Analyse- Haïti : 401,2 milliards de gourdes pour financer l’urgence ou préparer la sortie de crise ?

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Par Francklyn B. Geffrard,

PORT-AU-PRINCE, dimanche 4 octobre 2026 (RHINEWS)- Le gouvernement haïtien a adopté, le mercredi 30 septembre 2026, en Conseil des ministres, le budget de l’exercice fiscal 2026-2027, arrêté à 401,2 milliards de gourdes. Présenté comme un instrument destiné à répondre aux urgences du moment et à préparer une reprise progressive de l’économie, ce budget place au premier rang trois priorités qui accompagnent désormais presque invariablement les politiques publiques haïtiennes : le rétablissement de la sécurité, l’organisation des élections et la relance économique.

Sur le papier, la logique paraît difficilement contestable. Haïti ne peut durablement sortir de la crise sans sécurité, sans institutions régulièrement constituées et sans une économie capable de produire des richesses, des emplois et des recettes fiscales. Mais c’est précisément parce que ces trois objectifs sont fondamentaux qu’il convient d’examiner le budget non seulement à travers les intentions affichées par le gouvernement, mais surtout à travers sa structure financière, ses hypothèses, ses sources de financement, sa capacité d’exécution et les résultats qu’il est raisonnablement possible d’en attendre.

Un budget de 401,2 milliards de gourdes peut impressionner par son montant. Pourtant, ce chiffre ne signifie nullement que l’État dispose de 401,2 milliards de gourdes de recettes propres à dépenser. C’est la première distinction qu’il faut établir pour comprendre la réalité financière de cet exercice budgétaire. Le budget équilibre un ensemble de ressources et de crédits de dépenses provenant de plusieurs sources.

Les recettes courantes sont projetées à 262,9 milliards de gourdes, contre 243,14 milliards dans le budget rectificatif 2025-2026. Elles représentent environ 65,5 % de l’enveloppe totale. Autrement dit, pour chaque tranche de 100 gourdes inscrite dans le budget, environ 65,5 gourdes devraient provenir des recettes courantes de l’État.

Le reste repose notamment sur des dons et emprunts évalués à 91,75 milliards de gourdes, soit environ 22,9 % du budget, ainsi que sur 35,179 milliards de gourdes de bons du Trésor, représentant près de 8,8 % de l’enveloppe. D’autres mécanismes de financement complètent cette architecture.

Cette distinction est fondamentale. Elle signifie que le budget est majoritairement alimenté par les ressources courantes de l’État, mais que son équilibre dépend également de financements complémentaires dont la mobilisation et le décaissement ne dépendent pas entièrement de l’administration haïtienne.

La première véritable question de crédibilité du budget est donc celle-ci : les recettes prévues sont-elles réalistes ?

Le gouvernement prévoit une progression des recettes courantes de plus de 8 % par rapport au budget rectificatif précédent. Les recettes de la Direction générale des impôts sont projetées à 95 milliards de gourdes, contre 90,8 milliards précédemment, tandis que les recettes de l’Administration générale des douanes, hors recettes pétrolières, devraient atteindre 129 milliards, contre 115,6 milliards. Les recettes pétrolières sont, elles, projetées à 36 milliards de gourdes, contre 34,94 milliards.

Ces chiffres ne sont pas impossibles en eux-mêmes. Mais ils doivent être confrontés à la réalité économique et territoriale du pays.

Comment l’État peut-il augmenter durablement ses recettes fiscales et douanières alors qu’une partie substantielle de l’activité économique est paralysée par l’insécurité, que des pans entiers du territoire échappent au contrôle effectif des autorités publiques et que les circuits commerciaux sont profondément perturbés ?

Depuis plus de cinq ans, Haïti vit une crise sécuritaire d’une ampleur telle que des groupes armés contrôlent des pans entiers des départements de l’Ouest, de l’Artibonite et du Centre, y exerçant de facto un pouvoir fondé sur la violence et l’intimidation. Cette situation ne constitue pas uniquement une catastrophe sécuritaire et humanitaire. Elle est également une catastrophe économique et fiscale.

