Technologie- « Nous ne pouvons pas rester en arrière » : Cliff Saint-Hubert lance une IA pensée pour les Haïtiens et les créolophones…

Cliff Saint-Hubert, spécialiste de l’IA…

MIAMI, mardi 1er septembre 2026 (RHINEWS)– À l’heure où l’intelligence artificielle transforme progressivement l’éducation, la création artistique, l’information et le monde du travail, Cliff Saint-Hubert veut faire en sorte que les Haïtiens ne soient pas laissés à l’écart de cette révolution technologique. Dans un entretien accordé à RHINEWS, le créateur de Third Eye AI explique avoir voulu développer une plateforme capable de rapprocher l’intelligence artificielle de la communauté haïtienne, notamment à travers le créole.

L’initiative part d’un constat, selon lui : les grandes plateformes d’intelligence artificielle ont été principalement pensées pour des marchés et des utilisateurs déjà familiers avec les technologies dominantes, notamment en anglais. Or, dans plusieurs régions du monde, les outils numériques sont adaptés aux langues et aux réalités des populations locales.

« Je me suis rendu compte que les plateformes d’intelligence artificielle disponibles aujourd’hui sont essentiellement conçues et commercialisées pour le consommateur américain », explique Cliff Saint-Hubert. « Dans d’autres régions du monde, notamment au Japon, en Chine ou ailleurs, les plateformes sont adaptées aux langues et aux réalités des populations locales. »

C’est en cherchant une solution destinée spécifiquement aux Haïtiens que le créateur dit avoir constaté un manque. « Je ne trouvais rien de véritablement conçu pour la communauté haïtienne. J’ai cherché et je n’ai rien trouvé. Je me suis alors posé la question : pourquoi pas une plateforme pour les Haïtiens ? »

Son projet dépasse toutefois la simple traduction d’un outil existant. Pour Cliff Saint-Hubert, l’enjeu est aussi de permettre aux Haïtiens de comprendre, d’utiliser et éventuellement de participer eux-mêmes au développement des technologies qui façonnent déjà le monde.

« Nous ne pouvons pas être les seuls à rester en arrière lorsqu’il est question de comprendre et de maîtriser ces nouvelles technologies », affirme-t-il. Selon lui, les communautés européennes, américaines, latino-américaines et asiatiques investissent dans l’éducation de leurs populations à l’intelligence artificielle. Les Haïtiens doivent, eux aussi, pouvoir accéder à ces connaissances.

L’importance du projet se trouve notamment dans sa dimension linguistique. Le créole haïtien est parlé par des millions de personnes en Haïti et dans la diaspora, mais l’accès aux technologies de pointe demeure souvent conditionné par la maîtrise de l’anglais ou du français. Une IA capable d’interagir directement avec les utilisateurs en créole peut donc contribuer à réduire une barrière importante à l’adoption de ces technologies.

Pour le créateur de Third Eye AI, cette accessibilité est particulièrement importante pour les artistes, les designers, les écrivains et les créateurs haïtiens. « En tant qu’artiste, j’ai créé cette intelligence artificielle notamment pour les artistes et les designers. Or, Haïti compte énormément d’artistes et de créateurs. Un outil comme celui-ci peut donc leur être très utile », soutient-il.

La plateforme entend ainsi réunir plusieurs fonctionnalités : génération d’images, création de contenus, production musicale, création de films, édition de livres et assistance conversationnelle. L’objectif est de proposer dans un même environnement plusieurs outils qui sont généralement répartis entre différentes plateformes.

L’un des exemples avancés par Cliff Saint-Hubert concerne les écrivains. Un auteur qui souhaite faire relire et analyser son manuscrit peut traditionnellement avoir recours à un éditeur ou à un correcteur professionnel, avec des coûts et des délais parfois importants. L’intelligence artificielle pourrait, selon lui, permettre d’effectuer rapidement une première analyse du texte.

