MIAMI, lundi 27 avril 2026- Un agent du Federal Bureau of Investigation (FBI) a déclaré devant un tribunal fédéral à Miami avoir participé, en avril 2021, à une réunion organisée par une société de sécurité basée en Floride, à la demande d’un informateur confidentiel, soit environ trois mois avant l’assassinat du président haïtien Jovenel Moïse.
Lors de son témoignage, l’agent spécial George Nuñez a affirmé qu’il ignorait alors tout projet visant à tuer le chef de l’État haïtien et qu’il avait mis en garde son informateur, le Colombien Arcángel Pretel Ortiz, contre toute utilisation de ses liens avec le gouvernement américain à des fins personnelles. La réunion s’était tenue dans les locaux de la société Counter Terrorist Unit Security (CTU) à Doral et réunissait plusieurs participants, dont le médecin et pasteur d’origine haïtienne Christian Emmanuel Sanon, présenté comme aspirant à la présidence d’Haïti.
L’agent a indiqué avoir rédigé un rapport le 6 avril 2021 sur cette rencontre, sans en divulguer immédiatement l’intégralité du contenu, notamment la présence d’Antonio « Tony » Intriago, partenaire de Pretel au sein de CTU. Ce n’est qu’après l’assassinat de Jovenel Moïse, survenu le 7 juillet 2021, et l’arrestation de plusieurs suspects, dont des anciens militaires colombiens, que le rapport a été complété. « Une fois les événements du 7 juillet survenus, j’ai commencé à reconnaître des individus faisant l’objet d’enquêtes », a déclaré Nuñez, précisant avoir amendé son rapport après consultation avec un procureur fédéral.
Le rôle de Pretel en tant que source humaine confidentielle du FBI pendant une décennie avait été révélé après l’assassinat. Le témoignage de Nuñez constitue la première prise de parole publique de l’agent sur cette relation. Pretel était alors suivi à la fois par le FBI et par un officier de la U.S. Customs and Border Protection, Daniel Gonzalez.
Selon Nuñez, sa présence à la réunion faisait suite à des informations fournies par Pretel concernant d’éventuelles activités criminelles en Haïti. « Il était très enthousiaste et historiquement proactif avec de bonnes intentions », a-t-il affirmé, ajoutant que toute information susceptible d’éclairer des activités criminelles présentait un intérêt pour les autorités américaines.
Au cours de la réunion, des sujets tels que le trafic de stupéfiants, le blanchiment d’argent et la traite d’êtres humains liés à des réseaux iraniens et syriens en Haïti ont été évoqués. Lorsque la discussion a dérivé vers la situation politique haïtienne, l’agent a affirmé y avoir mis fin. « Nous n’étions pas intéressés par la politique. Nous étions là pour des informations liées à la criminalité et à la sécurité nationale », a-t-il expliqué.
Quatre hommes sont actuellement jugés à Miami, dont Pretel, Intriago, James Solages et Walter Veintemilla, accusés d’avoir participé à un complot visant à enlever puis assassiner le président haïtien. Six autres accusés ont auparavant plaidé coupable. Selon l’accusation, le projet aurait évolué d’un enlèvement vers un assassinat en raison de difficultés à obtenir des armes et des financements, avec un changement de soutien politique en faveur d’un juge haïtien, Windelle Coq Thélot.
Les procureurs décrivent l’opération comme un projet motivé par des intérêts financiers visant à installer un dirigeant favorable à l’octroi de contrats lucratifs à CTU. La défense conteste cette version, affirmant que leurs clients n’ont pas tenté de dissimuler leurs activités et soutenant que le président aurait été tué par des membres de sa propre sécurité avant l’arrivée des Colombiens.
Lors des audiences, les avocats de la défense ont également mis en cause la gestion du rapport de Nuñez, suggérant qu’il aurait été modifié pour protéger l’agent et qu’il n’aurait pas identifié certains signaux d’alerte. Celui-ci a rejeté ces accusations, affirmant que l’objectif de sa présence était exclusivement la collecte de renseignements criminels.
Un document judiciaire déposé en 2023 indique que des participants à la réunion auraient tenté d’impliquer les agents du FBI dans une discussion sur un changement de régime en Haïti. Selon une déclaration sous serment, un agent aurait répondu que le FBI ne pouvait intervenir, estimant que le pays devait résoudre lui-même ses problèmes politiques.
Le même document précise que Pretel aurait pu tenter d’exploiter sa relation avec le FBI pour laisser croire que CTU était affiliée à l’agence ou au département de la Justice, ce qui a été formellement démenti. Il est également indiqué qu’il n’avait pas informé le FBI des activités criminelles qui lui sont reprochées.
Daniel Gonzalez a pour sa part confirmé avoir mis en garde Pretel contre toute implication en Haïti, notamment dans des échanges de messages présentés au tribunal. Il a évoqué des difficultés à mener des opérations dans le pays, citant une « corruption généralisée » et précisant que les autorités américaines n’étaient intéressées que par des affaires présentant un lien direct avec des enquêtes judiciaires aux États-Unis.
Les deux agents ont décrit Pretel comme un informateur de confiance ayant perçu au moins 138 000 dollars pour sa collaboration avec plusieurs agences fédérales, dont la Drug Enforcement Administration. Après l’assassinat de Jovenel Moïse, les contacts avec lui ont été interrompus et le FBI a mis fin à sa collaboration.
Selon les témoignages, Pretel avait tenté de joindre Nuñez après les faits, sans succès. Les autorités ont ensuite examiné ses communications dans le cadre d’une enquête portant notamment sur d’éventuelles violations de la loi américaine sur la neutralité. Le 23 juillet 2021, jour des funérailles du président à Cap-Haïtien, Gonzalez a informé Pretel de la rupture de tout contact, et le FBI a officiellement clos son statut de source quelques jours plus tard.
Cet article de Jacqueline Charles a été publié initialement en anglais sur: https://amp.miamiherald.com/news/nation-world/world/americas/haiti/article315497435.html