Une entreprise qui ferme ne paie plus d’impôt. Un marché inaccessible ne produit plus normalement de recettes. Une route contrôlée par des groupes armés perturbe le transport des marchandises. Une zone agricole inaccessible réduit la production. Une activité commerciale qui disparaît réduit mécaniquement l’assiette fiscale. L’insécurité détruit donc simultanément la production, l’emploi, la consommation, l’investissement et les recettes publiques.

C’est pourquoi la sécurité ne doit pas être considérée uniquement comme une dépense supplémentaire du budget. Elle constitue également une condition de récupération de la base fiscale et productive du pays.

Le budget prévoit 73 milliards de gourdes pour le ministère de la Justice et le ministère de la Défense, soit environ 18 % de l’enveloppe totale. Ces ressources doivent notamment couvrir les dépenses de personnel et les charges opérationnelles de la Police nationale d’Haïti et des Forces armées d’Haïti, mais également l’alimentation, le carburant, les équipements, la maintenance, la logistique et les communications.

Le gouvernement prévoit notamment la poursuite du programme P-4000 destiné au recrutement et à la formation de 4.000 nouveaux policiers, le paiement des tranches contractuelles liées à l’acquisition de matériels pour la PNH, ainsi que la montée en puissance progressive des Forces armées d’Haïti, avec un objectif annoncé de 15.000 soldats sur trois ans. La construction d’une prison est également prévue afin de renforcer la chaîne pénale.

Mais le véritable indicateur de performance ne sera pas le montant dépensé. Il sera le résultat obtenu.

La question essentielle est donc de savoir si les 73 milliards de gourdes permettront effectivement d’améliorer la capacité opérationnelle des forces de sécurité, de rétablir le contrôle territorial, de rouvrir les axes économiques, de renforcer la chaîne judiciaire et de réduire durablement la violence.

Il faudra mesurer le nombre de policiers effectivement déployés, leur mobilité, leurs équipements, leur capacité d’intervention, le fonctionnement des commissariats, l’efficacité du renseignement, la disponibilité des moyens logistiques et la capacité du système judiciaire à traiter les dossiers. Il faudra surtout mesurer les résultats sur le terrain.

Une dépense sécuritaire ne produit pas automatiquement de la sécurité. De la même manière qu’une dépense d’investissement ne produit pas automatiquement de la croissance.

C’est là que se situe l’un des enjeux fondamentaux du budget 2026-2027 : le passage d’une logique de moyens à une logique de résultats.

Les dépenses courantes sont projetées à 232,624 milliards de gourdes, contre 213,717 milliards dans le budget rectificatif précédent. Les dépenses de capital atteignent, pour leur part, 168,576 milliards de gourdes, contre 146,594 milliards précédemment.

La répartition donne environ 58 % du budget aux dépenses courantes et 42 % aux dépenses de capital. Pour chaque tranche de 100 gourdes dépensées par l’État, environ 58 gourdes sont donc destinées aux dépenses courantes et 42 gourdes aux dépenses de capital.

Cette progression des dépenses de capital est importante. Mais elle ne doit pas être interprétée trop rapidement comme signifiant que 42 % du budget seront consacrés à de nouveaux investissements productifs.

Les dépenses de capital comprennent plusieurs catégories. Les programmes et projets représentent 147 milliards de gourdes. Il faut donc distinguer les dépenses de capital au sens large des dépenses effectivement consacrées à des programmes et projets susceptibles de créer de nouvelles capacités productives.

Cette nuance est déterminante.

Un investissement véritablement transformateur doit accroître la capacité du pays à produire, transporter, transformer, exporter, employer et générer de nouvelles recettes. Une dépense classée comme « capital » ne garantit pas à elle seule cet effet.

Le chiffre le plus révélateur se trouve peut-être ailleurs. Sur les 147 milliards de gourdes consacrés aux programmes et projets, 91,75 milliards proviennent des dons et emprunts. Cela représente environ 62,4 % du financement de ces programmes et projets.

Autrement dit, une part considérable de l’investissement programmé dépend de ressources extérieures ou de financements empruntés.

