À Ouanaminthe, le PSA présente son projet politique pour la transformation économique et sociale d’Haïti…

Wideline Pierre, membre du directoire du PSA…

OUANAMINTHE, dimanche 23 août 2026 (RHINEWS)  Une nouvelle formation politique, le Parti Sèvitè Ayisyen (PSA), a officiellement lancé ses activités samedi à Ouanaminthe, dans le département du Nord-Est, lors d’une cérémonie réunissant des délégations venues des différentes communes du département, d’autres régions du pays ainsi que des représentants de la diaspora haïtienne.

Prenant la parole lors de lancement, Wideline Pierre a déclaré que le PSA entend se positionner comme une force politique engagée dans la transformation économique et sociale d’Haïti. À travers son projet, le parti affirme vouloir « aiguiser la conscience populaire » et favoriser une mobilisation collective autour d’un changement structurel du pays.

Mme Pierre a indiqué que l’unité nationale et l’organisation de la population occupent une place centrale dans cette démarche. Le mot d’ordre présenté lors du lancement appelle les Haïtiens à s’unir pour construire ensemble une « voie de délivrance » pour le pays. Le parti considère cette mobilisation comme une condition essentielle à une participation accrue de la population à la définition et à la mise en œuvre des politiques publiques.

Dans le domaine de la santé, le PSA propose une réorganisation du système national autour d’une approche communautaire et de la couverture sanitaire universelle. Son projet prévoit un système intégré à trois niveaux de soins, articulé à l’enseignement et à la recherche, ainsi qu’un renforcement du ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP).

Le programme préconise notamment la gratuité des soins de santé primaires et des médicaments essentiels, la numérisation de la gestion sanitaire et l’amélioration des conditions de travail du personnel médical. Il prévoit également des mesures destinées à favoriser le retour des professionnels haïtiens de la diaspora.

Le premier niveau de soins, composé notamment de dispensaires, de consultoires et de centres communautaires, devrait constituer la porte d’entrée du système et prendre en charge, selon le projet, entre 70 % et 80 % des besoins sanitaires. Le deuxième niveau regrouperait les hôpitaux généraux, les cliniques et les services chirurgicaux municipaux et départementaux. Le troisième serait consacré aux soins de haute complexité et à la recherche.

Le PSA propose par ailleurs la création d’un réseau de pharmacies publiques destiné à assurer la distribution gratuite de 150 médicaments essentiels au premier niveau de soins. À plus long terme, le parti prévoit une stratégie décennale visant notamment à réduire la mortalité infantile et maternelle, à accroître la couverture vaccinale et à augmenter la densité du personnel de santé, avec une mise en œuvre progressive en trois phases.

« La santé de notre peuple n’est ni un bien négociable ni une charité : c’est le socle indispensable sur lequel se dressent la dignité, la souveraineté et l’avenir de la nation », affirme le document de présentation du PSA.

L’éducation constitue également l’une des priorités fondamentales de la formation politique, qui propose un Programme éducatif national baptisé « Vision 2035 », avec pour devise « Refonder l’École haïtienne, bâtir la Nation ». Le PSA présente l’éducation comme « le premier acte politique de transformation d’Haïti » et entend promouvoir une école qu’il qualifie de libératrice, souveraine, inclusive et de qualité.

Le programme s’appuie sur un diagnostic du système éducatif. Il fait état de 18 241 établissements scolaires recensés en Haïti au cours de l’année 2024-2025, dont 82 % relèvent du secteur non public, et de 4 028 897 élèves scolarisés durant cette période. Il mentionne également un taux national de réussite de 44,96 % au baccalauréat unique en 2025 ainsi que d’importantes disparités entre zones urbaines et rurales et entre les ménages selon leurs revenus. Le document estime en outre qu’environ 60 % des enfants en deuxième année du fondamental ne maîtrisent pas les compétences minimales de lecture selon les standards internationaux auxquels il se réfère.

Pour expliquer ces difficultés, le PSA évoque notamment les faiblesses institutionnelles, le sous-investissement public, la pauvreté, l’insécurité alimentaire, les problèmes pédagogiques, les inégalités territoriales, l’instabilité politique et l’insécurité. Le parti considère que la restauration de l’autorité et de la continuité de l’État constitue une condition préalable à une réforme durable du système éducatif.

À l’horizon 2035, « Vision 2035 » prévoit une transformation du secteur autour de huit axes stratégiques consacrés notamment à l’accès universel, à la gouvernance, à la qualité des apprentissages, à la professionnalisation des enseignants, à la formation technique et professionnelle, à la cohésion nationale, au financement et à la résilience du système éducatif. La mise en œuvre serait répartie en deux phases, entre 2026 et 2030, puis entre 2030 et 2035.

