WUHAN, (Chine), mardi 16 juin 2026 (RHINEWS)– La Chine accélère sa course à l’intelligence artificielle incarnée en multipliant les centres de formation destinés aux robots humanoïdes, des infrastructures surnommées « écoles de robots » où des machines apprennent à effectuer des tâches du quotidien en observant et en imitant des humains. Des chercheurs estiment que cette approche pourrait contribuer à rapprocher les robots de leur déploiement à grande échelle dans les foyers, les usines, les hôpitaux et les services.
Dans un laboratoire de Wuhan, dans la province du Hubei, des robots humanoïdes sont entraînés dans des environnements reproduisant des salons, des cuisines, des bureaux ou des ateliers industriels. Munis de casques de réalité virtuelle et de contrôleurs, des opérateurs humains exécutent des gestes que les robots reproduisent en temps réel. Chaque mouvement est enregistré, analysé puis intégré dans de vastes bases de données destinées à entraîner les systèmes d’intelligence artificielle qui pilotent ces machines.
« Nous portons des lunettes de réalité virtuelle et des contrôleurs. Nos mains gauche et droite deviennent celles du robot. Il apprend nos postures en les reproduisant », a expliqué Qu Qiongbin, formatrice spécialisée dans la collecte de données pour robots humanoïdes. Selon elle, les données recueillies sont vérifiées avant d’être transférées dans les systèmes d’apprentissage des robots.
Les responsables de ces centres affirment que l’apprentissage repose sur la répétition intensive. Une même tâche peut être reproduite des centaines, voire des milliers de fois avant que le robot ne soit capable de l’exécuter de manière autonome. « Nous formons les robots en créant des scénarios réalistes. Les formateurs peuvent répéter une seule action des centaines, des milliers, voire des dizaines de milliers de fois », a déclaré Yang Xinyi, responsable de projet au sein de l’entreprise Data Fusion Technology.
Le phénomène dépasse désormais Wuhan. À Pékin, dans le district de Shijingshan, fonctionne ce qui est présenté comme l’un des plus grands centres de formation de robots humanoïdes du pays. Près de 200 instructeurs y encadrent une centaine de robots qui apprennent à manipuler des bouteilles de médicaments, transporter des marchandises, trier des colis, consulter des dossiers administratifs ou encore accomplir diverses tâches ménagères. Les espaces d’entraînement reproduisent fidèlement des logements, des chaînes logistiques et des environnements industriels.
Selon les promoteurs du projet, ces centres visent à résoudre l’un des principaux défis de la robotique moderne : permettre aux machines d’évoluer dans des environnements imprévisibles. Contrairement aux robots industriels traditionnels, programmés pour répéter des mouvements précis dans des espaces contrôlés, les humanoïdes doivent apprendre à s’adapter à des situations variées, à reconnaître des objets différents et à interagir avec des humains.
La stratégie chinoise repose largement sur l’accumulation massive de données issues du monde réel. Des centres similaires ont également vu le jour dans plusieurs provinces, notamment dans le Shandong, où des robots sont entraînés à plier du linge, transporter des plateaux, récupérer des bouteilles sur des étagères ou assurer des tâches d’assistance à domicile.
Cette dynamique s’inscrit dans les ambitions plus larges de Pékin de devenir un leader mondial de la robotique avancée. Selon plusieurs estimations citées par des médias spécialisés, plus d’une centaine d’entreprises chinoises travaillent actuellement sur des projets de robots humanoïdes. Les autorités soutiennent également l’élaboration de normes nationales couvrant l’ensemble de la chaîne industrielle et du cycle de vie de ces machines.
Le développement rapide de ces technologies alimente toutefois des interrogations sur leurs conséquences économiques et sociales. Les autorités chinoises assurent que les robots humanoïdes sont conçus pour assister les travailleurs plutôt que les remplacer. « Les robots ne prendront pas les emplois des humains. Ils amélioreront la productivité et effectueront les tâches dangereuses ou difficiles », a déclaré Liang Liang, responsable du développement technologique dans la zone économique et technologique de Pékin.
Pour les chercheurs, l’enjeu dépasse désormais la simple démonstration technologique. L’objectif consiste à créer des robots capables de comprendre leur environnement, d’apprendre continuellement et d’accomplir des tâches complexes dans des contextes réels. Une évolution qui pourrait transformer, au cours de la prochaine décennie, les secteurs de l’industrie, de la logistique, des soins aux personnes âgées et des services domestiques.