Cette donnée doit être placée au centre de l’analyse. Elle ne signifie pas que le recours aux dons ou aux emprunts est nécessairement mauvais. Dans une économie confrontée à des besoins considérables en infrastructures et disposant de faibles ressources internes, les financements extérieurs peuvent être indispensables.

Mais elle pose une question de soutenabilité : que se passe-t-il lorsque les financements extérieurs sont retardés, réduits ou soumis à des conditions que l’État ne maîtrise pas entièrement ?

Le véritable budget d’investissement n’est donc pas celui qui inscrit 147 milliards de gourdes dans un tableau. C’est celui dont les ressources sont effectivement disponibles, dont les projets sont techniquement préparés, dont les marchés peuvent être attribués, dont les travaux peuvent être exécutés et dont les infrastructures peuvent finalement être livrées à la population.

Il existe ainsi une différence considérable entre un crédit budgétaire, un financement disponible, un décaissement, une dépense exécutée et un résultat physique.

Cette différence devrait être au cœur de toute évaluation du budget 2026-2027.

La situation des dépenses de personnel mérite également une attention particulière. Elles sont projetées à 121,609 milliards de gourdes, soit environ 30 % du budget total. Là encore, il serait simpliste de considérer automatiquement cette enveloppe comme une dépense improductive.

Un État ne peut fonctionner sans policiers, enseignants, médecins, magistrats, fiscalistes, douaniers, ingénieurs et autres agents publics. La véritable question est celle de la productivité de la dépense.

Combien de services supplémentaires seront effectivement produits grâce à cette masse salariale ? Combien de policiers supplémentaires seront réellement opérationnels ? Combien d’enseignants seront effectivement présents dans les salles de classe ? Combien de recettes supplémentaires les administrations fiscales et douanières permettront-elles de mobiliser ?

La même interrogation concerne les 77,846 milliards de gourdes prévus pour les biens et services. Cette enveloppe doit être examinée sous l’angle de son rendement opérationnel. Carburant, fournitures, maintenance, communications, prestations et autres dépenses de fonctionnement sont nécessaires. Mais leur pertinence dépend de leur capacité à soutenir les missions réelles de l’État.

Un budget sérieux doit donc poser une question simple à chaque ligne importante : qu’est-ce que cette dépense produit concrètement ?

La deuxième grande priorité du gouvernement est le processus électoral.

Le budget prévoit 8,6 milliards de gourdes pour les dépenses exceptionnelles liées aux activités électorales et au soutien aux partis politiques, contre 5,9 milliards dans le budget rectificatif 2025-2026.

Cette augmentation paraît logique au regard de l’objectif de restaurer le fonctionnement régulier des institutions démocratiques. Depuis environ dix ans, le pays n’a pas organisé de processus électoral permettant le renouvellement normal de l’ensemble des institutions républicaines. Depuis plusieurs années, Haïti fonctionne avec des autorités issues de mécanismes de transition plutôt que d’un renouvellement électoral général.

Mais ici encore, le financement d’une élection et la réalisation d’une élection sont deux choses différentes.

Il faut financer l’inscription des électeurs, les centres de vote, le matériel, la formation du personnel, la logistique, la communication, la sécurisation des opérations et le traitement des éventuels contentieux.

Une élection n’est pas seulement une ligne budgétaire. C’est une chaîne logistique nationale.

La question fondamentale sera donc de savoir si les crédits prévus pourront être convertis en capacité électorale réelle sur l’ensemble du territoire.

Une élection organisée dans un pays où des électeurs ne peuvent accéder à leur centre de vote, où des candidats ne peuvent circuler librement ou où des bureaux électoraux ne peuvent être sécurisés poserait nécessairement des problèmes dépassant la simple question financière.

C’est pourquoi les trois priorités du budget ne doivent pas être analysées séparément.

La sécurité conditionne l’élection. L’élection conditionne la restauration institutionnelle. La restauration institutionnelle doit contribuer à créer davantage de confiance. La confiance est une condition de l’investissement. L’investissement contribue à la croissance. La croissance élargit la base fiscale. L’augmentation des recettes publiques renforce à son tour la capacité de l’État à financer la sécurité et les services publics.

Le problème est que ce cercle vertueux peut également fonctionner dans le sens inverse.

