Affaire Jovenel Moïse : la Cour d’appel convoque Martine Moïse, Rockfelker Vincent, Frédéric Leconte et plusieurs anciens parlementaires et hauts responsables dans le cadre d’un supplément d’information…

Jovenel Moise, President d'Haiti

PORT-AU-PRINCE, lundi 22 juin 2026 (RHINEWS) – La Chambre d’instruction de la Cour d’appel de Port-au-Prince a engagé une nouvelle série d’auditions dans le cadre du supplément d’information ordonné dans l’affaire de l’assassinat du président Jovenel Moïse, tué dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021 à sa résidence privée de Pèlerin 5. Plusieurs personnalités du monde politique, économique, administratif et sécuritaire ont été convoquées afin d’apporter des éclaircissements susceptibles d’alimenter les investigations complémentaires menées par la juridiction d’appel.

Ces convocations découlent d’une série d’arrêts-ordonnances rendus le 16 juin 2026 par le juge instructeur Cyprien Jn F. Denis Pierre, désigné par la Cour d’appel de Port-au-Prince à la suite d’un arrêt avant-dire droit du 13 octobre 2025. Cette décision avait ordonné un supplément d’information dans le dossier afin de recueillir de nouveaux témoignages et de procéder à des vérifications additionnelles avant qu’une décision définitive ne soit prise sur les recours pendants devant la Cour.

Selon les actes judiciaires consultés, plusieurs personnalités appelées à comparaître ont occupé des fonctions importantes sous l’administration de l’ancien président ou ont été citées à différentes étapes de l’enquête. Les auditions doivent se dérouler dans les locaux de la Chambre d’instruction de la Cour d’appel de Port-au-Prince, à Puits-Blain.

L’ancien sénateur du Nord-Ouest Evalière Beauplan figure parmi les premiers témoins convoqués. Son audition est fixée au 24 juin 2026 à 10 heures. Son nom aurait été mentionné à plusieurs reprises au cours des investigations menées tant en Haïti qu’à l’étranger, ce qui a conduit le magistrat instructeur à solliciter sa déposition dans le cadre du supplément d’information.

L’ancien sénateur de l’Artibonite Youri Latortue a également été convoqué pour le 23 juin à 10 heures. Considéré comme une personnalité influente de la vie politique haïtienne, il est appelé à fournir toute information jugée pertinente par le juge instructeur relativement aux faits faisant l’objet de l’enquête.

La Cour avait aussi ordonné l’audition de l’ancien sénateur de la Grand-Anse Saurel Jacinthe, fuxé le 19 juin dernier à midi, ainsi que celle de Smith Augustin, ancien représentant d’Haïti en République Dominicaine et ex-conseiller-président, membre du CPT, convoqué pour le 29 juin à 10 heures.

Dans le secteur économique, l’homme d’affaires Réginald Vorbe est attendu le 24 juin à midi. Les ordonnances ne détaillent pas les points précis sur lesquels il sera interrogé, mais son témoignage est considéré comme utile à la poursuite des investigations.

Parmi les responsables des forces de l’ordre convoqués figure également l’inspecteur général en chef de la Police nationale d’Haïti, Frédéric Leconte, également ancien directeur central de la police judiciaire (DCPJ). Son audition est prévue le 25 juin à midi. Les enquêteurs cherchent notamment à recueillir des informations sur le contexte sécuritaire entourant l’attaque du 7 juillet 2021 et sur les actions entreprises par les autorités policières à l’époque.

L’ancien député Wilson Hypolite du PHTK devra pour sa part comparaître le 26 juin à 10 heures. Comme les autres personnes citées, il est appelé à fournir son témoignage dans le cadre des vérifications complémentaires ordonnées par la Cour.

Le juge Cyprien Pierre a également ordonné les auditions de Ricare Pierre ex-sénateur ministre de la planification, d’Assad Volcy et de Mackenlove Jean Pierre. Les arrêts-ordonnances ne précisent pas les éléments particuliers justifiant leur convocation, mais indiquent que leurs témoignages pourraient contribuer à l’établissement des faits et à une meilleure compréhension des circonstances entourant l’assassinat du chef de l’État.

Par ailleurs, Rockfeller Vincent, ancien ministre de la Justice et de la Sécurité publique sous la présidence de Jovenel Moïse, a lui aussi été cité à comparaître. Compte tenu des responsabilités qu’il exerçait au sein de l’appareil étatique durant la période précédant l’assassinat du président, les magistrats souhaitent recueillir ses déclarations sur plusieurs aspects liés au fonctionnement des institutions concernées par le dossier.

L’une des convocations les plus attendues concerne toutefois Martine Moïse. L’ancienne Première dame, grièvement blessée lors de l’attaque ayant coûté la vie à son époux, est convoquée pour le 30 juin 2026 à 10 heures. Son témoignage revêt une importance particulière puisqu’elle demeure l’un des rares témoins directs des événements survenus à l’intérieur de la résidence présidentielle au moment de l’assaut.

Sa comparution présente également un intérêt judiciaire spécifique. Dans son ordonnance de clôture rendue en janvier 2024, le juge d’instruction Walter Wesser Voltaire avait retenu des charges contre plusieurs personnalités et avait renvoyé Martine Moïse devant la juridiction de jugement aux côtés d’autres personnes mises en cause dans le dossier. L’ancienne Première dame a toujours contesté ces accusations et rejeté les conclusions de cette ordonnance.

En parallèle aux convocations de témoins, la Chambre d’instruction a également décerné un mandat de comparution contre Jean Monard Métellus. Présenté dans le dossier comme inculpé pour complicité présumée, il est appelé à se présenter devant le juge afin d’être interrogé sur les faits qui lui sont reprochés.

Les différents arrêts-ordonnances rappellent que ces mesures sont prises conformément à l’article 18 du Code d’instruction criminelle. « Dans le cadre du supplément d’informations ordonné par la Cour, il y a lieu pour le juge instructeur de recueillir les témoignages » des personnes concernées, indique le magistrat dans les décisions consultées.

Le commissaire du gouvernement près la Cour d’appel a été chargé de veiller à l’exécution de l’ensemble de ces mesures judiciaires.

Près de cinq ans après l’assassinat de Jovenel Moïse, se poursuit sans donner lieu à un procès en Haïti alors que plusieurs personnes ont été condamnées, pour la plupart,  à la prison à vie aux Etats-Unis.