GENÈVE, mercredi 15 avril 2026 (RHINEWS)- Le Forum Economique Mondial (World Economic Forum) a publié un rapport appelant gouvernements et entreprises à redéfinir leurs stratégies de croissance face à un environnement mondial en mutation rapide, marqué par l’essor de l’intelligence artificielle, la compétition géostratégique, l’endettement élevé et les pressions environnementales et démographiques.
Intitulé Growth in the New Economy: Towards a Blueprint, le document s’appuie sur deux années de consultations avec près de 200 dirigeants économiques, responsables politiques et experts, ainsi que sur une enquête menée auprès de plus de 11 000 chefs d’entreprise dans 118 pays. Il identifie des stratégies dites « sans regret » et des dilemmes majeurs qui devraient orienter les politiques économiques au cours de la prochaine décennie.
Selon le rapport, la croissance durable reposera notamment sur le renforcement de la productivité et du capital humain, dans un contexte où la technologie et la connaissance deviennent centrales dans la création de valeur. Les décideurs devront arbitrer entre différentes approches pour transformer l’innovation en moteurs de croissance, tout en veillant à une répartition plus équitable de ses bénéfices.
Le document souligne également la nécessité de concilier coopération internationale et renforcement des capacités nationales. Si la diversification économique et l’exploitation des avantages comparatifs sont considérées comme des stratégies robustes, les gouvernements devront trouver un équilibre entre intégration mondiale et autonomie stratégique.
Par ailleurs, le Forum insiste sur l’importance de consolider les fondamentaux économiques, notamment des institutions crédibles, des infrastructures de qualité et la stabilité macroéconomique. Il met en évidence des choix complexes concernant le rôle de l’État, appelé à osciller entre intervention limitée et action plus expansive, dans un contexte de niveaux d’endettement record.
Sur le plan environnemental, le rapport estime que la transition vers une économie verte est essentielle à la prospérité de long terme, tout en reconnaissant les arbitrages liés aux coûts et aux investissements nécessaires. Les décideurs devront ainsi naviguer entre des stratégies axées sur l’investissement et d’autres centrées sur la maîtrise des coûts.
« Le contexte actuel exige des choix audacieux et des arbitrages de la part des gouvernements et des entreprises », a déclaré Attilio Di Battista, responsable de la croissance économique et de la transformation au Forum. « Investir dans la productivité, les talents et renforcer les fondamentaux de la politique économique sont des stratégies gagnantes dans tous les pays et à tous les niveaux de revenu », a-t-il ajouté, tout en soulignant que les dirigeants devront composer avec « des niveaux d’endettement et d’inégalités sans précédent, une concurrence géostratégique croissante, une crise climatique persistante et la transformation technologique la plus rapide depuis une génération ».
Le rapport met en évidence une recomposition des moteurs de la croissance mondiale. Les économies à revenu intermédiaire devraient représenter près des deux tiers de la croissance du PIB mondial d’ici 2030, tandis que l’Asie devrait en générer plus de la moitié. À l’inverse, les économies à faible revenu, bien qu’affichant les taux de croissance les plus rapides, ne contribueraient qu’à environ 1 % de la croissance globale.
Sur le plan sectoriel, les services informatiques, l’industrie manufacturière avancée, la santé et les loisirs devraient constituer les principaux moteurs de la croissance au cours des cinq prochaines années, avec des pôles majeurs en Asie, en Europe et en Amérique du Nord. L’Amérique latine et les Caraïbes pourraient, quant à elles, tirer parti des secteurs agricole, minier et métallurgique.
L’enquête souligne que les coûts élevés de l’énergie et l’instabilité des politiques publiques constituent actuellement les principaux freins à l’accélération de la croissance. D’autres obstacles varient selon le niveau de revenu des pays, notamment les pénuries de compétences et la rigidité réglementaire dans les économies avancées, ou encore l’accès limité au financement et les insuffisances d’infrastructures dans les pays à faible revenu.
À plus long terme, les technologies de pointe ainsi que la transition énergétique et écologique sont identifiées comme des moteurs clés d’investissement et de croissance, tandis que l’endettement élevé, la polarisation sociale et le changement climatique pourraient peser sur les perspectives économiques.
Enfin, le rapport souligne que les dynamiques démographiques et la fragmentation géoéconomique devraient accentuer les divergences entre régions, avec un ralentissement attendu dans les zones à population vieillissante, notamment en Asie de l’Est et en Europe, et un soutien à la croissance dans les régions plus jeunes comme le Moyen-Orient, l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne.