Insécurité, contraction économique, faibles recettes, déficit de financement, baisse des investissements, chômage, fragilisation sociale et affaiblissement institutionnel peuvent former un cercle vicieux.

C’est précisément ce cercle qu’Haïti doit parvenir à briser.

Depuis plusieurs années, les gouvernements successifs annoncent pratiquement les mêmes priorités. La sécurité doit être rétablie. Des élections doivent être organisées. L’économie doit être relancée.

Pourtant, les résultats demeurent largement insuffisants au regard de l’ampleur des problèmes.

Il faut donc poser une question différente : le problème d’Haïti réside-t-il uniquement dans l’insuffisance des ressources financières ou également dans la manière dont les ressources sont planifiées, coordonnées, exécutées et contrôlées ?

La réponse est probablement à rechercher dans la capacité d’absorption de l’État.

Un gouvernement peut disposer de ressources budgétaires importantes sur le papier sans être capable de les transformer en réalisations physiques. Un ministère peut disposer d’un crédit sans disposer d’un projet techniquement préparé. Un projet peut disposer d’un financement sans pouvoir être exécuté en raison de problèmes fonciers, sécuritaires, administratifs ou institutionnels.

Le budget 2026-2027 devra donc être jugé à l’aune de son taux d’exécution, mais aussi de la qualité de cette exécution.

Il serait particulièrement utile que l’État publie chaque trimestre un tableau de bord permettant de comparer les crédits votés, les crédits engagés, les crédits liquidés, les montants effectivement payés, le taux d’exécution et les réalisations physiques correspondantes.

Le citoyen devrait pouvoir savoir, par exemple, combien de milliards ont été prévus pour un projet routier, combien ont été effectivement dépensés, quelle portion de la route a été réalisée et quel délai reste avant sa mise en service.

C’est cette transparence qui permettrait de passer d’un budget de promesses à un budget de résultats.

La question de la dette mérite également une attention particulière. Les bons du Trésor sont évalués à 35,179 milliards de gourdes et les charges d’intérêt de la dette à plusieurs milliards.

L’emprunt n’est pas en soi une mauvaise politique économique. Un État peut raisonnablement emprunter pour financer une infrastructure productive susceptible d’augmenter la croissance future et, indirectement, sa capacité à rembourser.

Le problème apparaît lorsque l’endettement sert principalement à financer des dépenses récurrentes sans créer de capacité productive nouvelle.

La question n’est donc pas simplement : combien Haïti emprunte-t-elle ?

Elle est aussi : pourquoi emprunte-t-elle, à quel coût, pour combien de temps et pour financer quel actif ?

Un kilomètre de route stratégique qui réduit le coût du transport agricole, facilite l’accès aux marchés et augmente la production n’a pas le même rendement économique qu’une dépense qui disparaît entièrement dans le fonctionnement courant.

C’est pourquoi le budget doit être analysé selon son effet multiplicateur.

Une dépense publique intelligente doit idéalement produire plusieurs effets simultanés : améliorer la sécurité, faciliter les déplacements, stimuler la production, créer des emplois, augmenter les revenus et, à terme, accroître les recettes fiscales.

Dans cette perspective, la relance économique ne devrait pas être conçue comme une multitude de petits projets dispersés, mais autour d’investissements capables de débloquer des secteurs entiers.

La sécurité des corridors économiques, la réouverture des axes routiers, l’agriculture, l’irrigation, l’énergie, les marchés régionaux, le stockage et la transformation des produits agricoles pourraient, à titre d’exemple, produire des effets qui dépassent largement la dépense initiale.

L’enjeu est de créer des chaînes de valeur.

Une route ne doit pas seulement être considérée comme une route. Elle doit permettre à un agriculteur d’acheminer sa production, à un commerçant de s’approvisionner, à une entreprise de transformer un produit, à un consommateur d’accéder au marché et à l’État de percevoir davantage de recettes.

C’est cette logique qui manque souvent aux politiques publiques lorsqu’elles sont conçues ministère par ministère plutôt que problème par problème.

La relance économique doit également être territoriale.

