MADRID, samedi 3 octobre 2026 (RHINEWS)– Amnistie Internationale Madrid s’est mobilisée vendredi devant l’ambassade de la République dominicaine à Madrid pour demander au gouvernement de Luis Abinader de mettre fin aux expulsions collectives et à la discrimination raciale, tout en réclamant un accès aux soins de santé sans discrimination et la protection des défenseurs des droits des personnes haïtiennes et dominicaines d’ascendance haïtienne.
La mobilisation visait à porter en Espagne les dénonciations d’Amnistie Internationale concernant les politiques migratoires dominicaines et leurs conséquences sur les communautés d’origine haïtienne. Au cours de l’action, des signatures recueillies dans le cadre d’une campagne adressée au président dominicain ont été remises à l’ambassade. L’organisation n’a pas précisé le nombre de signatures collectées.
L’activiste haïtien antiraciste Roudy Joseph, l’activiste dominicaine antiraciste Jeannette Tineo Durán et la présidente d’Amnistie Internationale Madrid, Charo García González, ont pris la parole lors du rassemblement.
Roudy Joseph a dénoncé des détentions qu’il qualifie d’arbitraires, la sélection de personnes sur la base de critères raciaux et des expulsions qui, selon lui, seraient effectuées sans évaluation individuelle des situations ni garanties procédurales.
Il a également dénoncé l’expulsion de femmes qui venaient d’accoucher, accompagnées de leurs nouveau-nés, ainsi que celle d’autres personnes considérées comme vulnérables.
« Nous devons dénoncer à haute voix et rejeter ce projet du gouvernement dominicain », a déclaré l’activiste, appelant à faire connaître depuis l’Espagne les dénonciations relatives aux politiques migratoires dominicaines.
L’accès aux soins de santé constitue également l’une des principales revendications portées par Amnistie Internationale. L’organisation demande que la situation administrative d’une personne ne constitue pas un obstacle à son accès aux services de santé et estime que les contrôles migratoires dans les établissements hospitaliers peuvent exposer particulièrement les femmes enceintes, les nouveau-nés et d’autres personnes vulnérables.
La Direction générale de la migration de la République dominicaine avait annoncé, le 20 avril 2025, l’application, à partir du lendemain, d’un protocole de contrôle migratoire dans 33 hôpitaux publics. Selon les autorités dominicaines, les vérifications devaient notamment porter sur l’identité, la lettre de travail et le domicile des patients étrangers, ainsi que sur le paiement des services reçus.
Selon cette communication officielle, les personnes ne remplissant pas les conditions requises devaient néanmoins recevoir les soins médicaux nécessaires avant d’être rapatriées une fois leur état de santé stabilisé. La Direction générale de la migration avait présenté cette mesure comme un moyen d’organiser l’accès aux services et de préserver les ressources du système de santé, tout en affirmant qu’elle serait appliquée dans le respect de la procédure régulière et des droits humains.
Amnistie Internationale conteste toutefois le principe d’un lien entre l’accès aux soins et le contrôle migratoire et demande que toutes les personnes puissent bénéficier des services de santé sans discrimination fondée sur leur origine ou leur situation administrative.
La mobilisation de Madrid a également porté sur les droits des Dominicains d’ascendance haïtienne affectés par les conséquences de la sentence 168-13 du Tribunal constitutionnel dominicain.
Dans un rapport publié en 2016, la Commission interaméricaine des droits de l’homme avait estimé que cette décision avait redéfini rétroactivement les critères d’accès à la nationalité dominicaine et affecté de manière disproportionnée des personnes d’ascendance haïtienne, avec pour conséquence, selon la Commission, la privation de nationalité de certaines personnes et des situations d’apatridie.
Les conséquences de cette décision ont également été associées à des difficultés dans l’exercice de plusieurs droits et dans l’accès à certains services sociaux, notamment pour les personnes rencontrant des problèmes liés à leurs documents d’identité.
Amnistie Internationale demande par ailleurs aux autorités dominicaines de protéger les personnes qui défendent les droits des migrants et la justice raciale. L’organisation affirme que ces défenseurs font l’objet de stigmatisation et de pressions destinées à entraver leur travail.
Elle appelle ainsi le gouvernement dominicain à garantir leur sécurité et leur capacité à exercer leurs activités de défense des droits humains.
Les revendications formulées vendredi à Madrid portent donc sur trois principaux axes : la fin des expulsions collectives, l’accès aux soins de santé sans discrimination et la protection des personnes défendant les droits des Haïtiens, des migrants et des Dominicains d’ascendance haïtienne.
La position officielle de la République dominicaine citée dans les éléments disponibles concernant le protocole hospitalier reste celle exprimée par la Direction générale de la migration lors de son annonce en avril 2025. Les autorités avaient alors assuré que les mesures seraient appliquées dans le respect des garanties procédurales et des droits humains.
Aucune réaction spécifique des autorités dominicaines à la mobilisation organisée vendredi devant leur ambassade à Madrid n’a été communiquée dans les éléments soumis.

