Haïti-Education : entre hommage officiel et cri de détresse, la condition des enseignants au cœur des débats…

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PORT-AU-PRINCE, samedi 16 mai 2026 (RHINEWS) – Les célébrations entourant la fête des enseignants en Haïti ont donné lieu à deux hommages aux tonalités contrastées : l’un, institutionnel, porté par le gouvernement lors d’une cérémonie officielle à l’hôtel Karibe ; l’autre, plus critique et empreint de désillusion, exprimé dans une lettre ouverte largement relayée sur les réseaux sociaux, dénonçant les conditions de vie et de travail du corps enseignant.

Le Premier ministre haïtien, Alix Didier Fils-Aimé, a participé vendredi à une cérémonie d’hommage aux éducateurs et éducatrices organisée en présence du ministre de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle, Vijonet Demero, de membres du gouvernement, du corps diplomatique, de partenaires techniques et financiers, de syndicats d’enseignants, de directeurs d’écoles et d’élèves.

Dans son allocution, le ministre de l’Éducation a salué « l’engagement » et « la résilience » des enseignants, présentés comme des « piliers de la formation des générations futures ». Il a également rappelé que les actions du ministère s’inscrivent dans les quatre priorités du gouvernement : la sécurité, la bonne gouvernance, la relance économique et l’organisation des élections.

S’exprimant en créole, le ministre a insisté sur le rôle central des éducateurs dans la société haïtienne. « Pa gen lekòl san anseyan. Pa gen peyi san fòmate, san edikate », a-t-il déclaré, tout en annonçant la poursuite d’une réforme éducative « axée sur les besoins réels de la société haïtienne ».

De son côté, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a rendu hommage au dévouement des enseignants, qu’il a qualifiés d’acteurs essentiels dans la transmission des valeurs de paix, de justice et de cohésion sociale.

Reconnaissant les difficultés auxquelles le pays est confronté, le chef du gouvernement a affirmé qu’il était nécessaire de « ne pas céder au découragement » face à la crise actuelle. Il a également présenté les quatre axes prioritaires de sa vision éducative : la citoyenneté, l’éducation financière, l’éducation numérique ainsi que la santé mentale et la paix.

Le Premier ministre a enfin réaffirmé « la détermination de l’exécutif à restaurer l’autorité de l’État sur tout le territoire » et à organiser des élections « libres, transparentes et démocratiques ».

Ecole Nationale de Garde-Champetre, commune Vallieres, departement du Nord-Est, Haiti….


Parallèlement à cet hommage officiel axé sur les ambitions de réforme et les perspectives institutionnelles, une lettre ouverte d’un professeur ayant requis l’anonymat a offert un tableau beaucoup plus sombre de la réalité quotidienne des enseignants haïtiens.

Diffusé en marge de la fête des professeurs sous le titre « Lettre à mon professeur », le texte exprime à la fois admiration et indignation face à la précarité du corps enseignant. L’auteur y décrit des éducateurs contraints de travailler dans des conditions difficiles malgré leur rôle fondamental dans la société.

« Chaque matin, au milieu des incompréhensions et des difficultés, tu traverses les montagnes en quête d’une pitance en offrant le meilleur de toi à toute l’humanité », écrit-il.

L’auteur dénonce notamment la faiblesse des rémunérations et les difficultés économiques auxquelles font face de nombreux enseignants. « Le salaire d’un mois ne suffit pas pour une quinzaine. Quelle infamie ! Quelle ignominie ! », affirme-t-il, qualifiant les enseignants de catégorie sociale « oubliée et méprisée ».

La lettre critique également l’état du système éducatif et l’insuffisance des investissements publics dans le secteur. Selon son auteur, « un budget de misère tend forcément vers une éducation médiocre », alors que « l’éducation garantit le développement d’un pays ».

Le texte évoque aussi les conditions matérielles jugées inadéquates dans plusieurs établissements scolaires du pays. « Dans certains coins, on est encore à l’âge de la pierre taillée », soutient l’auteur, estimant que les infrastructures et les moyens disponibles ne permettent pas toujours d’assurer « un apprentissage de qualité ».

L’auteur fait en outre référence à l’ancien ministre de l’Éducation, Nesmy Manigat, évoquant des initiatives visant à placer l’éducation et la citoyenneté « au plus haut sommet de l’État », tout en regrettant qu’elles n’aient pas été pleinement poursuivies.

Malgré ce constat sévère, la lettre se veut également un hommage appuyé au sens du sacrifice des enseignants. « Être professeur, ce n’est pas choisir la misère mais choisir de servir et d’accompagner son pays pour le bien de l’humanité », affirme l’auteur.

Le texte se conclut enfin sur un message de reconnaissance adressé aux éducateurs haïtiens : « Tu es exceptionnel », écrit-il, estimant que leur véritable richesse réside dans « la dignité, l’honnêteté, l’intégrité et le sens aigu du partage ».