Il ne sera pas possible de relancer durablement Haïti en concentrant l’essentiel de l’activité autour de Port-au-Prince alors qu’une grande partie du pays possède des capacités agricoles, commerciales et industrielles insuffisamment exploitées.

La reconstruction de pôles économiques régionaux, la sécurisation des marchés, l’amélioration des infrastructures de transport et d’énergie et le soutien aux chaînes de production locales devraient permettre de reconnecter progressivement les territoires à l’économie nationale.

La sincérité du budget doit enfin être appréciée à travers ses hypothèses macroéconomiques.

Toute prévision budgétaire repose sur des hypothèses concernant la croissance, l’inflation, le taux de change, les importations, les recettes fiscales, les recettes douanières, les financements extérieurs et la capacité de l’État à exécuter ses programmes.

Si ces hypothèses sont trop optimistes, le budget peut être équilibré sur le papier et devenir difficilement exécutable dans la réalité.

La sincérité budgétaire signifie donc que les prévisions de recettes et de dépenses doivent être construites à partir d’hypothèses crédibles, transparentes et vérifiables.

Le réalisme est encore autre chose : il consiste à déterminer si les objectifs sont compatibles avec les capacités institutionnelles, administratives, sécuritaires et financières du pays.

La cohérence, enfin, consiste à vérifier si les différentes politiques publiques se renforcent mutuellement.

Sur ce terrain, le budget 2026-2027 présente une logique identifiable. La sécurité, les élections et la relance économique sont effectivement liées.

Mais cette cohérence dans les intentions devra être démontrée dans l’exécution.

Le véritable test du budget ne sera donc pas sa présentation en Conseil des ministres, ni même son adoption. Il sera son exécution.

Le véritable budget 2026-2027 ne sera pas celui qui figure dans les documents administratifs. Ce sera celui qui se matérialisera dans les rues, les commissariats, les tribunaux, les écoles, les hôpitaux, les marchés, les exploitations agricoles, les entreprises et les infrastructures du pays.

Pour les Haïtiens, la question ne sera finalement pas de savoir si 401,2 milliards de gourdes ont été inscrits dans un budget. Elle sera de savoir combien de territoires auront retrouvé la sécurité, combien d’axes auront été rouverts, combien d’enfants auront retrouvé leurs écoles, combien d’entreprises auront recommencé à produire, combien d’emplois auront été créés, combien de familles auront vu leurs revenus progresser et combien de citoyens auront retrouvé confiance dans les institutions publiques.

Le gouvernement présente son budget comme un « équilibre délicat » entre mobilisation des recettes, sécurité, élections, protection sociale, investissement et discipline macroéconomique. Cette formulation décrit assez bien le défi.

Mais un équilibre budgétaire n’est pas nécessairement un équilibre économique.

Un budget peut être comptablement équilibré tout en étant économiquement fragile. À l’inverse, un budget peut supporter temporairement un déficit raisonnable s’il finance des investissements capables de créer demain davantage de richesse et de recettes.

La question essentielle pour Haïti est donc moins celle de la taille du budget que celle de sa qualité.

401,2 milliards de gourdes constituent une enveloppe considérable dans un pays confronté à une crise aussi profonde. Mais cette somme ne produira aucun changement significatif si elle reste prisonnière des lenteurs administratives, de l’insécurité, de la mauvaise coordination institutionnelle, de la dispersion des investissements ou de l’absence de mécanismes rigoureux d’évaluation.

Haïti n’a plus seulement besoin de budgets qui annoncent les mêmes priorités. Elle a besoin d’un système budgétaire qui permette de mesurer, presque ligne par ligne, le passage de la dépense au résultat.

Le défi de l’exercice 2026-2027 est donc de transformer les 401,2 milliards de gourdes en une mécanique de reconstruction nationale : sécuriser pour produire, produire pour taxer, taxer pour investir, investir pour créer des emplois, créer des emplois pour augmenter les revenus et augmenter les revenus pour élargir durablement la base économique et fiscale du pays.

C’est à cette condition seulement que le budget pourra cesser d’être une simple photographie financière de la crise pour devenir un véritable instrument de transformation de l’État et des conditions de vie de la population.