À quoi sert encore le droit international ? La capture de Nicolás Maduro ou l’épreuve de vérité de l’ordre mondial…

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Éditorial:

Par Francklyn B. Geffrard,

MIAMI, lundi 5 janvier 2026 (RHINEWS)La capture du président vénézuélien Nicolás Maduro par les États-Unis est un tournant d’une gravité exceptionnelle pour l’ordre juridique international. Il ne s’agit plus d’une hypothèse, ni d’une information conditionnelle fondée sur des sources anonymes : dans ce cas précis, le terme de capture s’impose. Un chef d’État en exercice a été appréhendé par une puissance étrangère sur le territoire d’un État souverain, en dehors de tout cadre judiciaire international reconnu. Cet acte pose une question fondamentale, qui dépasse de loin le cas vénézuélien : à quoi sert aujourd’hui le droit international ?

Depuis 1945, l’architecture juridique mondiale repose sur un principe cardinal : l’interdiction du recours à la force dans les relations internationales. L’article 2 paragraphe 4 de la Charte des Nations unies ne laisse place à aucune ambiguïté. Aucun État n’est autorisé à user de la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique d’un autre. Cette règle est au cœur du pacte fondateur de l’ONU et constitue une norme impérative du droit international, une norme dite jus cogens, à laquelle aucun État ne peut déroger.

La capture de Nicolás Maduro, menée sans mandat international, sans autorisation du Conseil de sécurité et sans consentement officiel de l’État vénézuélien, entre frontalement en collision avec ce principe. Elle ne peut être justifiée ni par la légitime défense, telle que définie à l’article 51 de la Charte, ni par une quelconque exception humanitaire reconnue en droit. Le changement de régime par la force, direct ou indirect, est explicitement prohibé par la résolution 2625 de l’Assemblée générale des Nations unies, qui consacre le principe de non-intervention dans les affaires intérieures des États.

Au-delà de la souveraineté territoriale, cette capture soulève une autre violation majeure : celle de l’immunité personnelle des chefs d’État en exercice. Le droit international coutumier, confirmé par la Cour internationale de Justice dans l’affaire Yerodia (2002), reconnaît aux chefs d’État une immunité absolue contre toute arrestation étrangère tant qu’ils sont en fonction. Peu importe les accusations portées contre eux, peu importe leur degré d’impopularité ou la nature de leur régime : l’immunité n’est pas une récompense morale, mais une garantie fonctionnelle destinée à préserver la stabilité des relations internationales.

Certes, le droit international prévoit des mécanismes pour juger des dirigeants accusés de crimes graves. La Cour pénale internationale en est l’exemple le plus abouti. Mais ces mécanismes reposent sur des procédures précises, multilatérales, encadrées, et non sur des opérations unilatérales conduites par une puissance militaire. En contournant ces voies, la capture de Nicolás Maduro affaiblit non seulement le Venezuela, mais l’ensemble du système juridique international.

La question centrale devient alors politique et systémique. Si la première puissance mondiale s’autorise à capturer un chef d’État étranger au mépris des règles qu’elle a contribué à établir, quel message est envoyé au reste du monde ? La réponse est inquiétante. Elle ouvre la voie à une généralisation de l’arbitraire. Elle fournit un précédent que d’autres puissances pourraient invoquer demain pour se débarrasser de dirigeants jugés hostiles, sous couvert de sécurité, de lutte contre le crime ou de défense d’intérêts stratégiques, notamment pétroliers, miniers ou géopolitiques.

Dans un tel contexte, le droit international risque de se transformer en un instrument à géométrie variable, appliqué aux États faibles et contourné par les plus puissants. Or, l’histoire montre que l’érosion des normes juridiques communes conduit rarement à plus de sécurité. Elle conduit à l’instabilité, à la méfiance généralisée et, à terme, à la multiplication des conflits.

Face à cet acte, le rôle de l’ONU apparaît une nouvelle fois limité, voire impuissant. Le Conseil de sécurité, paralysé par le droit de veto, peine à remplir sa mission première de maintien de la paix et de la sécurité internationales lorsque l’un de ses membres permanents est directement impliqué. Cette impasse institutionnelle n’invalide pas le droit, mais elle révèle ses failles dans l’application concrète des normes qu’il proclame.

À quoi sert donc le droit international, si ses violations les plus graves restent sans sanction immédiate ? Il sert encore à nommer les actes, à les qualifier juridiquement, à établir des responsabilités et à constituer une mémoire normative. Il sert à rappeler que la force ne crée pas le droit, même lorsqu’elle s’impose temporairement. Il sert, enfin, de socle pour d’éventuelles réparations, sanctions futures ou recompositions diplomatiques.

La capture de Nicolás Maduro ne constitue pas seulement un événement politique majeur. Elle est une épreuve de vérité pour l’ordre international issu de l’après-Seconde Guerre mondiale. Soit cette affaire marque une rupture assumée avec le primat du droit au profit du rapport de force, soit elle provoque un sursaut collectif en faveur du respect des règles communes. Dans le cas contraire, la question posée aujourd’hui – « à quoi sert le droit international ? » -risque de devenir demain une réponse cynique : à légitimer, après coup, ce que la puissance a déjà imposé par la force.