République dominicaine : un collectif réclame justice pour un Haïtien tué le jour de ses 24 ans…

Des Haïtiens détenus pour expulsion se trouvent dans un camion de police sur un pont frontalier entre Dajabón, en République dominicaine, et Haïti, le 11 octobre 2023. (Photo AP/Ricardo Hernandez)

VERÓN-PUNTA CANA, mercredi 28 octobre 2026 (RHINEWS)- Le collectif HaitianosRD a réclamé mardi justice pour Clerger Rodler, un travailleur haïtien qui aurait été tué par balle par des agents de la Direction générale de la migration (DGM), le 3 octobre à Verón-Punta Cana, le jour de son 24e anniversaire. Dans un communiqué, l’organisation dénonce plusieurs décès et blessures qu’elle associe aux opérations migratoires en République dominicaine.

Selon le collectif, Clerger Rodler aurait été atteint au thorax par un tir à bout portant, vers 17 heures, lors d’une intervention menée sans mandat judiciaire dans le quartier de Villa Plywood. Un autre travailleur haïtien aurait été blessé à la jambe gauche et à la poitrine.

« S’ils avaient voulu nous arrêter, ils l’auraient fait : ils se trouvaient à seulement trois mètres », a déclaré le survivant à des membres de HaitianosRD, selon des propos rapportés dans le communiqué et traduits de l’espagnol.

Le blessé affirme que les deux hommes étaient assis sur le toit d’une habitation, occupés à une coupe de cheveux, lorsque les agents sont arrivés. « Nous n’avions rien fait, nous ne leur avions pas lancé de pierres, et pourtant ils ont ouvert le feu sur nous par-derrière », a-t-il soutenu.

Il dit avoir reçu un tir à la jambe et deux à la poitrine, près du cœur. Selon son témoignage, des agents auraient ensuite voulu l’emmener en détention, mais des voisins s’y seraient opposés.

Une audience prévue le 19 octobre dans cette affaire a été reportée au 25 novembre, indique le collectif, qui attribue cette information à l’avocat de l’agent poursuivi. Le communiqué ne précise ni l’identité de cet agent ni les chefs d’accusation retenus contre lui.

Le frère aîné de Clerger Rodler l’a décrit comme un homme travailleur, qui ne cherchait querelle à personne. « Son rêve était simplement de retourner en Haïti et de s’installer tranquillement chez lui », a-t-il déclaré, selon le document.

Pour HaitianosRD, cette mort s’inscrit dans une succession de violences visant des ressortissants haïtiens. L’organisation met en cause les conditions d’application de la politique de reconduites massives, engagée selon elle depuis 2021, ainsi que l’objectif gouvernemental de 10 000 expulsions hebdomadaires.

Elle dénonce notamment des arrestations fondées sur le profilage racial, des perquisitions sans mandat, des actes de torture et l’usage d’armes à feu. Ces accusations et les circonstances des différents cas cités n’ont pas été vérifiées de manière indépendante dans le cadre de cette dépêche.

Le collectif rappelle que Mikelson Germain aurait été grièvement blessé en septembre 2024 après avoir été précipité d’un toit par un agent de la DGM à Villa Plywood. Il évoque également le cas de Constant Laventure, qui aurait été jeté du toit d’une habitation par des agents migratoires en avril 2025 à Villa La Fe, toujours à Verón-Punta Cana. Selon l’organisation, ces deux affaires sont restées impunies.

Le communiqué mentionne aussi la mort de Gedilia Lonzandieu, le 9 septembre 2025 au centre de détention de Haina. Le collectif attribue son décès par arrêt cardiorespiratoire à l’absence de soins dispensés à temps. Un nouveau-né, fils de Melisa Jean Batista, serait également mort dans ce centre le 14 novembre 2025, alors qu’il y était détenu avec sa mère dans des conditions que l’organisation qualifie d’illégales.

Pour 2026, HaitianosRD cite la mort par électrocution de Sterling Fara, 32 ans, le 3 janvier à Moca. Elle aurait tenté d’échapper à des policiers accusés par le collectif d’extorquer de l’argent à des Haïtiens en échange de leur non-arrestation.

L’organisation rapporte également que Yubensi Timoteo aurait été abattu par un militaire le 6 janvier à Cruce de Guayacanes, dans la province de Valverde, et qu’un travailleur haïtien d’environ 30 ans aurait été tué par un soldat le 12 février à Villa Lobo, dans la province de Monte Cristi. Un autre travailleur serait mort le 2 mars après une chute d’un pont à Gurabo, dans la province de Santiago, au cours d’une poursuite migratoire.

Le 22 juillet, Yepisan Papi, 39 ans, aurait été tué à Verón-Punta Cana par l’agent migratoire David Antonio Mejía Laureano. Selon le collectif, ce dernier est poursuivi tout en restant en liberté.

Le document fait état d’un autre travailleur grièvement blessé par balle le 23 juillet à Hato Mayor. Celui-ci aurait renoncé à se rendre à l’hôpital par crainte d’être arrêté et expulsé. Le lendemain, Dabinson Pie, 27 ans, serait mort noyé après s’être jeté dans la rivière Nagua pour fuir des agents migratoires. Selon le collectif, des habitants ont dénoncé l’absence de secours de la part des agents présents.

HaitianosRD mentionne encore un ouvrier blessé par balle le 14 août lors d’une intervention migratoire dans l’école Eduardo Brito, à Pedro Brand, ainsi que six Haïtiens blessés le 18 août dans une collision entre deux véhicules de transport de détenus de la DGM, dans la province de San Juan.

Le 15 octobre, un travailleur haïtien aurait reçu deux balles dans l’abdomen lors d’une intervention militaire dans une exploitation agricole d’El Recodo, dans la province d’Azua. Deux jours plus tard, Wideiso Cris, 18 ans, aurait été tué par des policiers à La Ciénaga, à Santiago, selon la même source.

Le collectif avance un bilan de dix Haïtiens morts entre septembre 2025 et octobre 2026 en détention, au cours de poursuites migratoires ou sous les tirs d’agents des forces de l’ordre, ainsi que de dizaines de blessés.

Il demande aux autorités haïtiennes de prendre position et de réclamer le respect des droits de leurs ressortissants. Au gouvernement dominicain, il exige de mettre fin aux violences lors des opérations migratoires et de garantir les droits de toutes les personnes, « sans distinction de nationalité ou de perception raciale ».