CAP-HAITIEN, dimanche 23 août 2026 (RHINEWS)– À l’approche de la rentrée scolaire annoncée pour le 7 septembre par les autorités haïtiennes, les organisations syndicales du secteur éducatif tirent la sonnette d’alarme sur l’état du système scolaire et les conditions de travail des enseignants. En tournée syndicale dans le Grand Nord, la Centrale unitaire des travailleurs et travailleuses du secteur public haïtien (CUTRASEPH), l’Union nationale des normaliens et normaliennes d’Haïti (UNNOH) et le CENEH ont fait état de plusieurs difficultés, notamment les retards de paiement, l’absence de nomination de certains enseignants, la dégradation des infrastructures scolaires et la hausse du coût de la vie.
Dans le département du Nord-Est, le professeur Josué Mérilien, secrétaire général de la CUTRASEPH et figure dirigeante de l’UNNOH, s’est interrogé sur le niveau de préparation des autorités à quelques semaines de la reprise des cours.
« La rentrée est annoncée pour le 7 septembre. Mais quelles préparations ont été faites ? Les enseignants seront-ils payés ? Dans quelles conditions les écoles vont-elles rouvrir ? », a-t-il demandé lors des échanges avec les enseignants.
Selon les constats rapportés au cours de la tournée, plusieurs établissements scolaires se trouvent dans un état préoccupant. Certains bâtiments seraient détruits, fissurés ou insuffisamment réparés, tandis que d’autres fonctionnent avec un déficit de mobilier, de matériels scolaires et d’équipements pédagogiques.
Pour les organisations syndicales, la fixation d’une date officielle de rentrée ne suffit pas à garantir le fonctionnement normal des établissements. Elles estiment qu’une reprise effective des activités scolaires nécessite des préparatifs administratifs, financiers et matériels ainsi que des mesures permettant de garantir des conditions de travail adéquates aux enseignants.
La situation salariale et administrative des personnels éducatifs figure également parmi les principales préoccupations exprimées au cours des rencontres. Des enseignants ont fait état de retards dans le versement de leurs salaires et de situations professionnelles qui demeurent en attente de régularisation ou de nomination.
Josué Mérilien considère que ces difficultés relèvent de la responsabilité de l’État, qui doit, selon lui, assurer le paiement régulier des enseignants et leur fournir les conditions nécessaires à l’exercice de leur profession.
« L’État doit prendre ses responsabilités », a insisté le dirigeant syndical, estimant qu’il ne serait pas possible d’exiger des enseignants une pleine disponibilité alors que leurs droits professionnels et économiques ne seraient pas respectés.
Les syndicats demandent également la réparation des établissements scolaires endommagés et leur dotation en équipements nécessaires au fonctionnement des classes. Ils estiment que ces mesures doivent intervenir avant la rentrée afin de réduire les risques de perturbations.
À ces difficultés structurelles s’ajoute la dégradation des conditions économiques des familles. Josué Mérilien a notamment dénoncé la hausse du prix du carburant, qui pourrait, selon lui, alourdir davantage les dépenses des parents à l’approche de la reprise des cours.
« Comment les parents pourront-ils assurer le transport de leurs enfants lorsque le coût de la vie continue d’augmenter ? », s’est-il interrogé.
Les dépenses liées au transport viennent s’ajouter à celles consacrées aux uniformes, aux fournitures scolaires, aux livres et aux autres besoins liés à la rentrée. Les organisations syndicales estiment que la situation économique des ménages doit être prise en compte dans toute politique visant à assurer l’accès des enfants à l’éducation.
Dans ce contexte, la CUTRASEPH, l’UNNOH et le CENEH réclament notamment le respect des engagements pris dans l’accord conclu en janvier 2025 entre les autorités et les organisations concernées. Selon Josué Mérilien, ces engagements portent notamment sur la réparation des écoles, la régularisation de la situation des enseignants, leur paiement ainsi que des mesures destinées à accompagner les familles les plus vulnérables.
« Il faut payer les enseignants, procéder aux nominations nécessaires, réparer et équiper les écoles, puis mettre en place les conditions indispensables à une véritable rentrée », a-t-il déclaré.
Le responsable syndical estime par ailleurs que les enseignants ne devraient pas être tenus pour responsables d’éventuelles perturbations qui découleraient d’un défaut de préparation des autorités. Pour les organisations syndicales, la responsabilité première de la mise en place des conditions nécessaires au fonctionnement du système éducatif incombe à l’État.
Au-delà des revendications salariales et matérielles, Josué Mérilien a insisté sur la dimension stratégique de l’éducation pour le développement du pays. Selon lui, la préparation de la rentrée scolaire doit être considérée comme une question d’intérêt national, compte tenu de son impact sur l’avenir des enfants et de la société.
« Le peuple qui possède les meilleures écoles est le plus grand peuple. Et s’il ne l’est pas aujourd’hui, il pourra le devenir demain », a-t-il déclaré, mettant en avant le rôle de l’éducation dans la construction nationale.
Les organisations syndicales appellent ainsi les enseignants, les parents, les élèves, les travailleurs du secteur public et les citoyens à se mobiliser autour de la défense du droit à l’éducation. Elles souhaitent également que cette mobilisation contribue à obtenir des autorités des réponses concrètes aux problèmes qui affectent le fonctionnement des écoles.
Josué Mérilien a également élargi son intervention aux questions de citoyenneté et de protection de l’environnement. Il a appelé les citoyens à participer à l’entretien de leurs communautés et à la préservation de leur cadre de vie.
« Notre environnement est notre espace vital, notre salon », a-t-il rappelé, invitant la population à s’impliquer dans le nettoyage et la protection des quartiers.
La question sécuritaire a également été évoquée au cours de la tournée. Pour le dirigeant syndical, l’incapacité de l’État à garantir la sécurité de la population affecte directement le fonctionnement du système éducatif. L’insécurité peut notamment empêcher les élèves et les enseignants de se rendre dans les établissements, perturber les activités scolaires et contraindre des familles à se déplacer.
Dans ce contexte, Josué Mérilien appelle les travailleurs du secteur public et les organisations syndicales à privilégier l’intérêt général et à renforcer leur engagement sur les questions nationales.
La tournée menée dans le Grand Nord vise notamment à recueillir les préoccupations des enseignants, à évaluer les réalités locales et à renforcer l’organisation syndicale autour des revendications liées à la rentrée scolaire. Pour les organisations participantes, les difficultés observées dans les établissements ne constituent pas des problèmes isolés, mais reflètent une crise plus large du système éducatif haïtien.
À l’approche du 7 septembre, les syndicats mettent donc l’accent sur plusieurs priorités : paiement et nomination des enseignants, réparation et équipement des établissements scolaires, amélioration des conditions de travail et soutien aux familles confrontées à la hausse du coût de la vie.
Pour Josué Mérilien et les organisations syndicales engagées dans cette tournée, la défense de l’école dépasse ainsi les seules revendications professionnelles. Elle constitue également, selon eux, un enjeu lié au droit à l’éducation, à la citoyenneté et à l’avenir du pays.

