Crise de la recherche américaine : gel massif des financements et exode scientifique sous Trump…

President Donald Trump during a campaign rally at the Target Center in Minneapolis-Saint Paul, MN, Thursday, Oct. 10, 2019. (Photo by Doug Mills/The New York Times) NYTCREDIT: Doug Mills/The New York Times

WASHINGTON, mardi 6 mai 2025 (RHINEWS)– Les récentes décisions du gouvernement fédéral issu du second mandat de Donald Trump ont déclenché une crise sans précédent pour la recherche universitaire aux États-Unis, marquée par le gel de plus de 2,3 milliards de dollars de subventions à Harvard et la suspension de financements totalisant près de 8,7 milliards de dollars pour une dizaine d’établissements d’élite, menaçant la liberté académique et provoquant une fuite des talents.

Au début du mois de mai, le Département de l’Éducation a informé Harvard qu’aucune nouvelle subvention fédérale ne lui serait accordée tant qu’elle ne satisferait pas des conditions imposées par l’administration, portant notamment sur la lutte contre l’antisémitisme, la diversité idéologique et des réformes de gouvernance, suspendant ainsi 2,3 milliards de dollars de financements futurs et plaçant sous examen près de 9 milliards de dollars déjà engagés. Cornell et Northwestern ont à leur tour vu 1 milliard et 790 millions de dollars respectivement gelés dans le cadre d’enquêtes sur des violations des droits civiques, tandis que Columbia a perdu 400 millions de dollars pour son traitement des manifestations pro-palestiniennes, et l’Université de Pennsylvanie subit la suspension de multiples millions liés à ses politiques sur les athlètes transgenres. Princeton et Brown figurent également parmi les institutions dont les promesses de financements fédéraux, estimées à plusieurs centaines de millions de dollars, restent sous la menace d’une interruption.     

Ces mesures affectent l’ensemble des disciplines scientifiques. Les recherches financées par le National Institutes of Health portant sur le VIH, Alzheimer, cancer et diabète sont brutalement interrompues, tandis que des programmes d’astrophysique destinés à observer la lueur primordiale de l’univers ou des études évaluant l’impact du changement climatique sur les écosystèmes se retrouvent privés de leurs crédits. Le secteur agricole est lui aussi frappé : des laboratoires de génétique avicole ont fermé, des parcelles expérimentales de fruits et légumes sont restées non irriguées et les dispositifs d’assurance pour petites exploitations ont été délocalisés hors du pays lorsque le financement fédéral, principal moteur de ces programmes, a disparu.   

La communauté scientifique observe avec effroi un exode de chercheurs sans précédent. Un sondage publié par Nature indique que plus de 75 % des scientifiques envisagent de quitter les États-Unis pour poursuivre leur carrière à l’étranger, une proportion qui atteint des sommets chez les jeunes chercheurs, et certains laboratoires dépendant à trois quarts de financements fédéraux — comme celui de l’Université de Washington, composé de dix-sept membres — se retrouvent dans l’incapacité de planifier des travaux au-delà de 2027. En Louisiane, la coupure de subventions du NIH menace de faire perdre à l’université d’État plus de douze millions de dollars et compromet des centaines d’emplois liés à la recherche.   

Face à ces coupes, Harvard a engagé une action en justice pour faire annuler le gel de ses financements, estimant que les exigences de l’exécutif constituent une violation de la liberté académique et des droits garantis par le Premier Amendement. Parallèlement, l’American Association of Colleges and Universities a publié une déclaration signée par plus de cent cinquante présidents d’établissements dénonçant une « surextension » du pouvoir exécutif, tandis que les facultés des universités de la conférence Big Ten ont voté un « pacte de défense mutuelle » pour coordonner leur riposte.

Sur la scène internationale, plusieurs pays ont immédiatement lancé des initiatives pour attirer ces chercheurs en quête de soutien stable. La France et la Chine ont mis en place des programmes de recrutement ciblés, et la Commission européenne envisage de renforcer les mécanismes de relocalisation pour offrir des « refuges scientifiques » aux universitaires menacés, illustrant ainsi l’ampleur du phénomène de « brain drain » et posant un défi inédit à la suprématie américaine en matière de recherche.

Alors même que les négociations se poursuivent dans les couloirs feutrés de Washington, l’avenir de la recherche aux États-Unis se trouve fragilisé par des décisions dont les retombées risquent d’affecter durablement l’indépendance académique, la compétitivité scientifique et la capacité du pays à accueillir et retenir les meilleurs talents mondiaux.