PORT-AU-PRINCE, vendredi 15 mai 2026 (RHINEWS) – Le directeur exécutif de la Plateforme des Organisations Haïtiennes de Défense des Droits Humains (POHDH), Alermy Piervilus, a dénoncé des « attaques sans fondement » visant le secrétaire exécutif du Réseau national de défense des droits humains (RNDDH), Pierre Espérance, estimant que ces actions s’inscrivent dans un contexte marqué par l’impunité, la corruption, l’affaiblissement de l’État de droit et le silence des autorités face à la dégradation accélérée de la situation des droits humains en Haïti.
Lors d’une intervention publique en solidarité avec le responsable du RNDDH, M. Piervilus a affirmé que plusieurs organisations de défense des droits humains suivent « avec beaucoup d’intérêt » les attaques dirigées contre Pierre Espérance et contre le RNDDH, notamment dans le cadre du dossier relatif à l’assassinat de l’ancien président Jovenel Moïse.
Selon lui, les auteurs de ces attaques tentent désespérément d’associer Pierre Espérance à l’assassinat de Moïse, dans une campagne qu’il juge « politiquement motivée » et alimentée sur les réseaux sociaux par des secteurs hostiles aux organisations de défense des droits humains.
Alermy Piervilus estime toutefois que l’élément déclencheur de cette nouvelle série d’attaques serait lié au dossier de Romel Bell, ancien directeur général de l’Administration générale des douanes, blanchi par la Cour d’appel. Selon lui, cette affaire aurait ravivé les tensions entre certains secteurs et les organisations engagées dans la lutte contre l’impunité et la corruption.
« Ces attaques, non seulement sont sans fondement, mais elles proviennent aussi, selon nous, de partisans de l’impunité, de la corruption et du banditisme dans le pays », a déclaré le responsable de la POHDH.
Selon lui, les critiques visant Pierre Espérance sont directement liées au rôle de vigilance joué par les organisations de défense des droits humains. « Les organisations de droits humains travaillent pour exiger que les autorités respectent la loi, pour que la justice puisse faire son travail et pour empêcher que l’impunité triomphe en Haïti », a-t-il soutenu.
M. Piervilus a également estimé que la visibilité et la constance du travail du RNDDH dérangent certains groupes. « Ce sont des gens qui veulent agir en dehors du cadre de la loi et qui cherchent à affaiblir l’image des organisations de droits humains dans la société parce qu’ils savent ce qu’elles représentent », a-t-il déclaré.
Le directeur exécutif de la POHDH a par ailleurs exprimé ses préoccupations face à ce qu’il considère comme une détérioration des relations entre l’État et les organisations de la société civile engagées dans la documentation des violations des droits humains.
« Aujourd’hui, au niveau de l’État, nous constatons plutôt un renforcement d’une gouvernance basée sur l’impunité et la corruption », a affirmé M. Piervilus, évoquant également des mesures qui, selon lui, tendent à « limiter le travail de vigilance » des organisations de défense des droits humains.
Il a aussi fait référence à certaines initiatives attribuées au Conseil présidentiel de transition (CPT), qu’il considère comme des tentatives visant à « affaiblir et même museler » les organisations œuvrant pour la justice et l’État de droit. Piervilus a fait référence à deux décrets jugés illégaux et scélérats relatifs à la diffamation et à la haute cour de justice, dont il réclame le retrait.
« Cela nous préoccupe énormément au niveau de la plateforme, et c’est pourquoi nous voulons lancer un appel à la solidarité entre les différentes organisations », a déclaré Alermy Piervilus.
Le responsable de la POHDH a également estimé que tous les indicateurs relatifs aux droits humains en Haïti sont « au rouge », tant sur le plan des droits civils et politiques que des droits économiques et sociaux, dans un contexte marqué par l’aggravation de l’insécurité, l’expansion des groupes armés et l’effondrement progressif des institutions publiques.
« Tous les indicateurs des droits humains sont rouges », a déclaré Alermy Piervilus, évoquant notamment les restrictions à la liberté de circulation, les violences armées, les déplacements forcés, la fermeture d’hôpitaux et d’écoles ainsi que l’aggravation de l’insécurité alimentaire dans le pays.
Le dirigeant de la POHDH a affirmé que la population est privée de plusieurs droits fondamentaux, notamment le droit à la vie, à l’éducation, à la santé et à la participation politique, rappelant qu’aucune élection n’a été organisée depuis plusieurs années malgré les engagements répétés des autorités de transition à rétablir la sécurité afin de permettre la tenue du scrutin.
Il a également dénoncé le silence des autorités face aux menaces, actes d’intimidation et attaques visant des défenseurs des droits humains et des journalistes. Selon lui, cette attitude « traduit une complicité » entre certains secteurs du pouvoir, « les partisans de l’impunité » et « les ennemis de la démocratie et de l’État de droit ».
« Nous ne sentons aucune disposition réelle, au plus haut niveau de l’État, pour combattre la criminalité et la violence », a-t-il soutenu, citant notamment le Conseil supérieur de la Police nationale, le ministère de la Justice et la Primature.
Alermy Piervilus a aussi critiqué certains décrets récemment adoptés par les autorités, qu’il considère comme des mesures portant atteinte aux acquis démocratiques et aux libertés publiques. Selon lui, ces dispositions contribueraient davantage à renforcer l’impunité et à réduire l’espace d’expression des journalistes et des organisations de défense des droits humains.
Le responsable de la POHDH a enfin appelé les autorités à garantir la protection des militants et organisations engagés dans la lutte contre la corruption, l’impunité et les violations des droits humains, tout en exhortant la communauté nationale et internationale à soutenir les efforts visant au rétablissement de l’État de droit en Haïti.

