Martine Moïse accuse des intérêts économiques et politiques d’avoir assassiné Jovenel Moïse pour reprendre le contrôle de l’État…

Martine Moise, veuve de Jovenel Moise, ex-premiere dame de la Republique

PORT-AU-PRINCE, mardi 7 juillet 2026 (RHINEWS) – Cinq ans après l’assassinat du président Jovenel Moïse, son épouse Martine Moïse réclame que toute la lumière soit faite sur ce crime et accuse des secteurs économiques et politiques qu’elle qualifie de « système » d’avoir orchestré ou facilité, selon elle, la disparition du chef de l’État afin de préserver leurs intérêts.

Dans une déclaration publiée mardi à l’occasion du 60e mois depuis l’assassinat de Jovenel Moïse, tué dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021 dans sa résidence privée de Pèlerin 5, l’ancienne Première dame affirme que ce meurtre a profondément marqué sa famille et l’ensemble de la société haïtienne.

« Aujourd’hui, 7 juillet 2026, cela fait 60 mois que notre famille et la nation vivent avec les conséquences d’un crime révoltant », a déclaré Martine Moïse. Selon elle, « ce crime a affecté tous les Haïtiens, qu’ils vivent en Haïti ou dans la diaspora ».

Revenant sur les heures qui ont suivi l’assassinat, elle rappelle que plusieurs citoyens avaient intercepté des ressortissants colombiens accusés d’avoir participé à l’attaque contre le président. Elle évoque également la colère populaire exprimée dans les rues de Port-au-Prince après le meurtre, notamment à travers des accusations publiques visant des personnalités politiques et économiques que certains manifestants considéraient comme hostiles au couple présidentiel.

Selon Martine Moïse, l’assassinat de son époux s’inscrit dans un affrontement plus large entre son projet politique et un ensemble d’acteurs qu’elle présente comme un « système » opposé aux changements annoncés par l’ancien président.

« Depuis que Jovenel Moïse était candidat, ce système s’est mobilisé pour le détruire », affirme-t-elle, estimant que son mari aurait été ciblé en raison de ses positions sur la gouvernance publique, la lutte contre certaines pratiques économiques et la réforme de l’État.

L’ancienne Première dame revient également sur le processus électoral ayant conduit Jovenel Moïse au pouvoir. Elle rappelle que l’élection présidentielle de 2015 avait été annulée après les contestations entourant les résultats, tandis que les élections législatives et municipales avaient été maintenues. Jovenel Moïse avait finalement remporté le scrutin présidentiel organisé le 20 novembre 2016 avant de prêter serment le 7 février 2017 pour un mandat constitutionnel de cinq ans.

Dans sa déclaration, Martine Moïse dresse un bilan positif de l’action de son époux, citant notamment les investissements dans les infrastructures routières, l’électricité, l’agriculture, l’éducation, la santé et les initiatives en faveur de l’entrepreneuriat des jeunes.

« Le président Jovenel Moïse travaillait chaque jour pour réaliser les promesses faites au peuple », soutient-elle, évoquant « les menaces, les campagnes de dénigrement, les blocages institutionnels et les violences » auxquelles son administration aurait été confrontée.

Elle affirme que l’assassinat du président aurait permis, selon elle, le retour d’intérêts économiques et de réseaux d’influence qu’elle accuse d’avoir voulu préserver leurs avantages.

« Aujourd’hui, nous comprenons tous pourquoi ils ont tué le président Jovenel Moïse », a-t-elle déclaré, estimant que certaines avancées de son administration auraient menacé des intérêts liés aux contrats publics et à la gestion des ressources de l’État.

Martine Moïse a également évoqué des éléments qu’elle dit avoir entendus dans le cadre du procès fédéral américain tenu à Miami en 2026 concernant l’assassinat du président haïtien. Elle a mentionné une supposée « Opération Bolivie », qui aurait consisté, selon elle, en une campagne de désinformation visant Jovenel Moïse et son entourage avant et après le 7 juillet 2021.

Elle soutient que certains témoignages entendus devant la justice américaine démontreraient l’existence d’un plan visant à assassiner le chef de l’État et à neutraliser les personnes susceptibles de poursuivre ses démarches politiques.

Dans cette déclaration, Martine Moïse accuse également plusieurs responsables occupant actuellement ou ayant occupé des fonctions dans les pouvoirs exécutif et judiciaire d’avoir, selon elle, participé à des manœuvres destinées à empêcher l’aboutissement de l’enquête.

Elle affirme avoir engagé plusieurs actions judiciaires en Haïti et dénonce ce qu’elle considère comme une tentative « de faire passer les victimes pour les bourreaux ».

Sur le plan judiciaire, Martine Moïse figure parmi les personnes formellement inculpées dans l’ordonnance rendue par le juge d’instruction Walter Wesser Voltaire dans le dossier de l’assassinat de Jovenel Moïse. Cette décision judiciaire, qui concerne également d’autres personnalités, a provoqué de nombreuses réactions dans le pays. L’ancienne Première dame rejette les accusations portées contre elle et affirme être victime d’une procédure qu’elle juge injuste.

Le dossier judiciaire relatif à l’assassinat du président Moïse demeure ouvert en Haïti et aux États-Unis. Plusieurs personnes ont déjà été condamnées ou poursuivies par la justice fédérale américaine, tandis que la procédure haïtienne continue de faire l’objet de contestations et de demandes visant à établir les responsabilités dans l’organisation, l’exécution et les éventuelles complicités autour du crime.