Parmi les principales mesures annoncées figurent la scolarisation universelle, gratuite et effective au fondamental, la réforme de la gouvernance du secteur non public, la généralisation d’un curriculum bilingue créole-français, la professionnalisation et la revalorisation du personnel enseignant, ainsi que la création de cantines scolaires, de dispositifs de santé scolaire et de filets sociaux.

Le programme prévoit également la construction ou la réhabilitation d’établissements scolaires, la lutte contre le redoublement et le décrochage, ainsi que le recrutement et la certification accélérée des enseignants. Le PSA fixe notamment l’objectif d’un taux net de scolarisation primaire de 96 % en 2031 et envisage la construction ou la réhabilitation de 500 écoles primaires publiques.

Dans l’enseignement supérieur, le parti propose la construction d’une université d’État de pleine capacité dans chacun des dix départements, le refinancement de l’Université d’État d’Haïti, le développement de filières scientifiques et technologiques et la création de mécanismes nationaux de bourses et de prêts étudiants.

La formation professionnelle et technique est également présentée comme un levier du développement économique. Le PSA prévoit la création de douze centres ENAFOP d’ici 2031, le développement de filières adaptées aux besoins des différentes régions et la création de passerelles entre la formation professionnelle et l’enseignement supérieur.

Sur le plan financier, le programme prévoit de porter progressivement les dépenses publiques consacrées à l’éducation à 20 % du budget national et à 6 % du PIB à l’horizon 2035. Il propose notamment un audit externe annuel et public du budget éducatif, la capitalisation du Fonds national de l’éducation à hauteur de 200 millions de dollars sur cinq ans et la création de mécanismes de financement faisant notamment appel à la diaspora.

Pour la période 2027-2031, le PSA évalue à 1,7 milliard de dollars le coût de ses réformes dans son scénario jugé réaliste, soit environ 340 millions de dollars par an. Le financement reposerait notamment sur une réallocation des ressources budgétaires, la lutte contre l’évasion fiscale, une coopération internationale alignée sur les priorités nationales, la contribution de la diaspora et des partenariats public-privé ciblés.

Le parti prévoit enfin des mécanismes de suivi et de reddition de comptes. Cent engagements mesurables sont répartis en dix axes et devraient faire l’objet d’un rapport public annuel présenté au Parlement et à la société civile, notamment sur leur niveau d’exécution et l’utilisation des ressources budgétaires.

L’agriculture figure également parmi les secteurs prioritaires du PSA. Le parti propose une reconstruction et une revitalisation du système agricole afin d’accroître la production nationale, de renforcer la souveraineté alimentaire et de favoriser un développement durable.

Dans son Programme politique agricole et agroindustriel, le PSA présente l’agriculture comme un système intégré dans lequel les différentes composantes du secteur doivent fonctionner de manière interdépendante. Les sols, les cultures, l’élevage, la transformation agroalimentaire et le financement sont ainsi envisagés comme les éléments d’une même chaîne de production destinée à créer davantage de valeur et à renforcer l’autonomie alimentaire du pays.

Le parti entend inscrire cette politique dans une perspective de long terme, avec l’ambition de construire un système agricole capable de soutenir durablement la production nationale. Il résume cette orientation par le slogan : « Pati Sèvitè Aysyen, Pou Yon Agrikilti Dirab! »

Le PSA accorde également une place importante à la protection de l’environnement et à la restauration des ressources naturelles. S’appuyant notamment sur des orientations environnementales présentées dans un document daté de février 2007, le programme évoque une organisation institutionnelle regroupant plusieurs domaines, dont la gestion de l’environnement, les ressources côtières et marines, les zones protégées et la biodiversité, les sols et les eaux ainsi que les forêts.

Dans ce cadre, le document prévoit la production de 1,92 milliard de plantules sur une période de 50 ans et une augmentation progressive de la couverture forestière, avec un objectif passant de 1,5 % à 50 % de la superficie du territoire national à vocation forestière sur la même période.

À travers ces différentes orientations, le Parti Sèvitè Ayisyen présente son projet politique comme une stratégie globale de transformation du pays, articulée autour de l’unité nationale, de la mobilisation citoyenne, de la réforme des services publics, du développement agricole, de la protection de l’environnement et du renforcement du capital humain.

Avec son lancement à Ouanaminthe, le PSA entend ainsi entamer une nouvelle étape de son implantation politique et soumettre au débat public un projet de transformation économique et sociale à long terme. Son programme éducatif résume cette ambition par la formule : « Refonder l’École haïtienne, bâtir la Nation. »