PORT-AU-PRINCE, mercredi 21 janvier 2026 (RHINEWS) – Les États-Unis ont exercé de fortes pressions sur le Conseil présidentiel de transition (CPT), mettant explicitement en garde contre toute tentative de modification de la composition du gouvernement haïtien à ce stade avancé de la transition, une prise de position perçue comme visant notamment à prévenir un éventuel limogeage du Premier ministre Didier Fils-Aimé.
Dans un message publié par l’ambassade américaine à Port-au-Prince, Washington rappelle que « l’objectif des États-Unis pour Haïti demeure l’instauration d’un niveau minimal de sécurité et de stabilité ». Les autorités américaines estiment que toute initiative du CPT, qualifié de « non élu », visant à remanier l’exécutif compromettrait directement cet objectif. « Toute tentative de modification de la composition du gouvernement par le Conseil présidentiel de transition, non élu, à ce stade avancé de son mandat, serait considérée par les États-Unis comme une manœuvre visant à saper cet objectif et, de ce fait, serait nulle et non avenue », souligne le communiqué.
L’ambassade américaine avertit également que les soutiens à une telle démarche seraient assimilés à des acteurs de déstabilisation. « Les États-Unis considéreraient que toute personne soutenant une telle initiative déstabilisatrice, favorable aux gangs, agirait à l’encontre des intérêts des États-Unis, de la région et du peuple haïtien », précise le message, ajoutant que Washington « prendra les mesures qui s’imposent en conséquence ».
Cette déclaration, diffusée simultanément en créole, en français et en anglais, intervient dans un contexte marqué par une insécurité persistante et des tensions accrues autour de la gouvernance de la transition. En fixant publiquement des lignes rouges, l’administration américaine réaffirme son rôle central dans l’encadrement du processus politique haïtien et sa volonté de conditionner toute évolution institutionnelle au maintien de la stabilité et à la lutte contre l’influence des gangs armés.
Cette prise de position américaine a ravivé le débat sur l’exercice réel du pouvoir en Haïti et sur l’ampleur de l’influence étrangère dans la conduite de la transition. Sur le plan formel, la souveraineté de l’État haïtien demeure intacte et les décisions institutionnelles relèvent exclusivement des autorités nationales, aucune disposition juridique ne conférant à l’ambassade des États-Unis un rôle direct dans la gouvernance du pays.
Dans les faits, toutefois, plusieurs observateurs relèvent que la transition haïtienne évolue dans un contexte de forte dépendance politique, sécuritaire et financière vis-à-vis de la communauté internationale, et en particulier de Washington. Cette situation confère aux États-Unis une capacité d’influence déterminante, leur permettant de fixer publiquement des limites à ne pas franchir et de qualifier certaines initiatives internes de « nulles et non avenues », assorties de menaces de mesures à l’encontre de leurs soutiens.
Selon des analystes, cette dynamique ne signifie pas que les États-Unis dirigent Haïti au sens institutionnel, mais qu’ils exercent une forme de tutelle politique de facto, liée à l’effondrement de l’appareil sécuritaire, à la fragilité des institutions et à la dépendance à l’aide internationale. Dans ce cadre, la marge de manœuvre du Conseil présidentiel de transition apparaît réduite, toute décision majeure étant susceptible d’être conditionnée par l’aval des partenaires étrangers.
Cette asymétrie de pouvoir alimente un sentiment persistant de souveraineté affaiblie au sein de l’opinion publique haïtienne, tandis que la communauté internationale justifie son implication accrue par la nécessité de préserver un minimum de stabilité et de contenir l’influence des groupes armés.