« Prenez un livre et mettez-le sur ma plateforme. Vous pouvez obtenir les résultats en quelques minutes », explique-t-il, évoquant notamment l’identification des problèmes de ponctuation, de structure et de narration. La plateforme, dit-il, pourrait ainsi devenir un outil supplémentaire pour les auteurs qui souhaitent améliorer leur travail avant sa publication.

Mais l’ambition affichée est plus large. Third Eye AI se veut également un outil d’apprentissage et d’accompagnement. La possibilité d’interagir avec l’intelligence artificielle en créole doit permettre à des utilisateurs qui ne sont pas nécessairement à l’aise avec l’anglais d’expérimenter progressivement ces technologies.

Cette dimension éducative est au cœur de la vision de son créateur. « Nous devons commencer à comprendre que la technologie n’est pas réservée à certaines catégories de personnes. Nous pouvons nous aussi créer notre propre technologie, nos propres plateformes et nos propres infrastructures numériques pour notre communauté », estime-t-il.

Il associe cette démarche à ce qu’il considère comme une forme de souveraineté technologique. Pour lui, il ne suffit pas que les Haïtiens soient consommateurs des technologies développées ailleurs. Ils doivent également apprendre à les concevoir, les adapter et, à terme, créer leurs propres solutions.

« Nous devons commencer à penser à nos propres besoins, à la manière dont nous allons former la prochaine génération et à la façon dont nous pouvons contribuer à mettre davantage en valeur le potentiel du peuple haïtien », déclare-t-il.

Cette approche prend une dimension particulière dans un contexte où l’intelligence artificielle devient progressivement un outil transversal dans l’éducation, les entreprises, les médias, les industries créatives et la recherche. La question de la langue devient dès lors un enjeu d’inclusion numérique : une population qui ne peut pas facilement interagir avec les nouvelles technologies risque de bénéficier moins rapidement des transformations qu’elles entraînent.

Le créateur de Third Eye AI reconnaît toutefois qu’il n’est pas nécessairement un « expert » de la technologie au sens académique du terme. « Je ne dirais pas nécessairement que je suis un expert. Mais je travaille beaucoup avec la technologie. Je l’expérimente constamment, je joue avec elle et j’en connais suffisamment pour créer et développer ce type d’outils », dit-il.

La plateforme propose, selon son créateur, une période d’essai de sept jours avant un abonnement mensuel. Il présente Third Eye AI comme un environnement dans lequel les utilisateurs peuvent expérimenter plusieurs outils d’intelligence artificielle plutôt que comme un simple chatbot.

Au-delà de ses fonctionnalités, le projet pose une question plus fondamentale pour la communauté haïtienne : quelle place les Haïtiens veulent-ils occuper dans la révolution de l’intelligence artificielle ?

Pour Cliff Saint-Hubert, la réponse ne peut pas se limiter à l’utilisation des outils créés ailleurs. Elle doit aussi passer par la création, l’éducation et l’appropriation.

« La technologie n’est pas seulement pour certaines personnes. Elle est pour tout le monde », insiste-t-il. « Nous pouvons créer notre propre technologie. Nous pouvons créer nos propres plateformes. »

L’ambition de Third Eye AI est ainsi de faire du créole non pas une langue périphérique dans l’univers numérique, mais une langue dans laquelle les Haïtiens et les autres créolophones peuvent apprendre, créer, travailler et dialoguer avec l’intelligence artificielle.

À travers cette initiative, Cliff Saint-Hubert entend surtout lancer un message à la nouvelle génération : l’intelligence artificielle ne doit pas être perçue uniquement comme une technologie étrangère à consommer, mais comme un domaine dans lequel les Haïtiens peuvent eux aussi devenir créateurs et acteurs.

« Nous devons commencer à penser à nos propres gens », affirme-t-il. « Nous devons penser à la façon dont nous allons éduquer la prochaine génération et contribuer à la grandeur du peuple haïtien. »