RDC-Rwanda : un accord de paix fragile sous haute surveillance du Conseil de sécurité de l’ONU…

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NEW-YORK, vendredi 27 juin 2025 (RHINEWS)Alors que les rebelles du M23 poursuivent leur offensive dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), la signature d’un accord de paix entre Kinshasa et Kigali, vendredi à Washington, sous l’égide des États-Unis et du Qatar, a provoqué un vif débat au Conseil de sécurité des Nations Unies. Si l’envoyée spéciale de l’ONU en RDC, Bintou Keïta, y voit « une avancée significative vers la fin du conflit », les déclarations contrastées des deux pays révèlent des désaccords profonds.

Depuis le début de l’année, les forces du M23, soutenues selon Kinshasa par le Rwanda, ont pris le contrôle de larges portions du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, s’emparant notamment des villes stratégiques de Goma et Bukavu. C’est dans ce contexte que les deux pays voisins ont signé un accord de paix instaurant notamment un mécanisme de coordination sécuritaire conjointe.

Lors de son intervention au Conseil de sécurité, Mme Keïta a salué le texte comme un pas positif, appelant les parties à maintenir « un climat de tolérance » et à privilégier le dialogue. Mais elle a aussi dressé un tableau préoccupant de la situation humanitaire : 28 millions de personnes sont en insécurité alimentaire, 7 millions déplacées, plus de 290 écoles détruites, et les violences sexuelles se poursuivent. « À la fin juin, le plan de réponse humanitaire n’est financé qu’à 11 % », a-t-elle déploré.

La délégation congolaise, représentée par le chargé d’affaires Hippolyte Mfulu, a salué la médiation internationale tout en dénonçant la poursuite des « agressions rwandaises ». Le diplomate a accusé Kigali de maintenir des troupes illégalement sur le sol congolais, en violation des résolutions du Conseil, et d’être responsable, avec le M23 et son partenaire politique, l’Alliance Fleuve Congo (AFC), de massacres de civils, de viols et de recrutements forcés. Il a appelé à l’ouverture d’une enquête internationale sur les exactions à Goma et Bukavu, et à des sanctions internationales contre Kigali en cas de récidive.

« Le Rwanda vient de s’engager à retirer sans condition ses troupes de la RDC. Nous attendons des mesures concrètes. L’impunité est le carburant de la récidive », a-t-il insisté.

De son côté, l’ambassadeur rwandais Martin Ngoga a défendu fermement son gouvernement, affirmant que les actions du Rwanda relèvent de la légitime défense face aux Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), groupe armé hutu issu des auteurs du génocide de 1994. Il a souligné que la neutralisation des FDLR est prévue dans vingt résolutions du Conseil depuis 2003. « Le Rwanda exercera toujours son droit et son devoir de légitime défense avec professionnalisme et promptitude », a-t-il déclaré.

Le représentant rwandais a également critiqué la Mission de l’ONU en RDC (MONUSCO), l’accusant de « dramatiser les actions rwandaises tout en négligeant les crimes des FDLR ». Il a cependant salué la rencontre récente entre Mme Keïta et les dirigeants de l’AFC/M23, y voyant une ouverture à un dialogue plus équilibré. « La MONUSCO doit regagner la confiance de toutes les parties », a-t-il affirmé.

Sur la question du retrait de la MONUSCO, Kinshasa et Kigali affichent des positions opposées. Tandis que Kinshasa appelle à renforcer la mission onusienne avec un mandat supplémentaire pour faire face à la dégradation de la situation, Kigali invite l’ONU à faire profil bas, à cesser les critiques publiques, et à se concentrer sur le soutien aux négociations.

Mme Keïta, dont le mandat touche à sa fin, a réaffirmé que la MONUSCO restait mobilisée pour appuyer toutes les initiatives diplomatiques, dans le cadre des décisions prises par le Conseil de sécurité.

Malgré la signature de l’accord, la situation sur le terrain reste extrêmement volatile. Les violations des droits humains persistent, et aucun calendrier de démobilisation du M23 n’a encore été rendu public. Kinshasa exige des mesures concrètes et vérifiables de la part du Rwanda, tandis que Kigali insiste sur la reconnaissance des revendications politiques de l’AFC/M23 comme condition d’une paix durable.

Dans ce climat tendu, l’ONU s’efforce de maintenir une voie diplomatique, consciente que le moindre incident pourrait faire voler l’accord en éclats. Comme l’a rappelé l’ambassadeur Ngoga en conclusion : « La véritable mesure de l’efficacité de ce Conseil ne réside pas dans le nombre de conflits qu’il a gérés, mais dans ceux qu’il a réellement résolus. »