Plus de 70 organisations haïtiennes et internationales adressent une lettre ouverte à Emmanuel Macron pour exiger la restitution de la « rançon de l’indépendance »…

Emmanuel Macron, president de France...

PORT-AU-PRINCE, 30 juillet 2025 (RHINEWS) — Un large front d’organisations haïtiennes et alliées internationales a adressé, le 29 juillet, une lettre ouverte au président français Emmanuel Macron pour exiger la restitution intégrale de la « dette d’indépendance » imposée à Haïti par la France en 1825. Dans cette correspondance solennelle, les signataires dénoncent une « injustice historique aggravée » et appellent la France à « faire face à son passé colonial en réparant ce tort multiséculaire. »

« Nous vous écrivons en tant qu’organisations haïtiennes et alliées […] afin de demander à la France de respecter ses principes déclarés en matière de droits humains en remboursant la ‘dette d’indépendance’ qu’elle a extorquée à Haïti », affirment les auteurs dans la lettre, rappelant qu’en 1825, sous la menace d’une invasion militaire, Haïti avait été contrainte de verser 150 millions de francs-or (réduits ensuite à 90 millions) pour indemniser les anciens propriétaires d’esclaves.

Selon les signataires, cette rançon a entraîné « une dette écrasante qui a freiné le développement d’Haïti pendant des générations » et dont les effets sont encore visibles aujourd’hui à travers la pauvreté, la dépendance à l’aide étrangère, la fragilité des infrastructures et la vulnérabilité climatique du pays.

La lettre souligne que l’année 2025 marque le bicentenaire de cette extorsion, qualifiée de « rançon de l’indépendance ». Ce silence persistant de la France serait, selon eux, « un manquement moral autant qu’un refus de justice. »

Trois arguments sont invoqués pour justifier la restitution : moral, économique et juridique. « Haïti a payé deux fois pour sa liberté », rappellent-ils. « La lutte révolutionnaire haïtienne a été la première révolte victorieuse de personnes réduites en esclavage, incarnant les principes mêmes de liberté, d’égalité et de fraternité que revendique la République française », peut-on lire dans le texte.

Sur le plan économique, les auteurs dénoncent les répercussions de cette dette : « Au lieu d’investir dans les infrastructures de base — écoles, routes, systèmes d’assainissement, santé publique — Haïti a été contrainte de détourner ses maigres ressources vers ses anciens esclavagistes, le gouvernement français et les banques françaises et américaines. » Ils ajoutent que « la restitution pourrait briser le cycle de pauvreté et permettre des investissements cruciaux. »

Sur le plan juridique, les signataires affirment que « le contrat de rançon pour l’indépendance conclu entre la France et Haïti était nul dès l’origine, même au regard du droit de 1825. » Ce qui fonde, selon eux, un solide dossier pour « enrichissement sans cause. »

Enfin, la lettre met en cause la crédibilité géopolitique de la France : « Si la France prend au sérieux ses idéaux, alors elle doit entamer un processus participatif impliquant le peuple haïtien pour négocier un ensemble de restitutions et de réparations. » Et de conclure : « Le pouvoir ne réside pas seulement dans ce que l’on prend, mais aussi dans ce que l’on restitue. »

La lettre est signée par plus de 70 organisations haïtiennes et internationales, parmi lesquelles le Kolektif Ayisyen Afwodesandan (KAAD), le Collectif Haïti de France, le Center for Constitutional Rights (CCR), le Global Justice Clinic de l’Université de New York, le National Coalition of Blacks for Reparations in America (N’COBRA), ou encore l’UNESCO Inclusive Policy Lab. Les signataires se disent engagés à « poursuivre la mobilisation jusqu’à réparation complète ».

Aucune réaction officielle n’a encore été émise par l’Élysée. En juin 2021, le président Macron avait reconnu la dette morale de la France envers l’Afrique pour l’esclavage, mais sans aller jusqu’à évoquer des compensations financières. Cette nouvelle requête mettra-t-elle la France face à ses responsabilités historiques envers la première République noire ? Les regards se tournent désormais vers Paris.