix politiques se sont éteintes. Et pourtant, c’est à lui que revient désormais la charge de tenir debout ce qui reste.

Il arrive dans un pays qui avance comme un corps blessé, cherchant son équilibre dans l’obscurité. L’administration fonctionne par réflexe, les ministères ressemblent à des coquilles vides, et la classe politique s’est dispersée dans une fatigue qui ressemble à une reddition. Depuis des années, Haïti vit dans un entre-deux permanent : une transition qui n’en finit jamais, un présent sans prise, un futur sans promesse. Chaque crise efface la précédente, chaque gouvernement promet d’être le dernier avant le renouveau, chaque espoir se dissout dans la poussière.

Dans ce paysage, la nomination d’Alix Fils-Aimé n’est pas le fruit d’un choix populaire. Elle s’inscrit dans une mécanique ancienne, presque rituelle, où des acteurs extérieurs interviennent pour désigner ceux qui doivent conduire la transition. Depuis 1915, l’histoire politique haïtienne est jalonnée d’interruptions, de ruptures, de décisions prises ailleurs. Le scrutin avorté du 29 novembre 1987, le renversement du président élu en 1991, l’embargo qui a suivi, les interventions de 1994 et de 2004, les gouvernements provisoires successifs : autant de moments où la souveraineté nationale a été suspendue, déplacée, parfois confisquée.

Ces épisodes ont laissé des cicatrices profondes. Les transitions se décident hors du pays, les dirigeants passent mais les tutelles demeurent, les crises internes se mêlent aux agendas extérieurs dans un enchevêtrement où les responsabilités se perdent. Les analyses convergent : loin de stabiliser Haïti, ces interventions ont souvent fragilisé davantage ses institutions, affaibli la confiance publique et rendu chaque transition plus précaire que la précédente.

C’est dans ce cadre qu’Alix Fils-Aimé prend les commandes d’un appareil d’État centralisé, vidé de ses contre-pouvoirs. Il concentre les leviers essentiels du pouvoir exécutif, avec l’appui de partenaires extérieurs qui ont validé la transition actuelle. Cette configuration lui offre une marge de manœuvre considérable, mais elle réduit aussi l’espace des excuses. Il ne pourra invoquer ni les blocages parlementaires, ni les rivalités internes, ni les lenteurs administratives. Il concentre tout : les moyens, les décisions, les risques.

Un vide politique, un piège historique.

Les premiers mois du Premier ministre fantoche, Alix Fils-Aimé, seront marqués par des gestes spectaculaires. C’est ainsi que commencent toutes les transitions dans ce pays : par des signaux d’autorité, des annonces fortes, des promesses de rupture. Mais l’histoire récente a montré que ces éclats initiaux s’éteignent vite lorsque les défis structurels reprennent leurs droits. L’insécurité, la paralysie administrative, l’effondrement économique, la défiance sociale : rien de tout cela ne se résout par des symboles.

Pendant ce temps, l’opposition s’est effondrée sous son propre poids. Ses prises de position récentes, désordonnées, hésitantes, ont achevé de la marginaliser. Elle ne constitue plus un contrepoids, mais un symptôme de la décomposition politique. Dans un pays où les élites politico-économiques ont souvent privilégié des avantages individuels au détriment d’un projet collectif, cette absence de rival crédible laisse le pouvoir sans interlocuteur, mais aussi sans garde-fou.

Le vide politique n’est pas un espace de liberté : c’est un piège. Il expose le dirigeant à une responsabilité totale, sans amortisseur, sans partage possible.

Au milieu des décombres, le fantoche Alix Fils-Aimé n’a plus d’ombre derrière laquelle se dissimuler. Il hérite d’un État brisé, mais il tient désormais tous les leviers du pouvoir. Il ne pourra invoquer ni l’histoire, ni les circonstances, ni les blocages d’hier. Le piège est là, implacable : un pouvoir total dans un vide sidéral.

Son éventuel échec ne sera pas celui de la nation. Il sera celui de ceux qui l’ont placé là. Depuis des décennies, les tuteurs extérieurs d’Haïti n’ont jamais offert au pays ce droit élémentaire que d’autres considèrent comme naturel : celui de se disposer de lui-même. La démocratie imposée au pas de charge, sans institutions solides, sans enracinement social, a agi comme un poison lent dans un tissu déjà fragilisé.

Une succession de transitions forcées, de gouvernements provisoires et d’expériences politiques inachevées a remplacé la construction patiente d’un État. L’histoire de ceux qui donnent des leçons est pourtant connue : leurs propres démocraties se sont bâties au prix de conflits internes, de ruptures violentes, de siècles de maturation. Rien n’a été instantané. Rien.