République dominicaine : un rapport dénonce cinq ans de déportations massives, 54 morts et des abus systématiques contre les Haïtiens…

Des Haïtiens détenus pour expulsion se trouvent dans un camion de police sur un pont frontalier entre Dajabón, en République dominicaine, et Haïti, le 11 octobre 2023. (Photo AP/Ricardo Hernandez)

SANTO DOMINGO, dimanche 28 juin 2026 (RHINEWS)– Le Collectif HaitianosRD affirme avoir documenté un « état d’exception de facto » contre les personnes d’origine haïtienne en République dominicaine entre 2021 et le milieu de l’année 2025. Dans un rapport intitulé Déportations massives et état d’exception en République dominicaine, l’organisation recense 54 décès liés aux opérations migratoires, des milliers de détentions arbitraires, des expulsions collectives et des violations répétées des droits fondamentaux.

Selon le rapport, les 54 personnes d’origine haïtienne décédées au cours de cette période auraient perdu la vie lors de poursuites menées par les autorités, sous leur garde ou à la suite de tirs effectués par des policiers et des militaires. Le Collectif estime que ces cas traduisent « un usage disproportionné de la force » dans le cadre des contrôles migratoires.

L’organisation indique avoir réalisé 28 entretiens avec des victimes haïtiennes et dominicaines d’ascendance haïtienne. Les témoignages recueillis évoquent des extorsions, des insultes racistes, des arrestations sans mandat, des perquisitions illégales, ainsi que l’absence d’examen individuel des dossiers avant les expulsions.

Le rapport souligne également l’ampleur des déportations au cours des cinq dernières années. Des données officielles citées dans l’étude font état de 44 020 Haïtiens expulsés en 2021. Parmi les 4 349 femmes déportées cette année-là, 627 étaient enceintes. Le Collectif rappelle aussi que 82 269 Haïtiens avaient été expulsés en 2019 et 23 664 en 2020, avant le durcissement de la politique migratoire à partir de 2021. Pour 2023, les chiffres mentionnés dans le rapport évoquent environ 174 602 expulsions, tandis que d’autres estimations portant à la fois sur les déportations et les rapatriements dépassent 250 000 personnes. En 2024, le gouvernement dominicain a annoncé un plan visant à renvoyer jusqu’à 10 000 personnes par semaine.

Le Collectif affirme que ces opérations massives rendent pratiquement impossible le respect du droit à un recours effectif et du principe du contradictoire. « Les déportations massives et le profilage racial ont conduit à une suspension de fait de la Constitution dominicaine », soutient l’organisation.

Les auteurs du rapport insistent particulièrement sur la situation des femmes enceintes. Ils dénoncent des mesures qui auraient restreint l’accès des migrantes haïtiennes aux hôpitaux publics, certaines femmes enceintes étant arrêtées ou menacées d’expulsion après avoir sollicité des soins. Des experts des Nations unies avaient déjà condamné en 2023 la détention et la déportation de femmes haïtiennes enceintes ou en post-partum, estimant que ces pratiques mettaient en danger leur santé et celle de leurs enfants.

Le rapport évoque aussi des conditions de détention qualifiées d’« infrahumaines ». Des personnes arrêtées auraient été maintenues dans des centres de rétention surpeuplés, sans accès suffisant à l’eau, à l’hygiène ou aux soins médicaux. Des témoignages font état de familles séparées, de personnes détenues pendant plusieurs jours sans information sur leur situation et de migrants enfermés dans des locaux assimilés à des centres carcéraux.

Le Collectif dénonce également une pratique appelée « dépuration documentaire », consistant à interpeller des personnes pourtant munies de documents valides afin de les transférer dans des centres de rétention pour vérification de leur statut. L’organisation estime que cette procédure viole la présomption d’innocence et la liberté de circulation.

Selon le rapport, les politiques migratoires appliquées depuis 2021 ont particulièrement touché les personnes d’origine haïtienne, alors que d’autres groupes de migrants auraient bénéficié de mécanismes de régularisation plus favorables. Le Collectif affirme que « l’un des principaux défis de la République dominicaine est d’offrir aux migrants haïtiens le même traitement qu’aux autres nationalités ».

L’organisation appelle enfin les autorités dominicaines à mettre fin aux expulsions collectives, à rétablir les garanties constitutionnelles, à respecter les procédures prévues par la loi migratoire et à ouvrir des enquêtes indépendantes sur les décès et les abus recensés dans son rapport.