PORT-OF-SPAIN, dimanche 16 août 2026 (RHINEWS)-L’ambassadeur d’Antigua-et-Barbuda auprès de l’Organisation des États américains (OEA), Ronald Sanders, appelle à une action internationale coordonnée contre les réseaux financiers, les trafics d’armes et les acteurs qui soutiennent les gangs armés en Haïti. Dans une tribune publiée le 15 août, le diplomate estime que l’action militaire, à elle seule, ne permettra pas de rétablir durablement l’ordre dans le pays.
S’appuyant sur des données de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), Ronald Sanders affirme qu’au moins 2 310 personnes ont été tuées, 1 106 blessées et 99 enlevées entre janvier et le début juin 2026. Il indique également que 699 femmes et filles ont été victimes de violences sexuelles et que près de 1,47 million de personnes avaient été déplacées à l’intérieur du pays en mai.
« Ces chiffres devraient troubler la conscience de chaque nation », écrit-il, estimant qu’ils mettent en évidence une réalité que les gouvernements doivent désormais affronter : « La force seule ne peut pas rétablir l’ordre. »
Selon l’ambassadeur, les gangs contrôlent toujours de larges portions de Port-au-Prince et ont étendu leur influence à des axes routiers, des ports, des zones côtières et des circuits commerciaux. Leurs activités, soutient-il, dépassent les violences contre les populations et comprennent notamment l’extorsion, le contrôle des déplacements, la saisie de marchandises et l’exercice d’une autorité parallèle dans les zones où l’État est absent ou trop faible.
Ronald Sanders reprend à son compte l’analyse présentée en juillet par l’ONUDC devant le Conseil de sécurité des Nations unies, selon laquelle la situation haïtienne ne doit pas être considérée uniquement comme une crise sécuritaire, mais également comme « une crise de gouvernance soutenue par la criminalité organisée ».
Il estime ainsi que la réponse doit viser l’extorsion, les enlèvements, les trafics d’armes et de stupéfiants, le blanchiment d’argent, la corruption ainsi que les personnes qui assurent une protection politique aux réseaux criminels. Il souligne également la nécessité de renforcer les tribunaux, les parquets, les prisons et les institutions policières chargées de faire respecter la loi.
L’ambassadeur juge nécessaire le déploiement de la Force de répression des gangs (GSF), autorisée par les Nations unies et demandée par les autorités haïtiennes. Il relève toutefois qu’un peu plus de 1 000 membres de la force avaient été déployés en juillet, soit environ 4 500 de moins que l’effectif autorisé.
« La Force ne peut pas tout faire », écrit-il, soulignant qu’elle peut notamment reprendre une route, un port ou un commissariat, mais qu’elle ne peut, à elle seule, empêcher l’arrivée de nouvelles armes, identifier les personnes qui blanchissent les revenus criminels ou poursuivre les individus qui financent et protègent les gangs.
Ronald Sanders rappelle avoir plaidé en juin, lors de l’Assemblée générale de l’OEA au Panama, en faveur d’une action coordonnée dans l’hémisphère contre le trafic de drogue, les flux financiers illicites et les mouvements transfrontaliers d’armes et de criminels. Il avait également appelé les gouvernements à identifier, sanctionner et poursuivre les personnes qui financent ou soutiennent matériellement les groupes armés.
Il met particulièrement en cause les résultats du dispositif haïtien de lutte contre les flux financiers illicites. Citant l’ONUDC, il affirme que l’unité de renseignement financier haïtienne a reçu 1 254 déclarations d’opérations suspectes entre 2019 et 2024, dont seulement 19 auraient été transmises aux autorités judiciaires. « Aucune n’a abouti à une condamnation », affirme-t-il.
Le diplomate relève également que la liste de sanctions des Nations unies concernant Haïti ne comprend que neuf personnes et deux entités, ces dernières étant des gangs. Il note que le Canada, les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Union européenne ont sanctionné un groupe plus large de responsables politiques et économiques, tout en estimant que les réseaux plus étendus n’ont pas encore fait l’objet d’enquêtes et de sanctions systématiques.
Ronald Sanders propose la mise en place d’un mécanisme commun réunissant les autorités haïtiennes, l’OEA, la CARICOM et l’ONUDC afin de cibler les réseaux criminels transnationaux qui soutiennent les gangs. Ce dispositif devrait, selon lui, combiner renseignement financier, informations douanières, traçage des armes, surveillance maritime, lutte antidrogue et coopération judiciaire.
Il préconise également la cartographie des liens financiers et commerciaux, le traçage des armes et munitions saisies, l’examen des cargaisons et mouvements maritimes suspects, la constitution de dossiers en vue de sanctions et le gel ainsi que la récupération légale des avoirs issus de la criminalité.
L’ambassadeur appelle par ailleurs les pays d’origine et de transit des armes destinées à Haïti à renforcer leurs contrôles. Selon lui, Port-au-Prince ne peut à elle seule contrôler les cargaisons dans les ports étrangers, suivre les mouvements financiers dans les centres financiers internationaux ou empêcher le détournement d’armes avant leur entrée dans les circuits clandestins.
Il estime que les sanctions ne devraient pas viser uniquement les hommes qui portent les armes. « Lorsque des preuves fiables établissent leur implication », elles devraient également concerner les personnes qui achètent les armes, organisent leur transport, dissimulent les produits de la criminalité ou utilisent leur influence politique et commerciale pour protéger les gangs.
Ronald Sanders insiste toutefois sur la nécessité d’une action « légale et précise », avec des mesures financières ciblant des personnes, entreprises et transactions identifiées et assorties de garanties appropriées et du respect des procédures légales.
Il appelle enfin au renforcement des institutions haïtiennes chargées de lutter contre la criminalité financière. Les unités judiciaires spécialisées, les enquêteurs, procureurs, juges, autorités pénitentiaires et organismes anticorruption doivent, selon lui, disposer de protection, de ressources et d’un appui technique suffisants.
« Le problème n’est plus l’absence de diagnostic », écrit-il, estimant que l’ONUDC, l’OEA et la CARICOM ont déjà identifié plusieurs dimensions de la crise. « Ce qui manque encore, c’est une exécution coordonnée », poursuit-il.
Pour Ronald Sanders, l’action de la force internationale peut créer les conditions nécessaires à un rétablissement de l’État, mais elle restera insuffisante si les personnes qui financent, arment, transportent et protègent les gangs ne sont pas poursuivies. Il conclut que la communauté internationale doit « agir de manière décisive pour perturber le réseau financier qui soutient illégalement les gangs », car, selon lui, « mettre fin à la violence exige de couper l’argent qui lui donne sa puissance ».
Source : tribune de Sir Ronald Sanders publiée dans The Voice de Sainte-Lucie, le 15 août 2026. Lire l’article original: https://thevoiceslu.com/2026/08/haiti-stop-the-money-flow-to-organised-crime/#:~:text=Haiti%20%E2%80%93%20Stop%20the%20money%20flow%20to%20Organised%20Crime

